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Un gouvernement d’idéologues

Claude Vaillancourt, 9 mars 2015

Pendant les années du gouvernement Charest, les libéraux avaient démontré un peu trop ouvertement leur attrait irrésistible envers l’argent. Les différents scandales qui ont éclaté et l’odeur un peu trop forte de la corruption les ont forcés à se distancier, du moins en apparence, de cette attirance. Pour se donner une nouvelle pureté, ils ont adopté un choix sûr : celui de gouverner dans le cadre d’une idéologie dont on applique les principes à la lettre.

Ce choix est aussi rassurant. Les débats inutiles sont évités, les décisions se prennent facilement et fermement, les réponses à donner aux objecteurs sont toutes prêtes et bien formatées. Les résultats ne sont pas nécessaires : l’important, c’est de suivre le mode d’emploi, la seule conformité aux principes adoptés justifie tout. Le moyen devient une fin.

D’autant plus quand l’idéologie adoptée est celle prônée par de puissants États et d’incontournables organisations internationales. Plus que jamais, les libéraux deviennent des néolibéraux conformes, appliquant avec zèle des mesures d’austérité, sabrant partout, sacrifiant tout à l’équilibre budgétaire. Que ces politiques se soient révélées désastreuses pour les populations partout où elles ont été appliquées n’est pas un facteur dérangeant : l’important, c’est de croire.

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Le gouvernement libéral a placé dans les gros ministères des incorruptibles de l’idéologie néolibérale. Le premier de classe est sans aucun doute Martin Coiteux, président du Conseil du Trésor. Ses convictions lui permettent d’aborder les négociations dans le secteur public avec les offres les plus rétrogrades jamais vues depuis longtemps. Les employés de l’État doivent selon lui reculer dans tous les aspects négociables et ce, de façon significative : le salaire, la retraite et les conditions de travail.

Cette attitude intransigeante ne ressemble pas à celle d’un individu qui croit en la nécessité de préserver les biens publics, des services publics de qualité et une plus grande justice sociale. Même les raisons économiques d’un pareil choix restent très discutables. Cette position de négociation se justifie par la croyance profonde selon laquelle — air connu — il faut amincir l’État le plus possible, privatiser le plus possible, laisser les citoyens responsables de leur sort dans un monde de concurrence, régi par les lois du marché, où les meilleurs (comme lui) triomphent. Mais par contre, jamais, au grand jamais, il ne faut aller chercher l’argent là où il se trouve principalement.

Le ministre des finances, Carlos Leitao, s’est fait quant à lui beaucoup plus discret. Mais son masque est tombé de façon inattendue. Lors de la commission parlementaire sur les services de garde, il a donné un appui net au mémoire de l’Institut économique de Montréal : « C’est rafraîchissant. On a entendu beaucoup de groupes et votre opinion diffère de ce qu’on a entendu avant, et je dois vous dire que c’est beaucoup plus proche de ce que je pense. On finit en beauté ! » Non seulement le ministre s’enthousiaste-t-il de l’avis d’un des think tanks les plus conservateurs du point de vue économique, mais il rejette du revers de la main les autres avis, beaucoup plus progressistes, émis par un grand nombre d’organisations. Cette déclaration est surtout l’aveu d’une appartenance idéologique qui a tout pour inquiéter.

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Le premier ministre Philippe Couillard a montré à plusieurs reprises à quel point, dans sa façon de gouverner, il ne cherche pas à être à l’écoute de sa population, mais à appliquer des théories sur lesquelles on a pourtant peu débattu. Lors de son voyage en France, il a déclaré devant des journalistes : « Même lorsqu’on aura équilibré le budget, on va continuer à dépenser moins qu’on gagne, pour réduire la dette, mais également réduire les impôts des Québécois. C’est notre objectif, et on va le réaliser. » Les sacrifices qu’il nous convie de faire ne sont donc pas temporaires. Avec la fermeté aveugle de l’idéologue, il ne pense qu’à des réductions d’impôt, un des éléments clé de la pensée de Milton Friedman, l’un des plus importants théoriciens du néolibéralisme. Philippe Couillard calcule sans aucun doute le nombre de vote que lui apportera ce choix. Au prix du démantèlement de la société qui demeure pour le moment, et en dépit de ses failles, la plus égalitariste en Amérique du Nord.

« Il faut développer un discours optimiste, un discours de réalité avec la population. Je ne veux pas entendre des discours de déclin, de morosité » a osé ajouter Philippe Couilllard. Pas de mauvaise tête, donc, on mène au déclin un modèle social unique, mais il ne faut pas le dire. Il faut même le prendre avec le sourire, nous enjoint-il du haut de l’autorité qu’il se donne.

Un gouvernement aussi soucieux de respecter des dogmes économiques en lesquels on croit comme des vérités absolues devient particulièrement inquiétant. Ce gouvernement coupe ainsi toutes les voies au dialogue, et s’il se met à l’écoute, c’est en se bouchant les oreilles. Il se braque devant l’opposition et il n’imagine pas que les problèmes puissent se résoudre autrement qu’à sa façon. Il se voile de sa certitude d’avoir toujours raison.

Résister à une pareille intoxication de la pensée demande du courage, de la patience et de nouvelles stratégies. La bataille se mène à long terme, en ramenant la force des faits et exposant sans relâche la dégradation sociale que mènent de pareilles politiques. Toutes et tous sont touchés par l’austérité libérale, qui ratisse plus large que jamais. La somme actuelle des privations et de reculs planifiés dans des aspects essentiels de notre organisation sociale devient la réplique la plus forte à des décisions prises pour suivre des dogmes économiques étroits et pour satisfaire des intérêts financiers restreints.

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