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Syriza, la victoire de l’espoir

Claude Vaillancourt, 9 février 2015

Rarement une victoire électorale, dans un petit pays comme la Grèce, n’aura soulevé autant d’intérêt à travers le monde. C’est que ce nouveau gouvernement s’est fait élire sur la promesse de renverser les pratiques économiques d’austérité que l’on reproduit un peu partout, y compris au Québec, sans se soucier de leur efficacité et de leurs effets sur la population. Ce qui se passera en Grèce nous concerne tous : une éventuelle réussite de Siryza montrera une fois de plus qu’il existe de sérieuses alternatives à l’austérité.

Plusieurs ont fait remarquer que les Grecs avaient bien mérité les nombreux sacrifices qui leur ont été imposés. N’ont-ils pas vécu trop longtemps au-dessus de leurs moyens ? La Grèce ne faisait-elle pas face à des problèmes qu’elle ne parvenait pas à contrôler ? La corruption, la fraude fiscale à grande échelle, une économie souterraine qui prenait toujours plus de place sont parvenues à affaiblir ce pays particulièrement fragile. Mais qui peut se vanter d’être à l’abri de ces problèmes ?

Les difficultés des Grecs ont surtout été accentuées par des interventions extérieures contre lesquels ils avaient bien peu de recours. Ils ont subi de plein fouet la crise économique de 2008 : leur endettement a crû de façon exponentielle à cause de mesures pour sauver des banques au comportement irresponsable et aujourd’hui richissimes. En complicité avec la grande banque d’investissement Goldman & Sachs — l’une des principales responsables de cette crise —, l’état réel des finances publiques a longtemps été caché. Des spéculateurs ont fait fortune en pariant sur l’écroulement de l’économie grecque.

Pendant ce temps, la population, qui n’avait aucun contrôle sur ces évènements, en a payé le prix. Les conséquences ont été dramatiques. Comme le disait Alexis Tsipras, maintenant premier ministre du pays : « il est question ici de gens mangeant dans les poubelles et dormant sur les trottoirs, de retraités ne pouvant même acheter leur pain, de ménages privés d’électricité, de malades n’ayant accès ni aux médicaments ni aux soins ; et tout cela, au sein même de la zone euro. »

La déliquescence de l’État grec n’a aucun équivalent dans le monde occidental. Mais tout cela ressemble à une vieille histoire, celle des plans d’ajustement structurel dans les pays du Sud, menés entre autres par ce même Fonds monétaire international (FMI), partie prenante de la troïka qui s’acharne aujourd’hui sur la Grèce. Rappelons que cet organisme, au service des grands financiers occidentaux, avait fait des prêts conditionnels au démantèlement des États et des services publics, ce qui a causé une véritable catastrophe humanitaire.

En quelques jours à peine après avoir pris le pouvoir, Syriza a réussi à bouleverser l’ordre des choses. Il a haussé le salaire minimum de 10%, réengagé 3,500 fonctionnaires licenciés, stoppé les privatisations en cours (dont celle des deux plus importants ports au pays). Et, geste symbolique montrant sa confiance en la justesse de ses mesures, il a retiré les barrières autour du parlement. Tout cela sans oublier la tournée entreprise par le premier ministre et le ministre de finances Yanis Varoufakis auprès de leurs homologues européens.

Les défis posés devant Syriza sont considérables. Le problème de la dette reste entier, de même que la difficulté d’aller chercher des revenus dans un pays dévasté. Ce parti devra aussi faire face à une hostilité marquée, autant de certains États membres de l’Union européenne que de l’élite financière.

Les exemples de pays qui ont combattu avec succès l’austérité budgétaire ne manquent pourtant pas. C’est en défiant les principes élémentaires de l’orthodoxie économique que l’Argentine, l’Équateur et l’Islande se sont sortis de crises majeures. Les pays scandinaves donnent la preuve que la prospérité peut rimer avec des impôts élevés, des règlementations serrées et d’importants investissements publics. Mais la crainte nouvelle soulevée par Syriza est son effet de contagion immédiat : on l’a souligné à de nombreuses reprises, l’Espagne, l’Italie, l’Irlande, entre autres, pourraient être tentées d’adopter des politiques semblables.

Au-delà des détails techniques des recettes économiques à appliquer pour sortir la Grèce du pétrin, il demeure une question élémentaire : jusqu’à quel point un peuple doit-il payer pour compenser les abus et les erreurs des élites économiques ? L’austérité n’a fait qu’enfoncer les Grecs dans la souffrance, sans espoir d’en sortir. Aucune politique, aucune raison économique ne peut justifier un pareil choix. Et encore moins dans un contexte où les inégalités entre les riches et les pauvres ne cessent de s’accentuer.

La victoire de Syriza nous rappelle que le sort d’une population toute entière vaut bien plus que les intérêts économiques de l’oligarchie en place. Les élites financières refusent net de le reconnaître, ne veulent surtout rien céder, et promettent une lutte féroce contre ce nouveau parti. Mais peu importe ce qui arrivera, Syriza a déjà un accomplissement majeur : celui de semer de l’espoir auprès des victimes de l’austérité.


Voir en ligne : Venez entendre Syriza à Montréal le 19 février prochain

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