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État espagnol : La réorganisation de la gauche et Podemos

Josep Lluís del Alcázar, 24 janvier 2015

Il y a beaucoup de temps que la crise frappe durement la classe travailleuse : des licenciements, des réductions de salaires et de prestations sociales, des attaques à l’enseignement et à la santé publique … Aujourd’hui le discours de la crise qui dit que c’est un mal temporel ne trompe pas personne et non plus que nous sortirons bientôt d’elle. La réponse à cette offensive du capital n’a pas été une réaction avec les instruments traditionnels de la classe ouvrière. La peur de la perte du travail et l’énorme division matérielle de la classe ouvrière, à cause des réformes de travail et de la politique de conciliation et démobilisation des directions syndicales majoritaires, ont créé ce sentiment de fragilité chez les travailleurs /ses.

Les mouvements citoyens ont été la soupape d’échappement. Le plus massif a été le 15-M, surgi à la chaleur des révolutions arabes avec des occupations de places, les Tahrir, qui exprimait le rejet aux grands pouvoirs politiques et économiques. Les manifestation des marées (Mareas) en défense de l’éducation et de la santé publique ou la lutte contre les expulsions de locataires ont aussi occupé cet espace de résistance populaire.

La crise du capitalisme ne laisse pas aucun marge économique pour les politiques classiques de la social-démocratie, puisqu’il n’y a pas de miettes à partager, et le capital exige tout pour lui. Il n’y a pas de point intermédiaire : ou on lutte contre le capital ou on cède à son chantage. Les gouvernements du PSOE (Parti Socialiste Ouvrier Espagnol) - avec ou sans Izquierda Unida (1) - appliquent des politiques des réductions de salaires et des prestations sociales et d’austérité dans les mairies et des communautés autonomes. L’exemple de la impossibilité de mener des politiques sociaux-démocratiques est la France, où le PS de Hollande s’écroule dans les sondages après avoir promis finir avec l’austérité et prioriser la croissance et finir par imposer des ajustements drastiques budgétaires.

L’expression la plus avancée de la réorganisation politique et des crises institutionnelles se trouve aujourd’hui au Sud de l’Europe, plus frappé par les politiques d’austérité. La crise des partis du régime monarchique espagnol, impliqués dans les politiques d’ajustement budgétaire et rongés par infinité d’affaires de corruption, a porté à une mise en question du système et des institutions. Syriza en Grèce, le mouvement Cinq Étoiles du comédien Beppe Grillo en Italie ou, maintenant, Podemos expriment cette besoin de changement. Margé tout, il y a des différences significatives dans le caractère politique de ces alternatives : Syriza était dans son origine un front d’organisations de gauche qui s’est formé dans une situation de résistance ouvrière avec plus de 20 grèves générales ; le Cinq Étoiles est un populisme de protestation dirigé par une figure médiatique difficile d’emboîter dans la gauche, sans connexion avec le mouvement politique et syndical. Dans un point intermédiaire on trouve Podemos.

Sortu, la CUT et la CUP

À l’État espagnol, dans la perspective, il y avaient trois organisations politiques qui pouvaient poussé l’initiative d’un front de gauche en rupture avec la Monarchie et le capitalisme : Batasuna/Sortu (2) qui avait participé à la coalition électorale des élections européennes de l’année 2009 Initiative Internationaliste, en collaboration avec des organisations de la gauche révolutionnaire du reste de l’État ( y compris Lucha Internacionalista), mais cela a été une parenthèse entre les Pactes de Lizarra avec le PNB(3) et l’accord avec EA(4), Aralar (5) i Alternatiba (6) qui a donné le lieu à EH-Bildu.

La décision de trêve unilatérale d’ETA est venue accompagnée par un tournant de la gauche indépendantiste basque vers la politique institutionnelle. Cette gauche a donné la priorité à la "accumulation de forces souverainistes", un bloc avec la bourgeoisie pour atteindre le droit d’autodétermination , contrairement à une politique de lutte anticapitaliste qui aurait l’obligé nécessairement à s’affronter à la bourgeoisie basque du PNV, mais aussi d’EA. C’est l’espace politique par lequel Podemos a réussi entrer au Pays Basque.

Le deuxième organisation était la CUT(7) de Diego Cañamero et Juan Manuel Sánchez Gordillo. La permanence de la CUT dans IU était incompatible avec la politique de la rupture qu’ils avait annoncé et avec principalement avec IU dans le gouvernement d’Andalousie. La CUT a perdu terrain politique dans les mains de l’appareil d’IU-CA (Izquierda Unida andalouse), contrôlé par la direction du Parti Communiste d’Andalousie. Le 21 décembre 2014 la CUT a obtenu l’11 % dans l’Assemblée Générale d’IU-CA.

Le 23 décembre le Parlement andalou approuvait le budget 2015 de la Junte d’Andalousie avec les votes du PSOE et d’IU-CA. Le 28 décembre l’assemblée de la CUT, réunit à Osuna, décide "congeler" sa participation dans IU, et tout suit Cañamero, et d’autres dirigeants du courant politique, annoncent qu’ils abandonnent IU-CA. Les pas suivants de la CUT seront importants pour voir s’il arrive a des accords avec Podemos ou s’il prenne le chemin de la politique de front.

Le troisième composant pouvait être la CUP-AE(8) qui dans les dernières élections au Parlement de la Catalogne avait atteint trois sièges et disposait d’une centaine de conseillers municipaux. La construction de CU-PAE a été un pas dans le sens de permettre de ressembler un front pas uniquement des secteurs indépendantistes mais aussi de la gauche révolutionnaire, bien que finalement uniquement ont entré à CUP-AE la Lucha Internacionalista et En Lucha.

Après les élections, la CUP n’a pas approfondi ce travail de front indépendantiste et anticapitaliste. Maintenant, il y a un accord de CUP-AE avec des organisations anticapitalistes, écologistes et municipalistes pour reprendre le chemin d’un front à la Catalogne, mais il n’y a pas non plus de indices prendre d’une initiative semblable à un niveau de l’état espagnol.

Podemos : "nous ne sommes pas de droite ni de gauche"

À Euskadi, aujourd’hui, Podemos a avancé, dans les sondages, la gauche indépendantiste basque. En Catalogne aussi Podemos a surpassé à la CUP. Cette avantage dans les sondage devrait faire réfléchir à la gauche indépendantiste du Pays Basque et de la Catalogne.

La réaction de quelques secteurs a été de répondre que Podemos a un composant lerouxiste (9) qui ne peut pas attirer les forces qui se réclament de l’indépendantisme basque ou catalan. Mais cela n’est pas vrai, le lerrouxisme se trouve dans UPyD Union, Progreso y Democracia et Ciutadans/Ciudadanos (10) qui sont les forces anti-catalanes ou anti-basques. Toutefois, il convient de souligner que le plus significatif du processus catalan consiste en ce que la classe ouvrière a refusé suivre Ciutadans, Parti Populaire et même le Parti socialiste espagnol de Carme Chacón en sa campagne anti-catalane. Podemos canalise le sentiment de ces travailleurs qui ne sont pas indépendantistes qui votaient une gauche et à qui sont préoccupés prioritairement par la lutte pour améliorer la réalité sociale, mais qui pouvaient être encadrés aussi bien dans un large front avec le droit de l’autodétermination comme référence.

L’irruption de Podemos bouleverse tout le panorama de la gauche. Il mord dans l’électorat du PSOE et d’IU, en réactivant un important secteur des travailleurs et du peuple qui s’abstenaient aux dernières élections. Podemos représente ce catalyseur qui peut relancer l’illusion dont c’est possible changer le système, en finir avec tant de maffia et de rapine. Il a un aspect positif puisqu’il appelle à construire une organisation politique.

Mais il utilise cette force au service d’un projet électoraliste : il fait reculer la conscience de classe, puisqu’il fait confiance aux élections qui permettraient de tout changer depuis de politiques venant d’en haut, depuis le pouvoir politique, et non pas dans la lutte. Cette conscience réformiste - plus propre de la petite bourgeoisie-, est une adaptation au discours démocratique bourgeois dominant. Au service d’obtenir plus de votes, il affirme ne pas être "de droite ni de gauche", mais de la majorité, de ceux "d’en bas" contre la minorité de ceux d’en haut, de là-haut ", la "caste politicienne". Les classes sociales et la lutte pour construire le socialisme sont substituées par des principes moraux inter-élitiste et un capitalisme apprivoisé.

L’organisation de Pablo Iglesias suit le modèle du discours des mouvements bolivariens. En fait les dirigeants principaux ont été conseillers de Chávez, d’Evo Moralers ou de Correa. Ils parlent des processus constituants, de l’accès au pouvoir par la voie électorale et la réforme de l’État pour le mettre au service du peuple travailleur. Mais l’expérience de l’application de ces politiques au Venezuela, en Bolivie ou à l’Équateur, loin de supposer une rupture avec le capitalisme n’a provoqué d’autre chose que la continuation de la politique de décharger le poids de la crise sur les classes travailleuses.

Le programme avec lequel Podemos s’est présenté aux élections européennes avec des mesures anticapitalistes a été dissous au moment qu’il a monté dans les sondages. Sous l’épigraphe "agir avec réalisme sans renoncer aux sommeils", on présentait une modification du programme économique des élections européennes d’il y a 7 mois : De l’auditoire de la dette pour ne pas payer une partie de la dette et pour restructurer le reste, il s’est passé à la "négociation avec les marchés" pour "faire la dette durable" ; de la retraite aux 60 ans aujourd’hui on a passé aux 65, avec flexibilité pour des cas déterminés ; de récupérer le contrôle public des secteurs stratégiques de l’économie et privatisations, maintenant déjà seulement on parle d’intervenir aux secteurs qui sont inefficaces ; dans le cas de la banque il propose de renforcer l’ICO (Institut de Crédit Officiel) pour pousser une banque publique, mais il ne se parle pas des nationalisations ; on ne mentionne pas éliminer les Entreprises de Travail Temporaire. Elle reste, la journée de 35 heures et la nécessité de convaincre l’Europe qu’il faut changer les politiques d’austérité. Des in-définitions se maintiennent sur la monarchie ou sur la Catalogne et son droit d’autodétermination.

Ils reproduisent le même favoritisme et les mesures de contrôle antidémocratiques du chavisme.

Internet et les votes ouverts permettent créer une distance au contrôle de l’organisation et des cercles sur la direction. Les médias se convertissent en terrain préféré pour faire politique.

Les professeurs universitaires et les experts se convertissent en technocratie qui continue de minimiser le rôle des travailleurs et la lutte quotidienne comme levier du changement social. La direction de Pablo Iglesias agit comme encore un parti à l’intérieur de Podemos, mais il a imposé le veto aux militants d’organisations dans des postes de direction, malgré le fait que des organisations comme Gauche anticapitaliste participaient à Podemos depuis le début.

Mais le plus déterminant aujourd’hui est que Podemos se présente comme un mouvement en formation, qui n’a pas consolidé encore un appareil politique qui impose le tour à la droite que ses dirigeants défendent . Dans ce sens que la politique vers Podemos ne peut pas être la même que vers IU, bien que ses programmes n’ont pas de grandes différences. IU a cristallisé son engagement avec les institutions du régime et avec la gestion du capitalisme, non dans les programmes électoraux ni dans les résolutions de ses congrès, mais dans l’infinité d’exemples dans lesquels il a eu des responsabilités politiques.

Barcelone, 12 janvier 2015

Josep Lluís del Alcázar

Militant de Lucha Internacionalista-section à l’état espagnol de la UIT-QI (Unité Internationale des Travailleurs-Quatrième Internationale)

(1) Coalition électorale du Parti Communiste d’Espagne et d’autres groupe de gauche.
(2) organisation de la gauche indépendantiste basque.
(3) Parti Nationaliste Basque, parti de la bourgeoisie basque
(4) Eusko Alkartasuna, parti bourgeois née d’une scission du PNB
(5) Parti indépendantiste de gauche
(6) Scission de Izquierda Unida au Pays Basque
(7) Collectif d’Unité de Travailleurs, parti nationaliste andalous
(8) Candidature d’Unité Populaire-Alternative de Gauche, rassemblement de la gauche indépendantiste et anticapitaliste.
(9) Politique démagogique, anticléricalisme, antimonarchique, espagnolisme, anti-catalane et anti-catalane mené par Alejandro Lerroux i le Parti Républicain Radical en Catalogne au début du siècle XX, avec une important influence dans le mouvement ouvrier
(10) Partis nationalistes espagnolistes et contraires aux revendications indépendantistes catalanes et basque


Voir en ligne : version en langue castillane :


Josep Lluís del Alcázar est militant de Lucha Internacionalista-section à l’état espagnol de la UIT-QI (Unité Internationale des Travailleurs-Quatrième Internationale)