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Pas en notre nom : la Journée mondiale de la liberté de la presse, 116 jours après l’attentat de Charlie Hebdo

PEN International, 5 mai 2015

Lors de la Journée mondiale de la liberté de la presse, 116 jours après l’attaque du bureau du journal satirique Charlie Hebdo qui a fait 11 morts et 12 blessés, nous, les signataires, réaffirmons notre engagement à défendre le droit à la liberté d’expression, même lorsque ce droit est utilisé pour exprimer des opinions que nous et d’autres trouvons choquantes, voire offensantes.

L’attaque de Charlie Hebdo — un rappel terrifiant de la violence à laquelle sont confrontés quotidiennement dans le cadre de leur travail de nombreux journalistes dans le monde entier — a provoqué une série de réactions inquiétantes à travers le monde.

En janvier, le bureau du quotidien allemand Hamburger Morgenpost a été la cible d’un attentat à la bombe suite à la publication de plusieurs dessins de Charlie Hebdo. En Turquie, des journalistes ont indiqué avoir reçu des menaces de mort après avoir publié des dessins de Charlie Hebdo. En février, un homme armé, vraisemblablement inspiré par l’attentat de janvier à Paris, a ouvert le feu lors d’une manifestation pour la libre expression à Copenhague ; sa cible était un dessinateur suédois controversé qui avait représenté le prophète Mahomet dans ses dessins.

Mais la grande majorité des réactions les plus troublantes et des menaces les plus graves à la liberté d’expression proviennent de gouvernements.

Un tribunal turc a bloqué des pages de sites Internet qui avaient publié les dessins de première de couverture de Charlie Hebdo ; l’organe de surveillance des communications russes a mis en garde six médias en leur indiquant que la publication des caricatures de nature religieuses « pourrait être considérée comme une violation des lois sur les médias et la répression de l’extrémisme » ; le président égyptien Al-Sisi a autorisé son premier ministre à interdire toute publication étrangère jugée offensante pour la religion ; le rédacteur en chef du quotidien kenyan The Star a été convoqué devant le conseil des médias du gouvernement, pour expliquer son « comportement non professionnel » en publiant des dessins de Charlie Hebdo, et son journal a dû présenter des excuses publiques ; le Sénégal a interdit Charlie Hebdo et d’autres publications qui avaient repris les dessins de l’hebdomadaire français ; en Inde, la police de Bombay se sert de lois visant à protéger l’ordre public et à censurer le contenu offensant pour bloquer l’accès aux sites publiant des dessins de Charlie Hebdo. Cette liste est cependant loin d’être exhaustive.

Car les menaces les plus importantes à la liberté d’expression proviennent sans doute des gouvernements motivés par des préoccupations de sécurité. Après l’attaque contre Charlie Hebdo, onze ministres de l’Intérieur des pays de l’Union européenne, dont la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne ont publié une déclaration dans laquelle ils appellent les opérateurs Internet à identifier et à supprimer les contenus constituant « une incitation à la haine et à la terreur ». Au Royaume-Uni, malgré l’intrusion flagrante des services de renseignement britanniques dans la sphère privée, le premier ministre David Cameron a suggéré que le pays devrait aller plus loin et interdire les opérateurs Internet qui ne donnent pas au gouvernement la possibilité de surveiller les communications cryptées.

Ce genre de réponse gouvernementale est alarmante, car l’une des menaces les plus insidieuses à notre droit à la liberté d’expression est l’auto-censure. Afin d’exercer pleinement leur droit à la liberté d’expression, les individus doivent être en mesure de communiquer sans crainte de mesures restrictives ou répressives de la part de l’État Selon le droit international, le droit à la liberté d’expression protège aussi les opinions que certains peuvent trouver choquantes, offensantes ou gênantes. Réciproquement, le droit à la liberté d’expression signifie que ceux qui se sentent offensés ont un droit de réponse par le biais du libre débat et de discussions ouvertes, ou encore de protestations pacifiques.

Lors de la Journée mondiale de la liberté de la presse, nous, les signataires, appelons tous les gouvernements à :

Respecter leurs obligations internationales de protéger les droits de la liberté d’expression et d’information pour tous, et en particulier ceux des journalistes, des écrivains, des artistes et des défenseurs des droits de la personne de publier, d’écrire et de s’exprimer librement ;
Promouvoir un environnement sûr et favorable à ceux qui exercent leur droit à la liberté d’expression, et en particulier aux journalistes, artistes et défenseurs des droits de la personne pour leur permettre d’effectuer leur travail sans ingérence ;
Combattre l’impunité dont bénéficient les auteurs d’agressions et de menaces contre les journalistes et toute autre personne qui exercent leur droit à la liberté d’expression et assurer des enquêtes impartiales, rapides, approfondies, indépendantes et efficaces qui permettent de traduire en justice les commanditaires de ces attaques contre les journalistes et que les victimes et leurs familles aient rapidement accès aux recours appropriés ;
Abroger les articles de loi qui restreignent le droit à la liberté d’expression, et plus précisément les lois imprécises et trop générales portant sur la sécurité nationale, la sédition, le blasphème et toute autre loi utilisée pour emprisonner, harceler et réduire au silence les journalistes et toute autre personne exerçant son droit à la liberté d’expression ;
Promouvoir des mécanismes d’auto-régulation de la presse écrite, complètement indépendant des gouvernements ;
Veiller à ce que le respect des droits de la personne soit au cœur des politiques de surveillance des communications. Les lois et les normes juridiques régissant la surveillance de communications doivent donc être mises à jour, consolidées et placées sous la tutelle du pouvoir législatif et judiciaire. Toute ingérence ne peut être justifiée que si elle est clairement définie par la loi, qu’elle poursuit un but légitime et est absolument nécessaire au but poursuivit.

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