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Guerre coloniale : Harper nous ramène au XIXe siècle

Georges Lebel, 21 octobre 2014

Le Jihad et les ima­nats is­la­miques naissent avec Ma­homet, mais de­puis deux cents ans, ils ont pris la forme d’une re­nais­sance is­la­mique contre l’oppression co­lo­niale de l’Occident.

Les seuls à réussir furent pro­ba­ble­ment les Wah­ha­bites saou­diens, ins­tru­ments des USA contre le co­lo­nia­lisme eu­ro­péen dans le dé­li­te­ment ot­toman. Les USA ont joué les ta­li­bans d’Afghanistan contre les so­vié­tiques ; les Eu­ro­péens, les in­té­gristes li­byens contre Kadhafi.

Aujourd’hui, on feint de se scan­da­liser que cela ait en­gendré un rejet déses­péré de tout ce que re­pré­sente l’empire, Boko Haram en Afrique de l’Ouest, les Shebab dans l’Est, l’Émirat is­la­mique du Cau­case et celui d’Irak et du Levant.

On ou­blie Abd el-Kader, Ca­life à Mas­cara en Al­gérie entre 1830 et 1850 contre l’invasion im­pé­ria­liste fran­çaise ; les Mah­distes du Soudan com­battus par le jeune Chur­chill, fin XIXe ; l’imanat cau­ca­sien en Tchét­chénie et au Da­ghestan, qui tint en res­pect pen­dant trente ans le Tsar de toutes les Rus­sies. Ce phé­no­mène n’est ce­pen­dant pas spé­ci­fique à l’Islam : rap­pe­lons parmi tant d’autres les Mau-Mau du Kenya (ani­mistes), les Sickhs d’Amritsar mi­no­risés par le pa­ci­fisme de Gandhi, ou l’Armée de Ré­sis­tance du Sei­gneur (chré­tiens) en Ou­ganda… etc., pour ne pas parler des Khmers rouges.

On peut faire l’hypothèse que leur courte vie vient du fait que l’impérialisme a uti­lisé la re­li­gion pour construire son pou­voir, et sin­gu­liè­re­ment au Moyen-Orient, pour com­battre le na­tio­na­lisme arabe so­cia­liste (Iran, Égypte, Irak, Syrie, Af­gha­nistan). Ces mou­ve­ments furent écrasés dans le sang, mais mar­quèrent aussi le dé­clin des em­pires co­lo­niaux, russes, fran­çais et an­glais. Sur ces ruines, l’Amérique construisit le sien. C’est à sa dé­fense qu’Harper nous convie.

L’erreur de ces mou­ve­ments, lorsque l’empire cessa d’avoir be­soin d’eux, fut pro­ba­ble­ment d’imposer une loi de fer à l’interne, mais sur­tout d’opposer un État à l’empire, alors qu’il n’a que faire d’États crou­pions pourvu que ses ban­quiers puissent faire rendre gorge à leurs dé­bi­teurs, et que les mar­chands d’armes fassent des affaires.

C’est las­sant de voir nos ins­tru­ments de pro­pa­gande ignorer à ce point l’Histoire et monter en épingle la bar­barie de ces mou­ve­ments, pour taire que l’Occident tue et dé­truit sys­té­ma­ti­que­ment dans ces ré­gions de­puis soixante ans. On place dans la même ba­lance les cinq cent mille en­fants ira­kiens morts du fait amé­ri­cain (« the price worth it » selon Ma­de­leine Al­bright) et les quelques dé­ca­pités oc­ci­den­taux, qui re­pré­sentent certes une hor­reur ab­solue, mais ne peuvent nous faire ou­blier qu’elle a été nourrie par l’Occident et sou­vent ins­tru­mentée par les USA.

On in­cite le bon peuple à ap­plaudir à son écra­se­ment et à ac­cepter la paix des ci­me­tières qu’Harper s’apprête à rem­plir au mé­pris du droit in­ter­na­tional, ce que Jean Chré­tien n’avait pas osé.


Voir en ligne : Cahiers du socialisme