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Campagne américaine

Socialisme d’extrême droite

Claude Vaillancourt, 14 mars 2016

Plusieurs observateurs soutiennent que le succès de Donald Trump est relié aux frustrations d’une classe moyenne confrontée à des conditions de vie plus difficiles. Pour répondre à la trahison des élites, responsables de leurs torts, et dont plusieurs se sentent victimes, on se justifie d’appuyer un candidat hors de l’establishment politique qui parle franchement et sans détour.

Il faut l’avouer, Trump joue habilement sur les inquiétudes de la population étatsunienne. Il blâme à juste titre la baisse du niveau de vie, les effets désastreux du libre-échange, l’effondrement du secteur manufacturier et ses répercussions sur l’emploi. Ce milliardaire, qui se targue d’être l’incarnation même de la réussite, veut donner de l’espoir en montrant qu’il comprend les difficultés de l’Américain moyen.

La formule semble bien fonctionner, et pas seulement aux États-Unis : se montrer sensible aux effets négatifs de la mondialisation, tout en tenant un discours campé dans ce que la droite offre de plus radical. Voilà ce qui semble séduire une part important d’électeurs.

C’est ce qu’a très bien compris le Front national en France. Comme les groupes de gauche, Marine Le Pen dénonce, entre autres, le Fonds monétaire international, qu’elle accuse d’écraser les peuples, et l’Organisation mondiale du commerce et la Banque mondiale « perverties par l’idéologie des grandes banques ». Le FN défend l’industrie locale et même, comme les écologistes, les circuits courts pour protéger l’environnement.

Le gouvernement polonais a adopté ce surprenant mélange de mesures inspirées de la gauche et de politiques d’extrême droite. Le parti Droit et Justice au pouvoir (PiS) a multiplié les promesses de développer des politiques sociales : taxation des banques et des grandes surfaces, allocation pour les enfants, salaire minimum, annulation d’une hausse de l’âge de la retraite. Tout cela en rejetant les immigrants, en prenant le contrôle des médias publics et des institutions, en prônant un patriotisme étroit.

Cet amalgame n’est pas nouveau. Il faut se rappeler que le fascisme se distinguait non seulement par sa cruauté sans bornes, son autoritarisme intransigeant, sa violation systématique des droits, mais aussi par certaines mesures sociales. Inspiré par le socialisme, Mussolini, par exemple, a renforcé les lois du travail, établi les congés payés et la sécurité sociale. Hitler a même profané le terme « socialiste » en l’imposant dans la dénomination de son parti.

L’extrême-droite d’aujourd’hui a bien sûr très peu à voir avec celle de l’entre-deux-guerres, et si on peut difficilement craindre de sa part des débordements de violence similaires à ceux du passé, on ne s’attend pas non plus à ce qu’elle livre de véritables réformes sociales avantageuses pour les populations.

En Pologne, par exemple, l’ancien dissident de Solidarnosc Stefan Adamski, cité dans le dernier numéro du Monde diplomatique, prétend que le gouvernement « ne sera pas stoppé par les défenseurs de la démocratie. Il sera discipliné par les marchés financiers, qui s’opposeront à la mise en œuvre de ses mesures sociales et protectionnistes ».

Il est très probable que si le FN accédait au pouvoir en France, il serait tenté de mettre de l’avant ce qu’il prône avec le plus d’insistance et qui va à l’encontre de toute mesure progressiste : s’en prendre aux immigrants, aux syndicats, au mariage homosexuel, à l’avortement, à la liberté de manifester. L’histoire nous a enseigné, au Chili par exemple, que les mesures de droite les plus fermes s’accordent très bien avec l’ouverture des marchés et la libre circulation des investissements, que les premières sont acceptées dans la mesure où on ne contraint pas le libéralisme économique, qui demeure l’unique priorité.

Revenons à Donald Trump. La particularité de son approche est qu’elle tient à l’unique fil de la pure démagogie. On commence d’ailleurs à en observer les limites : ses dernières interventions publiques ont été marquées par de fortes confrontations, qui résultent surtout de ses propres provocations et risquent de se tourner contre lui.

Chez lui, on ne trouve pas la moindre parcelle de mesure socialisante. Les solutions qu’il prône pour contrer les problèmes qu’il révèle ne feront que les accentuer, entre autres, une baisse significative des impôts et une plus grande libéralisation du secteur de la santé. Tout son programme est un véritable hymne à l’économie de marché sans contrainte, qui a pourtant créé les difficultés qu’il dénonce. En cela, il ne se distingue pas tellement de ses rivaux républicains.

À l’autre extrémité du spectre, davantage anti-establishment, Bernie Sanders mène une campagne d’une grande cohérence. Les propositions qu’il avance sont entièrement en accord avec son analyse de la situation politique et économique. Ses chances de remporter l’investiture démocrate restent faibles, malgré les victoires stimulantes qu’il remporte.

Nos voisins du Sud semblent malheureusement plus prêts à choisir une candidature démagogue, xénophobe, trompeuse, belliqueuse que celle d’un politicien véritablement socialiste et tout aussi véritablement préoccupé par le sort de la population. À moins que le mouvement anti-Trump, qui prend de la vigueur, trace enfin clairement la limite de l’inacceptable.

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