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Les défis du FSM 2016 à Montréal : définir un projet politique et mobiliser les mouvements sociaux

Ronald Cameron, 23 novembre 2015

François Saillant, lors de l’assemblée publique d’Alternatives du 24 octobre dernier à propos des résultats des élections fédérales, a exprimé sa déception concernant les suites du Forum social des peuples (FSP) de 2014 sur la mobilisation contre Harper. Il exprimait une critique qu’il a lui-même formulée à d’autres occasions et que plusieurs ont émis sur le phénomène des forums sociaux : les grands happenings altermondialistes n’auraient que peu d’impact sur la concertation et l’action des organisations sociales. Le Forum social mondial (FSM) de Montréal pourra-t-il surmonter ce problème ? Pour tenter de répondre à ce défi et de réussir la mobilisation des mouvements sociaux, d’ici comme d’ailleurs, il est nécessaire de bien camper le projet politique du prochain rendez-vous altermondialiste.

Le FSP et les élections fédérales

Si la coordination pancanadienne de la lutte contre Harper lors de la campagne électorale a été faible, on doit admettre que nombre de mouvements et organisations, qui participaient au FSP en 2014, ont décrié le gouvernement conservateur partout au Canada. Ainsi, le FSP a plus été un appel à la mobilisation et un exercice de ralliement à un même objectif, celui de battre Harper, qu’à la mise en place d’une coordination pancanadienne. Les réalités structurelles de l’État canadien sont notamment à prendre en compte dans ce contexte, tout autant que la conjoncture sociale au Québec, alors que les mouvements sont toujours largement mobilisés contre les politiques d’austérité du gouvernement Couillard.

L’étendue des forums sociaux et ses limites

Par ailleurs, les conceptions du FSM centrées sur le processus et la seule mise en place d’espaces de débats ont toujours été critiquées. Le dernier Conseil international (CI) du FSM, qui s’est tenu à Salvador de Bahia au Brésil les 29, 30 et 31 octobre derniers, n’a pas fait exception. Chacune des éditions du Forum mondial n’a pas toujours eu la même ampleur, mais les deux dernières en Tunisie ont démontré la vitalité du mouvement et les possibilités de rayonnement des idées altermondialistes. Malgré les critiques, le processus des forums a connu un renforcement remarquable, tantôt par la multiplication des forums thématiques, tantôt sur la base de forums nationaux, voire locaux.

En fait, le prochain FSM ne fera exception à la mise en place d’ « espaces de paroles », ayant comme plate-forme de base, l’idée de bâtir un autre monde. L’identification des grandes thématiques du prochain FSM, lors du séminaire international des 1er et 2 octobre derniers, a permis de définir un cadre inclusif de différents points de vue entourant la réalisation de cet événement.

Toutefois, à la lumière des expériences qui se sont réalisées depuis quinze ans et aussi à la suite des débats du dernier CI au Brésil, le fait de couvrir la diversité des préoccupations ne suffit plus. Le processus des forums, tout comme la posture que le FSP a dû prendre en donnant un élan à la mobilisation anti-Harper, doit emprunter le chemin d’une clarification politique accrue, tant sur le plan de la méthode que sur les objectifs politiques.

Le développement d’un projet politique et la mobilisation des mouvements

L’avenir des FSM, y compris celui de Montréal, passe par l’accroissement de sa pertinence politique auprès des organisations et des mouvements sociaux. Lors de la rencontre du CI du FSM au Brésil à la fin du mois d’octobre, des appels ont été lancés pour politiser le projet de FSM de Montréal, afin de réaliser une telle démonstration. Pour ce faire, la mobilisation doit s’appuyer sur des déclarations politiques centrées sur les enjeux auxquels font face les mouvements et les organisations.

De plus, ceux-ci doivent pouvoir se concerter indépendamment des assemblées générales et constituer une instance aussi centrale que les assemblées générales larges et participatives. La légitimité et l’autonomie des organisations sur ce plan doit être reconnue, au bénéfice de chercher à rejoindre leurs préoccupations dans la préparation de l’événement. Pour gagner leur appui à l’événement, il s’agit de reconnaître pleinement leur contribution.

Pour politiser le FSM 2016, une déclaration politique apparaît nécessaire sur la centralité des enjeux et des liens entourant la lutte à l’austérité et celle concernant le climat apparaît nécessaire. À son actif, une première déclaration sur les questions migratoires a été adoptée. Le prochain séminaire international de préparation du FSM, qui doit avoir lieu en décembre ou au début de l’année, peut être une occasion de donner un coup de barre en ce sens. Aussi, depuis les derniers attentats à Paris et Beyrouth, la question de la guerre et des réfugiés sont aussi incontournables.

Les questions politiques centrales qui mobilisent actuellement les mouvements doivent être au cœur des préoccupations de la démarche préparatoire. Le succès du FSM 2016 de Montréal dépendra de sa capacité à attirer les organisations sociales du Québec, du Canada, des Premières nations et les principaux mouvements sociaux mondiaux. La mise en place d’un cadre de concertation intersectorielle des mouvements constitue de ce point de vue un levier essentiel. Tout doit être mis en œuvre pour proposer une démarche et favoriser une telle rencontre des organisations majeures.

Alternatives en marche vers le FSM 2016 à Montréal

À la suite de la décision du Conseil international de mars dernier pour la tenue du FSM à Montréal, le conseil d’administration d’Alternatives a adopté une résolution afin de préparer des activités suivant trois priorités :

- le développement et le renforcement de la lutte pour la justice climatique, dans
la perspective d’une lutte plus large sur les causes systémiques des
changements climatiques et donc pour combattre les politiques néolibérales ;
- le soutien à la résistance aux politiques d’austérité ;
- le soutien à la lutte au racisme et à l’islamophobie, notamment au lendemain
des attentats à Beyrouth et Paris, et en considération de l’importance politique
d’accueillir au moins les 25 000 réfugiés, tel que promis par Justin Trudeau.

Nous souhaitons contribuer au développement du FSM organisant, avec nos partenaires nationaux et internationaux, des espaces rassembleurs dans le cadre des activités autogérées. Nous sommes disponibles à mettre en place les conditions d’une concertation entre les mouvements dans le cadre du projet du FSM.

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