Journal des Alternatives Alternatives - Alternatives est une organisation de solidarité qui œuvre pour la justice et l’équité au Québec, au Canada et ailleurs dans le monde Page d'accueil du Journal des Alternatives

Partenaires

Changements climatiques et agrocarburants

Les solutions de l’industrie sont de fausses solutions et ne résoudront pas la crise climatique

Andrea Germanos, 1er octobre 2015

Dénonçant l’accaparement par l’industrie de la Conférence de l’ONU, Le mouvement "La Via Campesina" demande une solution juste à la crise mondiale du climat.

Alors que la conférence sur le climat des Nations unies : COP21 est imminente, le mouvement international Via Campesina demande la fin de ce qui est perçu comme la mainmise de l’industrie sur la conférence et préconise de la remplacer par une approche fondée sur la souveraineté alimentaire – une « solution juste à la crise climatique ». La Via Campesina, qui rassemble des organisations mondiales œuvrant à la défense des paysans et paysannes a publié son appel dans une déclaration la semaine dernière.

Les groupes constatent que les gouvernements du COP précédent “ ont échoué, à maintes reprises, à protéger et à faire progresser les droits humains les plus fondamentaux des peuples – dont le droit à l’alimentation – en envoyant aux pourparlers du climat, des délégations qui font passer les intérêts privés avant le bien être public ».

Mais, ces « solutions de l’industrie sont de fausses solutions et ne résoudront pas la crise climatique » déclarent-ils. « Nos solutions sont de vraies solutions et l’ONU devrait les adopter en priorité ». Non seulement le système alimentaire industriel n’offre pas de solution au climat, mais il contribue à la crise climatique. La déclaration continue ainsi : « Le système alimentaire mondial imposé par les entreprises transnationales est à la fois un échec complet et l’une des causes principales de la crise climatique d’origine anthropique ; dépendant des carburants fossiles pour produire, transformer et transporter, on estime ce système responsable de 44 à 57 % du total des émissions de gaz à effet de serre. Au lieu de produire une alimentation nutritive pour la population du monde, les entreprises transnationales ont causé la faim et l’obésité, les accaparements de terres et le déplacement des populations rurales, ainsi qu’une crise climatique dont ils espèrent maintenant tirer profit en vendant leurs fausses solutions aux Nations unies », Au contraire des entreprises transnationales, « l’agriculture paysanne et les systèmes alimentaires locaux se sont avérés capable de nourrir la population pendant des siècles »

Ryan Zinn, directeur politique de Fair World Project, explique ainsi les différences entre les deux démarches et les différents impacts sur le climat : L’agriculture industrielle est une des causes principales des gaz à effet de serre. Les engrais synthétiques, les pesticides, les grosses machines, les monocultures, le changement d’utilisation des terres, la déforestation, la réfrigération, les déchets et les transports font tous partie de ce système alimentaire qui engendre des émissions importantes et contribue fortement au changement climatique mondial. Les pratiques de l’agriculture industrielle, que ce soit les parcs d’engraissement des animaux ou les monocultures synthétiques de soja ou de maïs qui utilisent beaucoup d’engrais et sont modifiées génétiquement pour tolérer d’énormes quantités d’herbicide, non seulement contribuent considérablement aux gaz à effet de serre mais renforcent un système alimentaire mondial malsain et injuste. L’agriculture moderne conventionnelle dépend des carburants fossiles, c’est une industrie énergivore qui s’accorde avec la biotechnologie, les intérêts du commerce et de l’énergie plutôt qu’avec les priorités des paysans et des consommateurs […]. Comparées aux fermes industrielles à grande échelle, les fermes agroécologiques à petite échelle utilisent peu d’engrais à base de pétrole et émettent moins de gaz à effet de serre, dont le méthane, l’oxyde nitreux, et le gaz carbonique (CO2), elles ont, en outre, la capacité d’inverser le changement climatique en capturant dans le sol, le gaz carbonique de l’air, année après année. Selon l’institut Rodale, les paysans et les éleveurs à petite échelle pourraient capturer plus de 100% des émissions annuelles actuelles de CO2 en utilisant des pratiques agroécologiques, peu coûteuses, sures et largement accessibles qui mettent l’accent sur la diversité, les connaissances traditionnelles, l’agroforesterie, la complexité du paysage et des techniques de gestion de l’eau et des sols telles que des cultures qui couvrent les sols, le compostage et la collecte des eaux.

Il est important de souligner que, non seulement l’agroécologie peut capturer jusqu’à 3500 kilos de CO2 par 400m², par an, mais elle peut également augmenter le rendement des récoltes. De fait, des études récentes effectuées par GRAIN (www.grain.org) démontrent que les paysan-nes nourrissent déjà la majorité de la population mondiale avec moins d’un quart des terres agricoles. Donc, lutter contre le changement climatique dans les fermes peut, non seulement résoudre les problèmes posés par l’agriculture industrielle qui crée des gaz à effet de serre, mais encore produire plus d’alimentation en consommant moins de carburants fossiles. En d’autres termes, comme le souligne ETC Group (www.etcgoup.org), l’agriculture industrielle utilise 70% des ressources pour produire 30% de la production alimentaire mondiale, alors que les paysan-nes produisent 70% de la production alimentaire mondiale en utilisant uniquement 30% des ressources agricoles.

Les paysan-nes jouent un rôle essentiel face aux crises de l’alimentation et de l’agriculture qui est à l’origine de la crise climatique. Il s’est avéré que les fermes à petite échelle sont plus résilientes lorsqu’elles sont confrontées aux événements climatiques graves ; elles affrontent les tempêtes bien mieux que les grandes exploitations agricoles. En comparaison, les paysan-nes agroécologiques se sont remis plus facilement après de grands ouragans ou tempêtes.

En dépit de ces bénéfices, la démarche préconisée par La Via Campesina rencontre des obstacles importants, tels les accords de libre-échange TTIP et TPP qui, selon de nombreux groupes, favorisent les intérêts de l’industrie. C’est bien un changement de paradigme qui est nécessaire afin d’arriver à la justice climatique : « Voilà pourquoi, nous, La Via Campesina, déclarons encore une fois que la Souveraineté alimentaire, basée sur l’agroécologie paysanne, les connaissances traditionnelles, la sélection, la sauvegarde et le partage des semences locales et le contrôle de nos terres, de la biodiversité, des eaux et des territoires - est une solution réelle, viable et juste à la crise climatique mondiale causée largement par les entreprises transnationales. Cependant, la mise en application de la souveraineté alimentaire suppose des changements radicaux. Il faut, entre autres, des réformes agraires complètes, des achats publics qui donnent la priorité à la production paysanne et la fin des accords de libre-échange (ALE) promus par les entreprises transnationales. Nous demandons justice – une justice sociale, économique, politique et climatique.


Voir en ligne : Publié sur Via Campesina