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PKP, le choix de la confusion

Claude Vaillancourt, 25 mai 2015

Les membres du Parti québécois ont enfin élu Pierre-Karl Péladeau à la tête de leur parti. Cette victoire annoncée, dont l’imminence a même découragé deux de ses plus célèbres adversaires, reste cependant assez surprenante à mes yeux. Elle s’explique bien sûr par la grande notoriété du personnage, ce qui demeure un élément déterminant en politique. Mais elle crée en même temps beaucoup de confusion. Heureusement pour PKP, l’incohérence n’est pas une tare en politique.

On a raconté à plusieurs reprises la destinée du nouveau chef de parti, sans toujours souligner à quel point de puissantes contradictions semblent avoir marqué son parcours. Ce champion de l’indépendance a été propriétaire de Sun Media, qui attirait son public par un constant Quebec bashing, et qui donnait la parole à ce que le Canada a de plus conservateur. Ce dénonciateur tout nouveau des « néolibéraux » (dans son discours d’intronisation) a paqueté les pages de ses journaux de chroniqueurs de la droite la plus radicale, longtemps en exclusivité. Ce sauveur du PQ a été l’une des raisons de sa défaite électorale lors de la dernière campagne, par son comportement intempestif.

Ce roi du lock-out se trouve à la tête du parti qui a conçu une importante loi contre les briseurs de grèves — à mettre à jour, nous a-t-il révélé, par son comportement pendant la grève au Journal de Montréal. Ce grand mécène et défenseur de la culture dans son sens le plus noble lui donnait en fait très peu de place dans les médias de son empire (à ce sujet, il a bien retenu les leçons de son père). Ce milliardaire généreux, qui choisit l’engagement politique, est incapable de couper le lien avec l’entreprise qui a généré sa fortune. Cet ex-militant communiste dans sa jeunesse était en même temps l’un des hommes plus riches du Québec.

Son élection à la tête du Parti québécois correspond presque à l’annonce de l’achat de la chaine de librairies Archambault, qui lui appartenait, par Renaud-Bray. Il n’y a pas de lien entre les deux évènements, peut-on penser. Sauf que cette transaction, applaudie par les élus, et laissant les milieux du livre et de la musique déconcertés, annonce ce pourrait être un gouvernement dirigé par PKP : la rationalité économique l’emportera-t-elle nécessairement sur la protection d’une culture de plus en plus fragilisée ? Comment ne pas ressentir une grande inquiétude à la suite de cette douteuse transaction ?

Depuis longtemps, au Québec, les débats entre la gauche et la droite ont été emberlificotés par ceux entre les fédéralistes et les souverainistes, les premiers étant davantage à droite, les seconds plus à gauche, mais avec un nombre élevé d’exceptions. Avec l’élection de PKP, la perte de repère devient encore plus grande. D’autant plus que la course à la chefferie l’a forcé à se recentrer, à cause des politiques d’austérité très impopulaires des libéraux, et de l’opposition efficace de candidats plus à gauche, tels Alexandre Cloutier, Martine Ouellette et Pierre Céré. Quelles seront donc les véritables orientations politiques de PKP s’il est un jour élu premier ministre ? Dans quelle mesure pourra-t-il défendre un programme dont on peut se demander s’il l’endossera sincèrement ?

En fait, le PQ pourrait se trouver en territoire familier. Combien de fois les aspects progressistes de sa plate-forme électorale, adoptés en assemblée par ses membres, ont dû céder le pas à des décisions dont le but consistait principalement à rassurer ceux qui ne votent pas pour le parti : banquiers, gens d’affaires, agences de notation, etc.? Avec PKP à sa tête, ces virages du PQ ne sont-ils pas annoncés plus que jamais ?

La grande confusion créée autour de la chefferie de PKP s’accordera très bien au climat politique québécois, alors que certains individus passent de la CAQ à Québec solidaire (et vice-versa), que l’on se réjouit sans discernement de baisses d’impôt tout en déplorant les compressions dans les services publics, que la seule évocation d’un référendum est vue comme une catastrophe. Quoi de mieux pour rallier le plus grand nombre d’électeurs et d’électrices que d’être à gauche, à droite et nulle part à la fois ?

J’oubliais… PKP est un fervent souverainiste. Voilà enfin quelque chose de clair. Et qui demeure la raison principale pour faire avaler le reste. Mais ce choix n’est pas du tout tranché pour les Québécois. Et en attendant le Grand Soir — et même après —, il faudra bien gouverner. Mais dans quelle direction ?

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