Journal des Alternatives Alternatives - Alternatives est une organisation de solidarité qui œuvre pour la justice et l’équité au Québec, au Canada et ailleurs dans le monde Page d'accueil du Journal des Alternatives

Partenaires

Démocratie dites-vous ?

Ismail Mestassi, 4 avril 2016

Le système démocratique est vu comme l’instrument idéal de mobilisation citoyenne, mais surtout comme un outil pour reconnaître l’égalité des droits. Des efforts colossaux sont déployés pour accroître l’exercice de la démocratie politique à l’ensemble de la planète. Malgré toutes les violations des droits, les guerres et la répression, la conquête d’espaces plus démocratiques connaît des avancées remarquables. C’est pourquoi l’exercice du pouvoir du peuple par lui-même est toujours vue par l’ensemble des populations comme un droit fondamental.

Des mouvements populaires continuent d’éclater un peu partout dans le monde pour revendiquer un droit qui lui appartient. Le printemps arabe, la révolution des parapluies, la fin de la junte militaire birmane sont des exemples de mouvements réclamant la démocratie. Toutefois, les travers du système démocratique liés notamment aux intérêts économiques sont réels. Nombre d’expériences récentes de mobilisations populaires présentent aussi des contre-exemples.

Ces considérations questionnent le sens de la démocratie et son utilisation. Le système démocratique apparaît ainsi comme un outil de récupération afin d’éviter la pression populaire qui bouscule les intérêts des mieux nantis et de la classe politique à la tête de l’État. On prétend donc que le peuple est souverain, mais, en réalité, les plus grandes décisions se prennent sans son consentement. Alors, la démocratie, est-elle réelle ou juste illusoire ?

La crise grecque : une atteinte à la démocratie participative

La Grèce a connu au lendemain de la crise financière des heures difficiles. Le nouveau gouvernement Tsipras, héritier d’une dette publique titanesque qui a mis à genoux la Grèce devant ses créanciers, a tenu un referendum portant sur l’acceptation des termes d’un accord conclu avec ses bailleurs. Le résultat était sans équivoque : les termes de l’accord sont rejetés par 61,31% des suffrages.

Quatre jours plus tard, c’est le coup de théâtre : le premier ministre, instigateur même du referendum, décide de prendre le plébiscite du peuple et de la mettre aux ordures. La crainte d’une éventuelle sortie de l’Euro qui allait s’en suivre l’a poussé à mépriser l’avis des électeurs et de se soumettre aux exigences de ses créanciers. À ce moment-là, le berceau même de la démocratie a été touché en plein cœur. Cet épisode nous prouve clairement que la volonté populaire compte pour du beurre. Le referendum, censé impliquer la population dans les grandes décisions de l’État, n’a servi à rien.

Finalement, que vaut un suffrage devant la toute-puissance économique ? Que dalle. La finance, est-elle capable d’assujettir tout un peuple ? Clairement oui. L’épisode grec nous force à tirer un constat piteux de l’état de la démocratie participative. Les défenseurs de cette décision diront certainement que les intérêts nationaux priment sur tout le reste. Triste. Le peuple n’est-il pas le mieux placé pour savoir ce qui lui convient ?

Les États-Unis : exemple d’une mainmise financière sur la politique

Les élections américaines fascinent. Ce pays est souvent décrit comme le haut chef-lieu de la démocratie mondiale. Les procédures électorales attirent électorat, médias, mais aussi les manias lobbyistes prêts à financer les campagnes des différents candidats afin de protéger leurs intérêts économiques.

Le président élu défend les intérêts des américains. Il prend alors la tête d’un cabinet qui œuvrera pour le bien-être de la population américaine. Il s’assure qu’elle bénéficiera des ressources nécessaires à son bonheur. Pour cela, il place l’individu au centre de ses inquiétudes. Il travaille de manière acharnée pour que l’américain moyen puisse vivre une vie prospère. Alors, il multiplie les mesures visant à améliorer sa qualité de vie, son pouvoir d’achat… non, je naise !

En réalité, le président américain ne bénéficie que d’une marge de manœuvre limitée pour défendre sincèrement les intérêts de ceux qui l’ont élue. Ce sont plutôt les grandes multinationales, les banques et les sociétés d’assurance qui tirent les rênes du pouvoir, ce sont elles qui dictent la marche à suivre.

D’ailleurs, ne sont-ce pas les Américains eux-mêmes qui disent que « money rules the world » ? Ce qui est sûr, c’est que cet adage s’applique très bien sur eux. La culture de la consommation entraine l’américain moyen dans la myriade des crédits et le fait ainsi perdre sa souveraineté. La crise de 2008 illustre parfaitement cette situation.

Nous disions que les ménages, endettés jusqu’au cou, ont vu leurs prérogatives en tant qu’électeurs complètement bafouées. Les mesures adoptées au lendemain de la crise ne concernaient en rien l’américain moyen. Les efforts du cabinet du président ont été fournis pour sauver les riches banquiers et assureurs. « Et le peuple ? » me diriez-vous. On s’en contrefout ! Qu’importe un taux de chômage élevé s’il ne représente l’indicateur d’une relance économique qui tarde à venir ? La dépression de 2008 a plongé la démocratie américaine et les intérêts des américains en récession. Elle nous a montré que ce sont les places financières, les lobbys et les grandes multinationales qui dirigent le pays.

Encore une fois, où sont les voix du peuple ? Pourquoi ne protège-t-on pas leurs intérêts au lieu de défendre bec et ongles ceux de la minorité riche et fortunée ? Pourquoi l’argent a-t-il autant d’importance dans le pays de l’oncle Sam ? Que vaut la démocratie dans un pays où le profit économique est le principal indicateur du succès d’un mandat présidentiel ? Que vaut la démocratie dans un pays où les intérêts des plus riches sont plus importants que ceux des autres ?

Les pays des Droits de l’homme, vraiment ?

Depuis quand l’Occident, qui se dit libéral et droit-de-l’hommiste, ne fait-il des affaires qu’avec les démocraties ? François Hollande, président du pays qui se réclame fondateur des droits de l’Homme, vient de recevoir, il y’a quelque temps, coup sur coup, le président iranien Hassan Rohani et le président cubain Raoul Castro. Deux grands démocrates, évidemment. Au 1er il a vendu, entre autres 118 Airbus, à l’autre promis un soutien sans faille dans la reconstruction de l’île. Business, que du business. Pour cela, ce grand défenseur des droits de l’Homme qu’est Hollande, et grand inquisiteur contre le hijab, a même voilé les statues nues pour ne pas indisposer l’ayatollah.

Devons-nous rappeler le cas Kadhafi ? Sarkozy l’a non seulement reçu avec tous les honneurs que ne méritait pas son indignité, mais lui a en plus permis de planter sa tente de psychopathe en plein Paris. Immense privilège. Ce même Kadhafi que Blair, 1er ministre de Sa Majesté britannique, glape, haut et fort, que c’est un modèle à suivre pour les pays arabes. Lockerbie, vous dites ? Attentats de lockerbie ? 270 morts ? Non, ce n’est pas grave, puisque Kadhafi est passé à la caisse et qu’il a fait bénéficier le Royaume-Uni d’une partie du gâteau Lybien.

Les États Unis, leader du monde libre, ne sont pas mieux inspirés en la matière. Ne sont-ce pas eux qui ont soutenu Samosa, de triste mémoire au Nicaragua ? Nous n’osons pas reprendre ici ce qu’en disait Roosevelt, mais nous vous laissons la liberté de chercher ses citations sur Google. Qui a soutenu Ortega au Panama ? Moubarak en Egypte ? Obiang N’guema en Guinée équatoriale ? Qui soutient les Saoud en Arabie ? Saddam en Irak ? Il paraît qu’il massacrait chiites et Kurdes. Ah bon ? Tant que les intérêts économiques sont protégés, qu’importe que la démocratie dans ces pays soit respectée ou non.

En conclusion, le facteur essentiel qui régit la politique mondiale est le Business. La démocratie n’existe que pour donner au peuple un semblant de se gouverner par lui-même. En réalité, il n’en est rien, que dalle. L’argent, le profit et les intérêts économiques sont les principaux éléments qui motivent les prises de décisions. Le peuple n’exerce son pouvoir que dans un sens purement procédural. On lui donne l’illusion de participer activement, à travers un ensemble de procédures électorales, aux décisions qui le concernent. Alors qu’en réalité, il ne représente aux yeux de l’État que la force de travail qui permet aux riches de s’enrichir davantage. La démocratie n’est qu’illusion.