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Les défis post Marche Mondiale des Femmes (MMF) 2015 :

Élargir les solidarités entre les femmes blanches, autochtones et immigrantes

Ronald Cameron, 1er mars 2016

Selon les médias, plus de 12 000 personnes étaient réunies à Trois-Rivières, le 17 octobre 2015, pour la clôture de la Marche mondiale des femmes (MMF 2015). Cette marche rassembleuse couronnait une campagne de sept mois marquée par le renforcement des relations entre la Fédération des femmes du Québec (FFQ) et l’organisation Femmes autochtones du Québec (FAQ). La présidente de la FFQ, Mélanie Sarazin, souhaite s’appuyer sur ces avancées pour élargir et approfondir les solidarités qui existent entre les femmes blanches, autochtones et immigrantes. Nous l’avons rencontrée pour discuter du bilan et des suites de cette mobilisation et de son impact pour le mouvement des femmes au Québec.


Marche mondiale des femmes 2015 à Trois-Rivières le 17 octobre - Photo FFQ

Entre mars et octobre 2015, une caravane a fait une tournée de toutes les régions de la province. La Coordination québécoise de la MMF (CQMMMF), avec les 60 organisations qui lui sont affiliées, avait la responsabilité de la mobilisation au Québec. Dès le 23 septembre, des marches se sont mises en branle pour se rendre à Trois-Rivières le 17 octobre et 140 autobus étaient nolisés pour l’évènement.

Un puissant message de solidarité avec les femmes autochtones a été livré à l’occasion de la Marche Mondiale des Femmes du 17 octobre. En rappel aux femmes autochtones disparues ou assassinées des trente dernières années, 1 186 femmes se sont étendues en même temps par terre dans un geste symbolique d’une forte intensité.

Le résultat d’une collaboration entre les femmes autochtones et non autochtones

« Le rapprochement entre les femmes autochtones et non autochtones est le résultat le plus important de la MMF 2015 au Québec », affirme Mélanie Sarazin. Il est le fruit d’une collaboration de dix ans entre la FFQ et la FAQ, alors qu’en 2004, en territoire Mohawk, les deux organisations ont signé un Protocole de solidarité. Ce texte exprimait la volonté partagée de travailler sur une base égalitaire, de nation à nation.

Les États généraux du mouvement féministe de novembre 2013 a aussi été une occasion de renforcement des liens entre les deux réseaux, alors que la présence de femmes autochtones a été importante. Enfin, la volonté d’une collaboration entre les deux instances a été réitérée lors de l’Assemblée générale de septembre 2015 de la FFQ. La Fédération vise à développer une approche qui part des femmes autochtones et qui s’engage à éliminer les attitudes, pratiques et prises de positions racistes et coloniales.

Le concept des trois sœurs

Pour la présidente de la FFQ, « le défi de la prochaine période sera de s’appuyer sur les avancées entre les femmes autochtones et les femmes non autochtones, pour élargir les solidarités avec les femmes immigrantes ».

Le concept des trois sœurs, basé sur un conte mohawk, inspire l’approche que cherchera à valoriser la FFQ. Il s’agit de concevoir les trois composantes femmes comme trois sœurs : la sœur autochtone, la sœur blanche et la sœur immigrante.

Un mouvement mondial incontournable

La MMF 2015 est la quatrième action internationale initiée par la coordination internationale, mise en place en 2000, à l’initiative de la Fédération des femmes du Québec. La thématique de la marche de 2015 « Nos corps, notre terre, nos territoires » a été proposée par les femmes guatémaltèques. « Il ne s’agissait pas de définir une revendication centrale, mais plutôt de susciter une démarche décentralisée vers les régions et les localités pour construire des solidarités dans l’action », précise Mélanie Sarazin. Ainsi, suivant une méthode partant de la base, l’enquête sur les résistances dans les milieux était un des objectifs de la tournée de la caravane de la MMF du Québec.

Des constats désastreux concernant l’austérité

Au Québec, cette enquête a permis de confirmer les dégâts des politiques d’austérité un peu partout dans la province. Partout, on constate une réduction des moyens des organisations. « Les mesures d’austérité limitent les actions », rappelle la présidente de la FFQ.

Par exemple, comme organisme de concertation, les Tables régionales, qui sont aussi membres de la CQMMF et qui fédèrent les organismes locaux du mouvement des femmes, connaissent d’importantes réductions budgétaires, ce qui rend leur avenir incertain et diminue leurs moyens de mobilisation. La rencontre de concertation des Tables régionales, prévue en juin prochain, sera donc cruciale à cet égard

Vers une carte mondiale des résistances

Un objectif central de la MMF 2015 était de recueillir, dans chacun des pays participants, des informations sur les luttes des femmes dans leurs régions et leurs localités, afin d’en dresser le portrait sous forme de carte des résistances. Ainsi, l’expérience de la MMF du Québec a non seulement permis de renforcer les solidarités entre les femmes autochtones et non autochtones partout au Québec, mais aussi de dresser la carte québécoise des résistances et des alternatives. Il s’agissait d’un projet que toutes les coordinations des MMF ont effectué. Les mises en commun en cours doivent déboucher en octobre prochain au Mozambique sur une Carte mondiale des résistances.

D’ores et déjà, des cartes de résistances régionales ont été établies. Au Pérou, du 19 au 21 octobre, immédiatement après la marche de Trois-Rivières, une rencontre internationale de délégations des coordinations nationales provenant de toutes les régions des Amériques a permis de partager leur carte des résistances et de dresser celle des Amériques.

Le FSM 2016 : le souci de créer des alliances et renforcer le mouvement

Malgré les réserves de la FFQ à la tenue d’un Forum social mondial (FSM) à Montréal, la Fédération a décidé de participer au FSM et « veut saisir l’occasion pour créer des alliances et renforcer le mouvement des femmes ».

Le mouvement de la Marche mondiale des femmes a toujours constitué une composante essentielle du mouvement des FSM et y a toujours assuré une présence. La participation de la FFQ sera limitée, notamment parce que peu de ressources sont disponibles pour assurer la participation d’ici et d’ailleurs. Toutefois, elle se traduira par une présence internationale, notamment des femmes des Amériques.