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D’un gouvernement canadien à l’autre, la constance du sionisme

Aurélie Girard, Francis Boudrias Plouffe, 31 janvier 2016

Pour plusieurs, l’arrivée du gouvernement Trudeau au pouvoir en octobre dernier a été accueillie avec un grand soulagement. Qualifiée de « bouffée d’air » et de « vent de fraîcheur », la victoire libérale comporte tout de même certains bémols. Rappelons notamment que Justin Trudeau a réaffirmé l’appui du Canada à Israël lors d’un « appel téléphonique chaleureux » qu’il a eu avec le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à la suite de son élection.

Il nous semble important de rappeler la position du Parti libéral du Canada quant à la question palestinienne, notamment compte-tenu de son quasi mutisme face à celle-ci. La plus longue campagne électorale du pays aurait pourtant dû donner à Justin Trudeau le temps d’exprimer son point de vue sur la question. La seule raison pour laquelle elle fût mise de côté est donc de l’ordre de l’agenda politique des partis, tous l’ayant maintenue sous le silence.

À ce sujet, le centre Canadiens pour la Justice et la Paix aux Moyen-Orient (CJPME) a publié, en octobre dernier, un tableau notant les cinq principaux partis politiques sur des questions relatives à la région du Moyen-Orient : cinq d’entre elles portaient sur la Palestine et l’Israël. Parmi celles-ci, « la réponse aux guerres contre la bande de Gaza de 2012 et de 2014 », le Parti libéral du Canada a obtenu la note la plus faible, F, tout comme ses prédécesseurs, les conservateurs. Rien de surprenant quand on sait qu’à l’été 2014, Justin Trudeau affirmé« […] qu’Israël a le droit de se défendre et de protéger son peuple ». Ainsi, Trudeau nie le droit au peuple palestinien d’avoir recours aux mêmes pratiques de « défense », surtout lorsque qu’il fait face régulièrement aux multiples violences de la part d’Israël. Violences qui se manifestent, notamment, par l’occupation, l’expansion de la colonisation, le Mur ou le refus du droit de retour en qui concerne les réfugiés-es. À titre informatif, lors de la guerre de Gaza à l’été 2014, près de deux mille Palestiniens-es ont trouvé la mort, dont environ 1 200 civils. Du côté israélien, trois civils ont été tués. Tenter de minimiser l’importance de cette guerre en démontrant un appui inconditionnel à l’oppresseur nous rend ainsi complices de ses actes. Les parallèles à établir entre les positions du parti conservateur et celles du parti libéral face au peuple palestinien sont donc multiples, d’autant plus que le Canada, depuis l’élection de M. Trudeau, a eu la possibilité de faire resurgir la question et de faire valoir une position cohérente avec les droits humains qu’il prétend défendre. Il ne l’a pas fait.

En effet, depuis son élection, le gouvernement libéral a du se positionner lors d’un vote aux Nations Unies (ONU). Le parti a conservé une position rigide qui va à l’encontre du droit international en s’opposant à six résolutions concernant la Palestine, Israël et certains enjeux analogues. Pour ne donner qu’un exemple, la résolution A/70/L.21, en ce qui concerne les colonies de peuplement israéliennes dans le territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, et le Golan syrien occupé, finalement adoptée en majorité, a été balayée du revers de la main par le Canada. Grâce au gouvernement de M. Trudeau qui appuie Israël, nous dérogeons donc au droit international et appuyons une occupation militaire meurtrière. Cette démonstration d’un appui aveugle à Israël est révoltante, d’autant plus que le Parti libéral du Canada prétendait défendre des positions de « promotion de la paix et de la sécurité mondiale ».

Manifestement, l’attitude du parti libéral envers la population canadienne est hypocrite. Cette tentative de dissimuler un appui inconditionnel à un régime oppresseur, colonisateur, voire meurtrier, démontre à la fois un grand manque de transparence du gouvernement canadien, mais soulève également une inquiétude concernant la politique étrangère qui sera appliquée pour les quatre prochaines années. Rappelons que si le silence a la réputation d’entériner implicitement une action répréhensible, soutenir l’oppresseur nous rend directement complices des actes que celui-ci pose envers le peuple opprimé.

Le Canada entretient un partenariat très étroit avec l’État d’Israël depuis sa création en 1948. Ce partenariat, paradoxalement, coïncide avec la Nakba (grande catastrophe) qui a débuté le 15 mai 1948. La Nakba n’est rien de moins que l’expulsion violente de 750 000 palestiniens-es de leurs villages, de leurs terres et de leurs maisons par les forces terroristes sionistes (l’Irgoun Zvaï Leumi, la Haganah, Stern, l’Agence Juive). Par la suite, Israël a toujours refusé de se conformer à la résolution 194 de l’ONU adoptée le 11 décembre 1948, qui accorde aux réfugié-es palestinien-nes le droit de retour et de compensation pour dommages causés. Malgré cette violation du droit international depuis près de 70 ans maintenant, le partenariat Canada-Israël n’a cessé de se fortifier en particulier le partenariat militaire. L’industrie militaire canadienne et québécoise, soutenue par le gouvernement canadien, collabore avec l’industrie militaire israélienne. Par exemple, certaines universités canadiennes participent au développement de la technologie en télémétrie et en optique, utilisée à des fins militaires par l’armée israélienne ; celle-ci est notamment utilisée pour les drones armés. Un partenariat qui semble convenir au gouvernement libéral de Justin Trudeau, puisque basé sur « la promotion et la protection de la liberté, de la démocratie, des droits de la personne et de la primauté du droit qui font partie intégrante de leurs sociétés (Canada, Israël) et de leurs politiques étrangères respectives »… D’où l’importance de répondre à l’appel des Palestinien-nes pour un embargo militaire totale contre Israël, appel lancé le 9 juillet 2011.

Somme toute, il faudra aiguiser notre sens critique et diversifier nos sources d’informations si l’on souhaite voir clair dans l’habile technique de diversion de M. Trudeau. Actuellement, force est de constater que le Parti libéral du Canada n’est pas différent du gouvernement Harper quant à la manière dont il traite la question palestinienne : tous deux défendent les politiques coloniales et barbares qu’Israël pratique. Toutefois, face à la tentative de Justin Trudeau de maintenir la question sous des draps d’un blanc impeccable, notre responsabilité sera de pointer du doigt les tâches de sang qui s’y dessinent chaque jour.