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Conférence sur le climat et menace terroriste

Claude Vaillancourt, 17 novembre 2015

C’est avec la plus grande stupeur que nous avons appris la nouvelle des terribles attentats terroristes de vendredi dernier à Paris. Et cela, moins d’un an après les attentats à Charlie Hebdo et dans une épicerie casher, encore toutes frais dans nos mémoires. Le Paris visé par les terroristes est celui où j’ai vécu pendant une année et auquel je suis resté attaché. Ces liens affectifs sensibilisent encore davantage à un drame que l’on présente maintenant comme une catastrophe annoncée.

Parmi les très nombreux aspects dérangeants de cette tragédie, il faut mentionner sa proximité avec la conférence des Nations unies sur le climat (COP21) dans la même ville. L’urgence de contrer les changements climatiques nécessite que l’on porte une attention constante à cette question et que des décisions importantes soient prises. Mais les attaques terroristes, en plus des drames humains qu’elles ont provoqués, nous entrainent vers de bien mauvaises voies.

Le gouvernement français entend y répliquer par davantage de guerre : déploiement de l’aviation, bombardements, fabrication et utilisation d’armes. La grande diversion est lancée : chercher à guérir la planète d’un mal qui la ronge dans son entièreté risque de passer derrière une autre douleur plus immédiate, celle provoquée par le terrorisme. Toute l’organisation de la COP21 se voit fragilisée, déstabilisée. Tant la rencontre des représentants des États que les mobilisations citoyennes en faveur d’actions significatives se feront dans un climat de menaces constantes, si tout se déroule comme prévu.

Il est difficile de ne pas faire de lien avec les lendemains du 11 septembre 2001. Peu avant cet évènement, à Seattle, Nice, Québec, Prague, Göteborg, Washington, des foules nombreuses s’étaient élevées contre une vision du commerce international qui nuisait à la protection de l’environnement et créait davantage d’inégalités. Ce mouvement a été affaibli considérablement après les attentats. Les membres de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), réunis dans le très peu démocratique Qatar, en ont profité pour lancer le plus important cycle de négociations de libre-échange jamais entrepris, le cycle de Doha. Ce dernier s’effondrera cinq années plus tard, après que la résistance soit parvenue à se réorganiser.

La réaction aux attentats du 11 septembre a causé l’invasion de l’Afghanistan, ce qui pouvait se justifier, mais aussi celle de l’Irak, qui a déclenché contre elle un grand mouvement d’opposition. Je me souviens que l’inquiétude partagée par plusieurs était que ce choix dangereux favoriserait le développement d’un nouveau terrorisme, ce qui semblait le contraire que de s’attaquer efficacement au problème. Les pires craintes se sont réalisées. L’État islamique est une organisation née de l’Irak ruiné et décimé par la guerre. Et qui exporte désormais sa barbarie jusque dans la ville de Paris, celle-là même qui accueillera la COP21.

Bien sûr, la réalité politique est aujourd’hui très différentes de la période des attentats du 11 septembre. Mais il faut craindre que la barbarie terroriste vienne entraver une fois de plus la montée d’importantes luttes. Ses auteurs accaparent encore toute l’attention, nous entrainent dans de grands reculs. Tout annonce qu’il s’ensuivra un nouveau cycle de violence, un piège dans lequel tombent les pays victimes d’agression, bien que l’expérience nous montre désormais que la violence vengeresse ne fait qu’accentuer le problème qu’elle voudrait régler.

Comment s’occuper efficacement du dérèglement climatique dans de telles circonstances ? La COP21 sera marquée par la crainte d’un nouvel attentat. Dans quelle mesure les manifestants pacifiques, que l’on attendait en grand nombre, seront-ils présents à l’évènement et pourront-ils s’exprimer avec une grande liberté ? Les lendemains du 11-Septembre nous ont appris qu’un amalgame commode peut être créé entre la répression contre le terrorisme et celle contre un mouvement social pacifiste, mais opposé à des décisions gouvernementales et cherchant à influencer certaines politiques.

Plutôt que de s’occuper avant tout du climat et d’environnement, il est à craindre que la diplomatie internationale se concentrera sur la guerre contre le terrorisme, soutenue par des médias captivés par l’aspect spectaculaire de la question. Certes, l’inaction devant des attentats aussi violents est inacceptable, mais d’autres voies que la guerre devraient être privilégiées. Chose certaine, une des forces désolantes des terroristes est rendre toujours prioritaire leur agenda.

D’où les défis majeurs qui nous attendent : avancer à la fois dans la lutte contre les changements climatiques et contre le terrorisme. Mais peut-être que ces deux questions ne sont pas aussi détachées qu’on le croit. Le terrorisme a été encouragé entre autres par les guerres, les très grands intérêts économiques liés au commerce d’armes et la nécessité stratégique pour les pays occidentaux de prendre les grands moyens afin d’avoir accès aux ressources pétrolières du Moyen-Orient.

Penser le monde autrement, privilégier une protection absolument prioritaire de l’environnement et une transition rapide vers des énergies renouvelables pourrait être un moyen efficace de nous obliger à parler un autre langage que celui des terroristes. Ceci permettrait de changer nos politiques répressives dans cette région du monde, revenir sur nos alliances douteuses avec des pays comme l’Arabie saoudite et réduire ainsi le pouvoir des extrémistes. Et cela bien sûr sans tomber dans le piège d’exploiter à la place nos propres ressources ultra-polluantes.

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