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Trudeau et les Autochtones

Les voies de la réconciliation et de la justice

Roméo Saganash, 31 janvier 2016

Lorsque, très jeune, j’ai fait mon entrée en politique, c’est parce que j’éprouvais une profonde conviction que des changements s’imposaient. Par changement, je n’entends pas nécessairement le financement d’un programme plutôt qu’un autre ou l’élection d’un parti en particulier. En politique, ma préoccupation a toujours été d’intégrer la perspective crie et la façon d’être crie au processus politique pour faire respecter nos droits inhérents à l’égard des terres, élargir les horizons des jeunes et veiller à ce qu’un avenir différent leur soit offert.

Le gouvernement du Canada a entretenu pendant près de 150 ans une relation antagoniste avec les peuples autochtones d’ici. En juillet dernier, toutefois, j’ai entendu le vibrant témoignage livré par Justin Trudeau aux peuples et communautés autochtones à l’Assemblée des Premières Nations (APN). Ayant pris de nombreux engagements électoraux, M. Trudeau a réitéré ce jour‑là celui de mettre en place un cadre fédéral de réconciliation, d’améliorer les services et les infrastructures et de mettre en œuvre les recommandations issues de la Commission de vérité et de réconciliation. Ces promesses importantes témoignent à mon avis d’un changement de mentalité chez de nombreux Canadiens. Nos aînés me parlent des droits que nous avons à titre de peuples autochtones, mais ils sont tout aussi prompts à souligner nos responsabilités à l’égard de nos terres, de nos communautés et nos responsabilités les uns envers les autres. M. Trudeau a quant à lui mis en évidence ses responsabilités à titre de partenaire de traité dans ce qui constitue le Canada.

Comme juriste, je serais tenté de rédiger un long ouvrage de doctrine sur les obligations constitutionnelles qui échoient au gouvernement du Canada et à ses représentants en raison des nombreux traités et accords conclus au fil des ans. Ces pactes ont établi de solides précédents juridiques qui nous montrent la voie à suivre. L’un d’eux est un document que je connais très bien : la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. Elle contient les outils permettant de rédiger, de jauger et d’appliquer des lois à tous les ordres de gouvernement. Je suis ravi de constater que tant le Premier ministre que la ministre des Affaires autochtones s’engagent à garantir que les lois canadiennes respectent cette Déclaration. Nous, les peuples autochtones, devons être prêts à faire respecter nos droits inhérents par les institutions instaurées à l’époque coloniale. Si le gouvernement fédéral est prêt à aller dans le même sens, notre pays progressera énormément sur la voie de la justice1.

Au plan pragmatique, l’un des éléments au cœur de la Déclaration est l’affirmation et la protection du consentement préalable, libre et éclairé. À l’heure où les nations autochtones continuent d’affirmer leur souveraineté conformément à leurs souhaits, le consentement préalable, libre et éclairé est une obligation que les gouvernements doivent comprendre et respecter. Cette obligation signifie que pour tout ce qui touche une nation autochtone, les gouvernements et les autres organismes concernés doivent non seulement consulter les Autochtones, mais prendre en compte la façon dont ces derniers souhaitent assurer l’intendance de leurs territoires.

À une ère qui valorise et qui maintient en place les mécanismes néolibéraux comme les accords de libre‑échange, les multinationales et les organisations intergouvernementales, il est impératif que le gouvernement du Canada fasse du consentement libre, préalable et éclairé une priorité si nous voulons améliorer les relations entre les peuples de notre société.

Ainsi, si les Autochtones sont évidemment intéressés par les détails de l’enquête nationale sur les femmes et filles autochtones disparues ou assassinées de même qu’aux solutions proposées pour résoudre l’accès inadéquat à l’éducation et aux soins de santé ; ils sont tout aussi concernés par la promotion que fait le nouveau gouvernement du Partenariat transpacifique, des partenariats publics-privés, des pipelines et de l’exploitation des ressources. Dans le cadre des processus de planification et de négociation, les collectivités ont le droit de participer à des discussions préalables, libres et éclairées, et aussi de donner ou de retirer leur consentement. C’est ainsi que nous pourrons refaçonner l’avenir du pays, en tenant compte des perspectives et de l’identité autochtones.

M. Trudeau s’est clairement engagé auprès des inuits, des métis et des Premières Nations à nous propulser à une ère de relations de nation à nation ; je m’assurerai2 que le nouveau gouvernement respecte son engagement. Les 148 années de colonialisme et d’assimilation sont derrière nous. Chaque député doit s’engager à écouter les Autochtones, ainsi qu’à mettre en valeur et à appliquer les expériences et perspectives autochtones pour refaçonner notre avenir commun. Ce mouvement de décolonialisation, ce nouveau visage du gouvernement du Canada, est le début d’autre chose, espérons de mieux.