Journal des Alternatives Alternatives - Alternatives est une organisation de solidarité qui œuvre pour la justice et l’équité au Québec, au Canada et ailleurs dans le monde Page d'accueil du Journal des Alternatives

Partenaires

Doña Crisanta Pérez face à GoldCorp :

Le combat d’une femme seule contre un géant de l’extraction minière

Malik Filah, 1er septembre 2015

Crisanta Pérez est une activiste guatémaltèque qui lutte contre la mine Marlin située dans sa communauté de San Miguel Ixtahuacán, et qui appartient à Goldcorp.
Crisanta Pérez est devenue en 2008 la cible d’une campagne de répression quand elle a coupé les poteaux électriques de la mine Marlin installés sur sa propriété sans son accord. Un mandat a été lancé contre elle, elle a été arrêtée, mais les membres de sa communauté ont finalement réussi à la faire libérer et les poursuites ont été abandonnées.

Par la suite, lors des manifestations contre la mine Marlin qui ont eu lieu dans sa communauté en juin 2010, une filiale de Goldcorp a désignée Crisanta coupable pour l’incendie d’une voiture sans fournir aucune preuve de sa culpabilité.

Pour comprendre le combat de Crisanta Pérez, il faut se replonger dans l’histoire récente du Guatemala.

En 1996, après la signature des Accords de Paix mettant fin au conflit armé de plus de trente ans qui a causé la mort de plus de 200 000 personnes, l’État guatémaltèque met en place une politique néo-libérale et accroît les investissements d’entreprises privées étrangères pour les projets de grande envergure. Les gouvernements successifs vont proposer des plans de développement économique axés sur les exportations, ce qui va entrainer un accroissement de l’extraction des minerais. L’augmentation des prix des métaux, et principalement de l’or, a été accompagnée de l’octroi de plusieurs concessions à des compagnies minières étrangères (canadiennes et américaines).
Les activités minières ont connu un essor important au cours des vingt dernières années. Selon le ministère guatémaltèque de l’Énergie et des Mines, il y a actuellement 342 concessions minières en activité au Guatemala, alors que ce nombre était de 111 il y a 10 ans.

Au Guatemala, l’extraction de métaux s’opère généralement dans les zones rurales. Ainsi les activités minières affectent surtout les populations autochtones et paysannes qui vivent principalement en milieu rural. Ces communautés souffrent de discrimination et sont souvent parmi les plus pauvres de la population. Elles n’ont pas pleinement accès à leurs droits et ont été victimes des pires exactions durant le conflit armé.

Ces dernières années, plusieurs communautés autochtones ont protesté contre l’installation de mines sur leurs territoires du fait de la pollution et des répercussions négatives sur les droits humains que l’implantation de ces mines dans leurs communautés entrainent. La violence, la répression et la restriction des libertés ont été les réponses des gouvernements guatémaltèques successifs à ces oppositions légitimes.

Violences et intimidation

Les leaders communautaires, les militant-e-s écologistes et/ou les défenseur-e-s des droit humains qui protestent sont la cible de menaces voire de meurtre de la part de ceux qui soutiennent l’activité minière (la police, l’armée, ou le personnel de sécurité des sociétés minières).

Selon l’Unité de protection des défenseur-e-s des droits humains au Guatemala (UDEFEGUA), 2014 a été l’année la plus violente pour les défenseurs des droits humains.

C’est dans ce contexte que se situe la lutte de Crisanta Pérez. Pendant des années, les membres de sa communauté se sont plaints des impacts négatifs dus à l’extraction minière.

Goldcorp, faisant fi de toutes ces critiques, a choisi de ne pas tenir compte des préoccupations de la communauté et des plaintes sur les violations des droits humains et environnementaux.

Pour Crisanta Pérez l’action de ce type d’entreprise étrangère s’apparente à du néo-colonialisme et l’image du Canada s’est largement dégradée dans une certaine frange de l’opinion publique du fait des actions réalisées par Goldcorp. Toutefois Crisanta a bien conscience que la plupart des Canadien-ne-s ne sont pas informés sur ce qui se passe dans son pays. Selon elle, ce manque d’informations est dû au fait que les entreprises minières, dressent un tableau idyllique de leur action et quand les opposants aux projets miniers tentent d’alerter l’opinion publique en expliquant ce qui se passe réellement, beaucoup de gens n’acceptent pas de les écouter tellement ils sont intoxiqués par cette propagande.

Finalement, Crisanta a trouvé le moyen pour contrer cette propagande : venir au Canada, pour y diffuser son message. C’est ce qu’elle a fait en répondant à l’invitation de plusieurs groupes de solidarité canadiens, et en réalisant une tournée dans plusieurs villes du pays en juin dernier. Aller à la rencontre du public lui permet de mieux diffuser son message, de sensibiliser les gens à sa cause et de renforcer ses alliances. Plus de gens impliqués signifie plus de gens qui connaissent la vérité et qui seront en mesure d’agir concrètement soit en retirant leurs fonds de pension de Goldcorp pour ceux qui en sont actionnaires, soit en alertant l’opinion publique sur le fait que ces fonds sont également investis dans ce type d’entreprise, soit en faisant pression sur l’entreprise ou les politiciens afin que les entreprises minières canadiennes ne puissent plus agir impunément

C’est une tactique qui a déjà fait ses preuves : Goldcorp a récemment vendu sa participation dans Tahoe Resources, une compagnie minière américaine présente au Guatemala. Même si officiellement cela n’a pas été évoqué on peut penser que ce n’est pas sans lien avec les démêlés de Tahoe Resources avec la justice canadienne ou le fait que l’entreprise ait été reconnue coupable par le Tribunal Permanent des Peuples pour une fusillade effectuée par ses agents de sécurité contre des membres de la résistance pacifique au projet minier El Escobal.

Un grain de sable peut-il enrayer une machine aussi bien huilée ? Dans tous les cas, il est nécessaire que Crisanta continue à diffuser son message et que le monde écoute ses paroles et agisse.