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Le dilemme NPD

Claude Vaillancourt, 14 septembre 2015

Il n’y a pas si longtemps, voter aux futures élections fédérales ne posait pas un gros problème pour les progressistes. Il fallait éviter à tout prix la réélection d’un gouvernement conservateurs. Le Bloc québécois s’était effondré et le Parti vert demeurait trop faible pour prétendre élire quelques députés. Les libéraux n’avaient jamais été un choix envisageable, et l’inexpérience de leur chef Justin Trudeau, ainsi que le manque de substance de ses discours, donnaient des raisons supplémentaires pour leur tourner le dos. Il ne restait plus que le NPD.

Depuis, les choses ont évidemment beaucoup changé. Le retour de Gilles Duceppe à la tête du Bloc québécois a rallumé chez certains la flamme indépendantiste. Le jour du vote, plusieurs électeurs et électrices devront résoudre un important conflit entre le cœur (soutenir la cause de l’indépendance) et la raison (faire tomber Stephen Harper en appuyant le parti le plus apte à le battre). Malgré les faibles performances du BQ dans les sondages, et sa chute probable, ce choix en tourmentera plusieurs.

Les Verts ont toujours peu de chance d’emporter des comtés devant les grosses machines des grands partis. Pourtant, un coup d’œil à leur programme permet de constater à quel point ce parti a de solides convictions progressistes. Il demeure bien sûr le plus nettement opposé à l’exploitation du pétrole des sables bitumineux et aux oléoducs. Mais il a aussi des idées très audacieuses sur l’économie : contre un libre-échange qui favorise uniquement les entreprises transnationales, en faveur d’une taxe sur les transactions financières pour relancer les services publics et domestiquer la spéculation financière. Voter avec son cœur, ne serait-ce pas aussi appuyer le Parti vert ?

Les libéraux ne se sont pas encore écroulés, comme plusieurs l’avaient anticipé. Bien au contraire, ils semblent retrouver de la vigueur en se réalignant à gauche, avec une politique d’investissement dans les infrastructures, une taxation plus élevée pour les plus riches, un accès facilité à l’assurance chômage, entre autres. À écouter certains discours de Justin Trudeau, on croirait se tromper de parti. Mais ces libéraux sont lourdement handicapés par leur passé jalonné de promesses électorales non remplies et de réalignements obligatoires sur les besoins de Bay Street. Sûrement faut-il être un peu naïf pour croire à ce programme en forme de mea culpa.

Et le NPD dans tout ça ? En tant que parti qui a désormais de réelles chances de prendre le pouvoir, il prépare déjà ses partisans au grand recentrage qui affecte trop de partis de gauche victorieux.

Par exemple, le NPD a toujours été un solide adversaire du libre-échange. Il s’est attaqué, entre autres, aux effets destructeurs de ces accords sur notre secteur manufacturier, au danger d’affaiblissement de nos services publics, à la capacité des grandes entreprises de neutraliser le pouvoir de règlementer des gouvernements par des poursuites dans des tribunaux privés institués dans ces ententes.

Depuis l’arrivée de Thomas Mulcair à la direction du parti, on cherche surtout à éviter le sujet. Sans trop insister, le parti se prononce contre certains aspects controversés des accords, comme l’élimination de la gestion de l’offre ou le mécanisme de règlement des différents. Mais son silence sur de nombreux autres aspects demeure particulièrement inquiétant : nous annonce-t-il un revirement spectaculaire sur cette question, comme d’autres partis l’ont fait lorsqu’ils ont pris le pouvoir ?

Le NPD adopte la même ambigüité en ce qui concerne les questions environnementales. Il refuse de condamner le pétrole le plus polluant, celui des sables bitumineux, qu’il faut pourtant laisser le plus possible sous terre, ainsi que l’affirmait une candidate vedette du parti, Linda McQuaig, avant qu’elle ne soit vertement réprimandée par son chef. Quant au projet d’oléoduc Énergie Est, il pourrait être rendu acceptable à la suite d’une « analyse environnementale rigoureuse ». Pourtant, nos connaissances actuelles très suffisantes sur le sujet devraient permettre d’adopter une prise de position beaucoup plus ferme.

D’autres aspects inquiètent dans les choix du NPD. Par exemple, réduire les impôts des PME, alors que l’on sait que cette décision n’aura aucun impact économique probant. Ou atteindre le déficit zéro - bien qu’on puisse comprendre qu’il s’agit bien ici de rassurer des électeurs qui considèrent ce parti comme un mauvais gestionnaire de l’économie.

Bref, on met comme des cartons dans un chapeau l’absolue nécessité de chasser Stephen Harper du pouvoir, l’aspiration des Québécois à l’indépendance soutenue par le Bloc, l’excellent programme du Parti vert, l’appartenance non négligeable de nombreux candidats du NPD aux idées progressistes, malgré leur chef, et la tentation de rester chez soi devant un cirque électoral décevant. On ferme les yeux. Et on ne sait pas encore exactement ce qu’on pigera.

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