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Inégalités et changements climatiques

Claude Vaillancourt, 26 janvier 2015

Deux évènements récents ont mis de l’avant la question des inégalités sociales. Oxfam a rappelé, lors de l’ouverture du Forum économique de Davos, que les 1% les plus riches possèderont bientôt plus de 50% de la richesse. Et Barack Obama, dans son dernier discours sur l’état de l’Union, s’est fait le défenseur de la classe moyenne aux États-Unis et le dénonciateur des inégalités. Sommes-nous donc à la veille d’assister à des changements que nous attendons tous ?

On aborde de plus en plus les inégalités sociales comme on le fait pour les changements climatiques. Le problème est reconnu aussi bien à droite qu’à gauche, (à l’exception d’une poignée de résistants). Les grandes institutions internationales font pression pour que les pays agissent en conséquence. On prévoit des catastrophes si rien n’avance. On promet de changer les choses. Mais dans le fond, rien ne bouge aussi vite qu’il serait nécessaire.

Autant pour régler le problème des inégalités sociales que celui du changement climatique, les solutions sont connues et font presque l’unanimité. Les difficultés arrivent au moment où il faut les appliquer. On se rend compte, dans les deux cas, que cela implique des changements de société fondamentaux, qu’il faut remettre en question des principes de base de notre économie, et que les dominants — individus richissimes et grandes compagnies — devront alors nécessairement céder de leur puissance.

Il est admis que les inégalités doivent être réduites par une fiscalité équitable. Depuis plusieurs années, les riches profitent de multiples avantages : baisses d’impôt, fiscalité réduite sur le capital, absence de taxes sur les transactions financières, fuites fiscales facilitées par un accès toujours plus large aux paradis fiscaux. Voilà donc les cibles à atteindre si on veut des changements significatifs.

Or sur chacun de ces sujets, la plupart des pays semblent avoir adopté la même politique : celle de faire un pas en avant, puis un autre en arrière. Devant la pression, surtout celle des lobbys, ceux des banques et des grands patrons, on hésite à appliquer des mesures efficaces pour réduire les écarts et on accouche d’un souris.

Voici quelques exemples :
Le président Obama a annoncé son intention de hausser l’impôt des riches afin de réduire celui de la classe moyenne. Il fait cependant cette déclaration au moment où les Républicains contrôlent les deux chambres du Congrès et rendent cette proposition probablement irréalisable, du moins avant les prochaines élections. Pourquoi ne pas avoir manifesté cette intention alors que les démocrates étaient en meilleure posture ? Obama fait aussi l’éloge du libre-échange. Les accords commerciaux ont cependant, parmi leurs principales conséquences, l’inconvénient d’accentuer les inégalités. Comment ne pas y voir une importante contradiction ?

Devant les nombreux scandales causés par des pertes de revenus liées aux fuites dans les paradis fiscaux, plusieurs pays ont répliqué en souhaitant imposer l’échange automatique de renseignement. Cette mesure a comme objectif d’éliminer le secret bancaire et de permettre ainsi d’attraper les fraudeurs. Déjà pourtant, on peut voir les failles lorsqu’il s’agit de mettre en pratique cette excellente idée. Selon l’économiste Gabriel Zucman, cet échange est en réalité beaucoup trop limité, par « absence de contrainte, absence de lutte contre la dissimulation via des sociétés-écrans, absence de vérification », ce qui rendra cette mesure peu efficace. De plus, on en fait très peu pour empêcher les grandes entreprises de cacher leurs profits dans les paradis fiscaux et ainsi, éviter de payer de l’impôt.

L’idée d’une taxe sur les transactions financières s’est imposée comme une nécessité selon plusieurs, surtout devant les abus des banques et en conséquence de la dernière grande crise économique. 11 pays d’Europe on décidé de la mettre en place. Mais devant un lobbying intensif des banques auprès du gouvernement français, le projet a été réduit à presque rien. Tout cela avant que François Hollande accomplisse une spectaculaire volte-face et défende à nouveau une taxe avec une large portée. Mais peut-on vraiment le croire ? Chose certaine, le projet a été de beaucoup retardé et plusieurs s’interrogent sur ce qui en résultera.

Au Québec, nous attendons les résultats d’une commission sur la fiscalité. Les commissionnaires sont en majeure partie liés aux Libéraux, dont le président Luc Godbout, l’un des auteurs des fascicules Le Québec face à ses défi qui ont permis au gouvernement Charest de justifier ses choix économiques. Cette commission a dû fonctionner dans un cadre étroit, soit « identifier des mesures permettant de réduire l’ensemble des dépenses fiscales », ce qui permet difficilement d’anticiper une réforme allant dans le sens d’une fiscalité redistributrice.

Il semble donc que les gouvernements, très conscients des problèmes qu’ils doivent traiter, rendent les mesures qu’ils adoptent inefficaces : ils donnent ainsi l’impression d’agir, tout en accomplissant le minimum. En voulant satisfaire à la fois l’élite et leur bonne conscience, ils ne parviennent qu’à nous enfoncer dans une dangereuse stagnation. Cela prévaut tant dans la lutte contre les changements climatiques que dans celle contre les inégalités.

Dans ces deux cas, il existe deux façons d’aborder les problème : ou l’on agit tout de suite, ce qui oblige dès maintenant à entreprendre les changements majeurs nécessaires ; ou l’on attend une catastrophe pire que celles que nous avons connues. Jusqu’à maintenant, les gouvernements de la plupart des pays du monde adoptent malheureusement la deuxième voie.

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