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Alors que, depuis la fin de la Guerre froide, le commerce des armes dans le monde n’a jamais été aussi important, CANSEC – la plus grande foire commerciale canadienne des industries de guerre, connues sous les euphémismes de « défense » et de « sécurité » – se tiendra à Ottawa, les 25 et 26 mai.

CANSEC, ses invités et ses commanditaires

Depuis 1998, la foire CANSEC est organisée annuellement par l’Association des industries canadiennes de défense et de sécurité (AICDS), qui dit représenter 1 000 compagnies, employant plus de 109 000 personnes et générant des revenus totaux de 12,6 milliards de dollars, dont la moitié en exportations.

La version 2016 de cette foire, rassemblera 700 kiosques des plus importantes industries militaires et “sécuritaires” dans le monde, offrant leurs produits de destruction, de mort, d’intimidation et de surveillance à plus de 11 000 délégués, dont 4 200 proviennent du Ministère de la Défense nationale et de diverses institutions gouvernementales fédérales, provinciales et municipales. Parmi les participants figurent aussi un nombre croissant de délégations étrangères (61 cette année), dont plusieurs représentent des pays qui sont parmi les plus critiqués pour leurs violations des droits de la personne.
Au nombre des grands commanditaires de cette foire, on remarque notamment la Corporation commerciale canadienne, celle-là même qui a conclu la vente de VBL (« véhicules blindés légers ») pour plus de 15 milliards de dollars à l’Arabie saoudite. Mais le plus important commanditaire de CANSEC est la compagnie CAE, dont le siège social est à Montréal, « chef de file mondial dans la fourniture de solutions de formation complètes, basées sur des technologies de simulation ». CAE, dont environ la moitié du chiffre d’affaires dépend de son secteur militaire et 90 % des exportations, est en fait un maillon important du complexe militaro-industriel nord-américain. Alors qu’elle attire davantage l’attention sur son implication dans le développement des applications civiles des drones au Centre d’excellence des drones à Alma, CAE est étroitement associée à l’entraînement des pilotes de drones militaires tant en Israël qu’aux États-Unis et en Europe, un aspect dont on entend très peu parler par ailleurs.

Industrie militaire et politique canadienne

Depuis une décennie, les politiques gouvernementales conservatrices ont favorisé l’expansion du secteur militaro-sécuritaire de l’économie canadienne. En 2013, le renouvellement projeté des flottes aériennes et navales des Forces armées canadiennes, au coût de plusieurs dizaines de milliards de dollars, a été présenté par le rapport Jenkins comme « la possibilité inégalée, qui ne survient qu’une fois par siècle, de créer des emplois et de stimuler la croissance grâce aux investissements dans les FC [Forces canadiennes] » et le budget conservateur de 2013 a endossé ce rapport et lié son plan de création d’emplois aux futurs achats militaires.

À cette époque, les prises de position de l’opposition libérale se démarquaient peu de cette orientation. En campagne électorale, cependant, Justin Trudeau avait annoncé le retrait des avions canadiens des bombardements en Irak et en Syrie et même l’abandon des CF-35 comme avion de remplacement des actuels CF-18. Depuis, le gouvernement libéral a bien retiré ses CF-18, mais il a décidé d’affecter davantage d’effectifs et de ressources financières à la guerre en Irak et en Syrie. De plus, il a annoncé qu’il ne renonçait pas immédiatement à l’achat de F-35 et que le processus de sélection d’un avion de remplacement continuerait à suivre son cours…

Dans ce contexte, la foire CANSEC16 offre une occasion privilégiée aux transnationales de l’armement étasuniennes et européennes – dont plusieurs ont des filiales au Canada – de vanter les mérites de leurs « produits » et de leurs « retombées locales » auprès des décideurs politiques et militaires, alors que l’échéance des prises de décision approche.

Les enjeux véritables du commerce des armes au Canada

Loin d’être un facteur de « défense » et de « sécurité », le commerce mondial des armements attise les conflits et en décuple évidemment les effets de mort et de destruction. Or le SIPRI (Stockholm International Peace Research Institute) révèle que 80 % des ventes d’armes réalisées par les 100 plus gros producteurs du monde sont le fait d’entreprises étasuniennes ou ouest-européennes.

Les enjeux véritables de la production et du commerce des armes auquel le Canada participe ont fort peu à voir avec la possibilité d’offrir des emplois bien rémunérés. Il s’agit là, en effet, d’un simple argument de vente auprès de la population. Un argument immoral et très faible, même au plan économique, puisque des études démontrent que des sommes équivalentes investies ailleurs que dans le secteur militaire peuvent produire davantage d’emplois de qualité.

Les impératifs de la production et du commerce des armements au Canada sont plutôt dictés par le partenariat économique et militaire de longue date que le pays entretient avec les États-Unis, un partenariat encore plus étroit depuis les débuts de la soi-disant « guerre contre le terrorisme ». Dans les faits et de loin, les États-Unis sont le principal récipiendaire des armes fabriquées au Canada et ces ventes ne requièrent absolument aucune approbation gouvernementale. Quand on considère le nombre de guerres et d’agressions militaires dont les États-Unis sont les instigateurs, c’est là une bien étrange façon pour le Canada de faire progresser la paix et la sécurité dans le monde.

Les clients du commerce canadien des armes sont tous des alliés de l’empire étasunien, dont plusieurs ont des fiches pitoyables en matière de respect des droits de la personne. En vendant des armes à de nombreux régimes qui font la guerre ou répriment sauvagement leurs populations, le Canada alimente en fait le terrorisme d’État dans le monde.

Lors de la tenue de CANSEC, des actions de protestations auront lieu à Ottawa et à Montréal pour dénoncer haut et fort la participation canadienne au commerce mondial des armements.


Judith Berlyn, Martine Éloy, Raymond Legault et Suzanne Loiselle sont membres du Collectif Échec à la guerre