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Les défis du FSM 2016 à Montréal

Roger RASHI, 6 juin 2016

La tenue du Forum social mondial (FSM) 2016 à Montréal, du 9 au 14 août prochain, est un défi à plus d’un titre : premier FSM à se tenir dans un pays du Nord, il survient alors que le processus même du FSM est remis en question par plusieurs intervenants dans le mouvement altermondialiste.

Ayant constitué pendant plus d’une décennie le lieu privilégié de la convergence des mouvements s’opposant à la mondialisation néolibérale, le FSM reste un événement emblématique de cette résistance et de la volonté de développer des projets alternatifs d’émancipation et de dépassement du capitalisme en crise. Toutefois, il peine aujourd’hui à refléter les contestations multiples qui ont émergé depuis 2011. Les révoltes du printemps arabe, les mobilisations des « Indignados » européens ou celles des carrés rouges au Québec le poussent à se réinventer. Et Montréal hérite de la double tâche d’aider à la refondation du processus tout en rendant ce rendez-vous pertinent – au sens politique – pour les organisations et les mouvements sociaux du pays hôte (Québec, Canada et Premières Nations).

La singularité du processus repose sur les multiples activités autogérées qui assurent la diversité et l’assise large des différentes éditions du Forum. Conformément à sa charte, le FSM ne peut faire des déclarations politiques ou proposer des campagnes précises ; ce sont les groupes en son sein qui agissent en ce sens, notamment lors de l’assemblée des mouvements sociaux qui a lieu à la fin du FSM. Ce que plusieurs intervenants souhaitent voir comme évolution est le développement d’un cadre de concertation sectorielle sous la forme d’assemblées de convergence, en plus de l’assemblée des mouvements sociaux. Car c’est dans un tel cadre que les débats stratégiques et les campagnes de mobilisation sociale peuvent être dynamisés et, aussi, que le débat permanent entre l’autonomie des mouvements et les formes de représentation politique peut progresser.

À l’heure actuelle, pareil processus de convergence reste peu balisé et valorisé par les organisateurs. Cette frilosité face aux débats stratégiques et politiques (complémentaires aux activités d’analyse ou d’éducation concernant les enjeux ou les alternatives) doit être surmontée sous peine d’assister à la banalisation du FSM en une sorte de foire gigantesque des mouvements, sans conséquences pour ceux et celles qui se mobilisent sur le terrain.

Au Québec, après un début laborieux, la mobilisation se développe et a franchi un pas essentiel en février dernier avec la publication d’un appel à la mobilisation des mouvements sociaux et citoyens précisant le contexte politique de ce FSM 2016 et les enjeux pour les mouvements sociaux. Depuis, de multiples initiatives se précisent : un espace syndical est en voie d’organisation, un espace climat/environnement, un espace sur l’éducation, un forum des médias libres et, possiblement, un forum parallèle regroupant des parlementaires et des élus de gauche. D’autres initiatives sont à prévoir concernant la jeunesse, les femmes, etc. Mais beaucoup reste à faire pour mobiliser les forces vives des mouvements sociaux du Québec.

Un effort soutenu est aussi nécessaire pour mobiliser les mouvements sociaux du Canada anglais et les réseaux militants des Premières Nations. Le succès du FSM 2016 se mesurera à sa capacité de les attirer à Montréal, sachant que tout mondiales soient-elles, les différentes éditions du Forum ont toujours reposé sur une majorité de participants du pays hôte. En outre, quelle sera l’accessibilité de l’événement pour des personnes provenant des pays du Sud ? Aux frais de voyage et d’hébergement beaucoup plus substantiels que ceux encourus dans les forums précédents s’ajoute la question des visas exigés par le gouvernement canadien. Ce forum ne semblant avoir ni les moyens de se doter d’un vrai fonds de solidarité pour aider les gens du Sud (seul du sociofinancement est proposé), ni une forte capacité d’intervention auprès des autorités gouvernementales, une partie de la réponse devra venir des réseaux internationaux et de leur capacité à inviter des gens du Sud.

Une énorme pression pèse donc sur ce FSM à Montréal. Il ne pourra à lui seul répondre à tous ces défis, mais il réussira à faire progresser le mouvement altermondialiste s’il parvient à fournir un cadre pour que se tienne la discussion sur l’avenir du FSM et à asseoir le processus sur une mobilisation des réseaux locaux et internationaux.


Voir en ligne : Publié dans Relations, no. 784 mai-juin 2016


Roger Rashi est coordonnateur des campagnes à Alternatives.