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Moussa Tchangari : Lutter contre les terroristes en réprimant la population ?

Bernard DREANO, 4 juin 2015

Le 18 mai, le militant Moussa Tchangari était arrêté par les services de la cellule anti-terroriste de la police de Niamey alors qu’il apportait de la nourriture aux chefs de villages de la région de Diffa qui y étaient détenus. Libéré suite aux pressions internationales, il reste accusé d’activités de nature à « saper le moral des troupes ». Un tribune de Bernard Dréano, président du Cedetim.

En février 2015 des combattants de Boko Haram venant du Nigéria voisin ont pénétré dans la région de l’est du Niger, et attaqué Bosso et la ville de Diffa ; l’état d’urgence a été décrété. Ce qui a signifié pour les habitants de la région des restrictions drastiques de déplacement et l’interdiction formelle de l’exportation vers les marchés nigérians du poivron et du poisson produits localement. Boko Haram a poursuivi ses exactions, et le 25 avril plus de 80 civils et militaires nigériens ont été tués sur l’ile de Karamga sur le lac Tchad.

Début mai le gouverneur de la région de Diffa a ordonné (par la radio) l’évacuation immédiate des habitants des îles du lac Tchad au motif que la présence de civils dans la zone compliquait les opérations de l’armée nigérienne. 25 000 personnes ont été déplacées dans des conditions épouvantables, forcés de quitter la zone le plus souvent à pied, sans eau ni nourriture et après avoir perdu tous leurs biens, pour arriver à N’Guimi ou aucun dispositif n’était prévu pour les accueillir Tous vivent désormais dans des conditions humanitaires qualifiées par l’ONU de dramatiques. Quant aux terroristes de Boko Haram, ils ont pu mettre la main sur les biens et ressources abandonnées par les habitants L’association nigérienne Alternative espaces citoyens (AEC) a dénoncé cette situation et publié un rapport et son secrétaire général (et membre du Bureau de la Fondation Frantz Fanon,) Moussa Tchangari s’est exprimé sur RFI. Le 18 mai. Il a été arrêté par les services de la cellule anti-terroriste de la police de Niamey (alors qu’il apportait de la nourriture aux chefs de villages de la région de Diffa qui y étaient détenus. Il a été accusé de relation avec une entreprise terroriste.

Face à la mobilisation locale et internationale, les autorités ont fini par le libérer. Mis en liberté provisoire le 27 mai il reste accusé d’activités de nature à « saper le moral des troupes ».

A sa sortie de la Cellule anti-terroriste, Moussa Tchangari a affirmé :

« les pouvoirs publics ne veulent pas qu’on parle des atteintes aux droits humains, (…). On ne va pas se taire, on va continuer notre travail. Nous, c’est notre mission parce que ça concerne le pays. On sait qu’on peut se faire arrêter, qu’on peut courir d’autres risques même. Mais ce travail, il faut bien que des hommes et des femmes s’arment de courage pour le faire. Si on baisse les bras, on est mort »

Il a ajouté, qu’ayant été confronté à des conditions de détention difficiles à la cellule anti-terroriste, il va s’engager sur leur étude.

« Ceux qui ont fait toutes ces machinations pour me mettre dans ces conditions m’ont permis de découvrir aussi d’autres réalités. Le temps que j’y ai passé, ce ne sont pas dix jours inutiles, ce fut aussi une découverte pour moi. Moi, je sors renforcé dans mes convictions, dans mes engagements. Nous reviendrons sur ce sujet-là dans nos prochains rapports ».

La lutte contre les terroristes ne doit pas signifier une politique de terre brûlée et d’exactions contre les populations, et ni la répression des militants de la société civile !


Voir en ligne : Publié sur AlterMondes


Crédit Photo : Thomas Moch