Journal des Alternatives Alternatives - Alternatives est une organisation de solidarité qui œuvre pour la justice et l’équité au Québec, au Canada et ailleurs dans le monde Page d'accueil du Journal des Alternatives

Partenaires

L’oligopole bancaire en chiffres

René Naba, 31 octobre 2015
  • 28 « banques systémiques » : un bilan global de 50.000 milliards de dollars, un chiffre comparable à la dette mondiale.
  • 190 milliards de dollars d’amendes infligées par les régulateurs financiers depuis bientôt 9 ans.
  • Paradis fiscaux : 80 sanctuaires de la criminalité en col blanc, favorisant la confusion entre la finance internationale et la mafia.
  • Une pénalité record de 6 milliards de dollars à six banques systémiques de l’oligopole bancaire.

La crise bancaire qui a éclaté en Août 2007 du fait de la crise des « subprimes », -les prêts hypothécaires excessifs consentis à la classe moyenne pour soutenir l’immobilier et la consommation-, a dégénéré en Krach boursier, en Février 2008, à l’arrêté des comptes annuels des grandes banques de Wall Street, révélant des pertes d’actifs de plusieurs milliards de dollars. Lehmann Brothers, 4ème banque d’affaire américaine a ainsi perdu 95 % de ses actifs en un an, de même que l’AIG, la première compagnie d’assurance américaine, 75 % de pertes d’actifs en un an. Un plan de sauvetage de 700 milliards de dollars a alors été adopté pour juguler la plus grave crise du capitalisme financier depuis 1929.

Neuf ans après le crash bancaire de 2007-2008, qui a entraîné une perte de capitalisation boursière de l’ordre de 25.000 milliards de dollars -de quoi remettre à neuf l’ensemble de la planète, éradiquer toutes les pandémies (Sida, Ebola) et reconstruire la totalité des pays sinistrés par les guerres de prédation économique-, les grandes banques multinationales, anglo-saxonnes ou européennes, reprennent les commandes de l’économie mondiale du fait de la frilosité des pouvoirs publics, au mépris des enseignements du passé.

28 banques détiennent, en effet, malgré la crise et des efforts de régulation bien insuffisants de la part des gouvernements, un pouvoir démesuré, au point de constituer un oligopole mondial de fait d’une extrême dangerosité pour la stabilité financière mondiale. Dans cette optique, le scandale de la FIFA (Fédération Internationale du Football Association) n’est que l’illustration de la métamorphose générale de pans entiers de l’économie, qui emprunte au modèle de la mafia ses outils de gestion. Les méthodes de la mafia s’étendent aussi bien à l’économie légale qu’à l’économie informelle.

En 2012, les paradis fiscaux représentaient la moitié des activités internationales des banques !

La finance internationale se fait à l’ombre de l’omerta dans quelque 80 sanctuaires de la criminalité en col blanc. Du fait de cette confusion entre la finance internationale et la mafia, des secteurs importants tombent sous la mainmise de ces dernières.

Ces vingt-huit banques -qualifiées de « systémiques »- menacent le Monde représentant un total de bilan de 50.000 milliards de dollars en mars 2012 ; Un chiffre comparable à la dette mondiale. Dix d’entre elles ont la main sur 80 % sur les transactions de change et domine le marché des taux d’intérêt comme celui du Libor à Londres, qu’elles ont manipulé pendant des années, aboutissant à des condamnations record de l’ordre de 10 milliards de dollars de pénalités financières (1).

Les banques systémiques appartenant à ce cartel sont nombre de 11

  • 4 banques américaines : Bank of America, Citigroup, Goldman and Sachs, JP Morgan Chase
  • 4 banques britanniques : Barclays, HSBC (Hong Kong and Shanghai Banking Corporation) et Royal Bank of Scotland
  • 2 banques de la zone euro : BNP Paribas et Deutsche Bank
  • 2 banques suisses : Crédit Suisse et USB

Des pénalités record

190 milliards de dollars de pénalités ont été infligées du fait des fraudes par les régulateurs financiers depuis bientôt neuf ans, soit en moyenne dix milliards de dollars par an, dont plus de la moitié des sanctions intervenues en 2014. Les autorités américaines ont infligé 97 % des amendes (environ 185 milliards de dollars). Sur le Vieux Continent, c’est la City qui a la main la plus lourde.

En France, l’amende infligée à BNP Paribas en Mai 2014 pour avoir violé l’embargo sur le commerce du pétrole a constitué un pic (9 milliards de dollars), d’autres institutions ont dû débourser des sommes bien plus importantes.

Les Américains sont en première ligne avec plus de 200 amendes et les banques américaines les plus sanctionnées : 141 amendes, contre 57 pour les banques britanniques et 6 pour les banques françaises. Bank of America se détache du lot des banques pénalisées avec plus de 87 milliards de dollars d’amendes, suivi de JP Morgan avec 33,5 milliards de dollars de pénalités. Puis, une autre américaine, Citigroup (14,5 milliards de dollars en neuf ans)

En 2015, 6 milliards de dollars (5, 4 milliards d’euros environ) de pénalités infligées, mercredi 20 mai 2015, à 6 banques par les autorités britanniques et américaines pour des pratiques illégales sur le marché des changes. Leur condamnation intervient dans le cadre d’un accord qui marque sans doute le point culminant de la répression internationale de cette fraude à grande échelle.

Au total, Londres et Washington ont infligé plus de 10 milliards de dollars (8,9 milliards d’euros) de pénalités financières à 7 établissements, dont Citigroup, JP Morgan, UBS, Barclays et Royal Bank of Scotland. Ces derniers sont accusés de n’avoir rien fait pour empêcher leurs traders de partager des informations confidentielles, sur les ordres de certains clients, dans le but d’augmenter leurs profits sur le marché des devises.

Les régulateurs reprochent en effet aux cambistes de ces grands établissements d’avoir utilisé des forums de discussion sur internet et des messageries instantanées pour se concerter de façon indue afin d’infléchir un taux de référence du marché des changes. En l’espèce, c’est le taux entre l’euro et le dollar qui a été faussé, selon les autorités, qui parlent d’un salon de discussion baptisé « le cartel », réunissant des traders de Citigroup, JP Morgan, UBS, Barclays et Royal Bank of Scotland (RBS)

Ces 4 banques ont plaidé coupable de manipulation concertée du marché des changes, sur lequel les transactions représentent jusqu’à 5.000 milliards de dollars par jour (4.500 milliards d’euros). L’anglaise Barclays écope de la note la plus salée : 2,4 milliards de dollars (2,15 milliards d’euros).


Voir en ligne : Renenaba.com