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La débâcle orange : bien plus que le niqab, c’est son virage austéritaire qui a coulé le NPD

Roger RASHI, 22 octobre 2015

Si 2011 fut l’année de la vague orange, 2015 restera dans les annales politiques comme celle de la débâcle orange. Le NPD qui caracolait pas plus tard qu’à la fin août en tête des sondages, se retrouve le 20 octobre devant un champ de ruines. Envolés les espoirs de diriger le Canada, perdu le statut d’opposition officielle, la formation social-démocrate dirigée par Thomas Mulcair retrouve le statut de tiers parti à Ottawa avec une quarantaine de députés et moins de 20% des suffrages.

La tentation sera grande parmi les stratèges du parti de blâmer le débat sur le niqab pour cette dégelée. Mais si la carte islamophobe jouée par un Stephen Harper aux abois en fin de campagne - et amplifiée par Gilles Duceppe dans un mauvais remake de la tout aussi xénophobe Charte des valeurs du PQ - a eu un tel effet, c’est que la descente aux enfers était déjà amorcée.

Dès le moment fatidique ou un Mulcair triomphaliste enfourchait à la fin août le cheval fatigué de l’austérité en promettant des budgets équilibrés, les libéraux fédéraux de Justin Trudeau, qui n’attendaient que l’occasion, doublaient les socio-démocrates à gauche en s’engageant à faire des investissements massifs dans les infrastructures quitte à enregistrer des déficits budgétaires pendant trois ans. Tout l’automne, alors que les libéraux enfonçaient le clou en se déclarant les seuls « vrais progressistes », le NPD voyait ses appuis fondre comme neige au soleil jusqu’au dénouement inévitable le soir des élections. Le coup fourré du niqab n’a fait qu’accentué la pente, le NPD était déjà en chute libre

Une défaite annoncée

Bien plus qu’une bourde stratégique en cours de campagne, - et c’en fut tout une - la déconfiture du NPD révèle encore une fois la faillite politique profonde de la social-démocratie occidentale. Dès la fin des années 80 du siècle dernier, les partis socio-démocrates s’embourbaient dans la « troisième voie » si chère à Tony Blair. Le NPD, version pâlotte des grands frères européens, fut un adepte enthousiaste et le virage néolibéral était amorcé en Ontario par le gouvernement de Bob Rae. Le résultat fut désastreux et près de 20 ans plus tard le NPD ne s’en est toujours pas remis dans la province la plus populeuse du Canada.

La crise financière de 2008 vit la social-démocratie internationale virer encore plus à droite en adoptant partout en occident de strictes politiques austéritaires. Le NPD fit de même et ses succursales provinciales en Colombie Britannique, Nouvelle-Écosse et l’Ontario se sont faites doublées à gauche lors des trois dernières années par leur rivaux libéraux. À l’exception notable de l’Alberta au printemps 2015 où un programme keynésien fort modéré permit à Rachel Notley de battre les archéo-conservateurs locaux. Si le NPD fédéral a profité de la victoire de son homologue albertain pour augmenter ses appuis au courant de l’été, l’embellie s’est avérée éphémère. Aujourd’hui le NPD est de retour à la case qu’il occupait avant la vague orange de 2011.

Le château de cartes du Québec

En essayant de consoler ses troupes en état de choc devant les résultats désastreux affichés sur les écrans de télévision, Mulcair soulignait dans son allocution de fin de soirée électorale la performance encourageante, du moins à ses yeux, du NPD au Québec. La réalité, pourtant, est toute autre.

Le NPD a été incapable de consolider sa percée québécoise de 2011. Non seulement a-t-il subi une perte importante au niveau de sa députation québécoise qui tombe de 60 à 16, mais son appui électoral au Québec s’est avéré volatil à l’extrême. Après avoir atteint un sommet frisant les 50% dans les sondages de fin août, il a chuté à 25% le soir des élections. Très simplement, le vote anti-conservateur au Québec qui s’était temporairement placé avec le NPD a fini par trouver niche ailleurs.

La raison d’une telle fragilité est fort simple. Sous Mulcair, le parti n’a pas voulu se rapprocher des mouvements sociaux québécois. À l’exception notable d’Alexandre Boulerice, le NPD s’est tenu loin des mobilisations anti-austérité au Québec, tant en 2012 qu’en 2014-2015. Il a froissé le mouvement environnemental par son appui au projet du pipeline Énergie Est et c’est attiré les foudres du mouvement de solidarité avec la Palestine en censurant ses deputés ou candidats qui osaient critiquer l’appui indéfectible de Stephen Harper à la droite israélienne. Il est quand même remarquable qu’aucune organisation syndicale ou sociale québécoise n’ait appuyé ouvertement ce parti en 2015. Quand à la question nationale, la réputation de pourfendeur du nationalisme québécois que Mulcair s’est forgée lors de ses années comme député et ministre libéral provincial, l’empêche d’aborder ce sujet avec un minimum de crédibilité.

Y a-t-il un Jeremy Corbyn au NPD ?

Le post-mortem électoral sera douloureux au NPD. Mulcair, transfuge du Parti Libéral du Québec, qui ne cachait pas de ses sympathies envers Thatcher alors qu’il était député provincial, pourra difficilement survivre longtemps à la débacle actuelle. Élu avec peine chef fédéral au terme de quatre tours et avec seulement 57% des voix au congrès de 2012, il s’était engagé à consolider le parti au Québec et à gagner de nouveaux appuis à travers le Canada en déplaçant le NPD vers le centre. Il a échoué sur toute la ligne.

Peut-on prévoir un sursaut dans ce parti et y voir émerger une candidature de gauche authentiquement anti-austéritaire, un peu à la Jeremy Corbyn dans le Labour britannique ? Disons simplement que ce n’est pas dans la tradition de la maison. Les courants de gauche qui s’y sont manifestés, soit dans les années 70 avec le Waffle ou au début des années 2000 avec le New Politics Initiative, ont disparus sans laisser beaucoup de séquelles. Le temps est venu pour la gauche anti-austérité de fermer la parenthèse NPD.

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