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Éducation, l’invraisemblable priorité

Claude Vaillancourt, 24 mai 2016

Dans un conseil national du parti libéral à Drummondville, Philippe Couillard a affirmé récemment que l’éducation serait désormais une « priorité nationale ». Plusieurs ont dû s’étouffer en entendant une pareille affirmation.

Quoi ? Le fossoyeur de l’éducation au Québec, le champion des compressions sauvages ferait amende honorable ? En entrevue Sylvain Malette, président de la FAE, a manifesté ses doutes en parlant d’un vampire qui devient végétarien. Peut-on vraiment croire en ce virage radical ?

Faisons honnêtement l’exercice. Admettons que les libéraux se seraient montrés sensibles aux cris de protestation qui viennent de partout à la suite du saccage d’un de nos plus précieux trésors nationaux. Tentons d’examiner en quoi consiste cette subite priorisation.

Premier constat : aucun nouvel investissement significatif est annoncé, ce que nous attendons pourtant tous avec impatience. Aucune remise en marche des nombreux programmes coupés par les libéraux. Les effets des compressions se feront encore durement sentir. Mauvais départ, donc.

En grattant un peu, on observe que des mesures envisagées par le nouveau ministre de l’Éducation auront pourtant des couts : rendre l’école obligatoire de 4 ans à 18 ans ; créer un « institut national d’excellence en éducation », de même qu’un ordre professionnel des enseignants.

Aucune de ces mesures n’a été réclamée par le milieu de l’éducation ou par les parents, plutôt désolés de constater l’état déplorable d’un grand nombre de nos écoles. L’ordre professionnel soulève quant à lui depuis toujours une vive opposition des syndicats comme étant un organisme inutile, couteux, bureaucratique.

Quant à l’« institut d’excellence », on ne voit pas ce que ce machin au titre douteux et prétentieux pourrait apporter de plus que les facultés de pédagogie dans les universités et que les fonctionnaires du ministère de l’éducation. De la part d’un gouvernement cherchant à « dégraisser » l’État de ses structures superflues, et inspiré par la CAQ (d’où provient le ministre de l’Éducation Sébastien Proulx), cette mesure est étonnante.

Le gouvernement renonce à abolir les élections scolaires pour mettre fin à des « chicanes stériles » qu’il lui-même provoquées. Excellente idée, certes. Mais admettons qu’il y a peu de mérite à éteindre un feu qu’on a soi-même allumé…

Au niveau de l’éducation supérieure, le grande vide. Aucune proposition de relance des universités qui en ont pourtant grandement besoin, rien pour les cégeps qui n’en peuvent plus de rogner dans leurs budgets, rien pour améliorer la condition des enseignantes et des enseignants qui croulent sous la tâche, ou de celles et ceux victimes d’une grande précarité.

On ne retrouve rien non plus qui permettrait de revenir sur le projet de loi 70, qui soulève beaucoup d’opposition dans le milieu de l’éducation. Cette loi soumettra davantage l’éducation aux besoins immédiats de l’entreprise, aux dépens d’une formation plus globale et plus générale, mieux adaptés aux changements qui ne manqueront pas d’arriver. Elle restreint aussi, par le fait même, l’autonomie professionnelle des enseignantes et des enseignants.

L’éducation, une « priorité nationale », donc ? En vérité un slogan lancé en l’air pour faire croire que l’on répare des dégâts, sans ne rien remuer d’important, autant que possible. Des mots vides de sens, comme une formule magique, qui ferait croire que le simple fait de les énoncer pourrait contribuer à changer les choses, à reconstruire ce qui a été détruit.

Mais qui donc Philippe Couillard et les libéraux croient-il vraiment duper, sinon eux-mêmes ?

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