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S’inspirer de la nature

Karina Sanchez , 1er septembre 2014

Le raisonnement de la logique du marché, de la productivité et des profits à la hausse a brimé l’équilibre naturel de l’environnement. Notre milieu s’est dégradé face à la vision limitée du capitalisme qui s’intéresse avant tout à l’économie. Constatant l’erreur de voir la vie avec des lunettes aussi restreintes, des visionnaires cherchent à revoir le monde sous une optique inclusive. La 2e édition de la Convergence de permaculture au Québec, a eu lieu à Frelighsburg, du 18 au 21 juillet dernier. L’évènement qui a rassemblé des centaines de participants témoigne de la popularité grandissante accordé à ce savoir. La permaculture, une philosophie de vie née dans les années 70 et présente au Québec depuis 1994, permet la création de systèmes de vie enrichissants et viables.

«  De tous les groupes, ce que les permaculteurs font est l’activité la plus importante au monde », a déclaré David Suzuki. Le terme permaculture découle de la fusion des mots « permanent » et « agriculture ». L’approche permaculturelle, qui a été lancée par les Australiens Bill Mollison et David Holmgren, est avant tout une façon de percevoir l’environnement et de concevoir des projets holistiques et autosuffisants.


Observer la nature

Loin de se limiter au jardinage, activité par laquelle se manifeste souvent et concrètement cette approche, la permaculture s’inspire des écosystèmes naturels et sauvages pour créer des modèles d’organisation ou d’agriculture qui sont plus complets et résilients. « C’est une tentative d’initier le design d’un écosystème naturel qui existe depuis plus de six milliards d’années », explique Bernard Alonso, enseignant depuis 20 ans de permaculture au Québec et à l’international. Pour lui, la permaculture a toujours existée, sans pour autant avoir de nom.

Cette pratique prône l’idée que l’interaction d’éléments variés au sein d’un système contribue à sa force et sa richesse. Dans le cas contraire, il risque de s’épuiser. L’agriculture conventionnelle et industrielle en est un exemple. L’accent mis sur la monoculture massive est une cause démontrée du déséquilibre de l’environnement. Les permaculteurs-trices cherchent un espace naturel dominé par la diversité.

Pour ce qui est de l’agriculture, les adeptes ne retournent pas la terre et ne la laisse pas à découvert, en plus de faire de la place aux insectes pour s’y installer. Telle la philosophie del’agriculture du non-agir, dont le japonais Masanobu Fukuoka est l’instigateur, les permaculteur-trices interviennent peu et laissent la nature faire les choses car selon les adeptes, elle sait s’en occuper.

Résultat : Les champs permaculturels se sont avérés être plus viables que ceux où règne la monoculture. Le côtoiement de plantes, de champignons et de micro-organismes dans un même espace permet au jardin de bénéficier des fonctions uniques et complémentaires de chaque élément en plus de le rendre plus autosuffisant. Cette façon de faire combine le respect de l’environnement avec le désir d’abondance. « La permaculture offre justement une solution basée à la fois sur des critères d’éthique et d’efficacité/productivité », affirme le site Permaculture sans frontières.

Au-delà de l’agriculture

Mais les retombées positives ne se limitent pas au monde végétal. Même si cette approche est enseignée largement dans un contexte agricole, elle peut être appliquée à d’autres sphères de la société comme l’économie, l’habitat, les groupes de travail, la gestion, etc. On parle alors de permaculture humaine. Masanobu Fukuoka avançait jadis : «  Le but ultime de l’agriculture n’est pas la culture des récoltes, mais la culture et la perfection des êtres humains »

L’approche de la permaculture agit sur ceux qui la pratiquent. Elle aide, entre autre, les individus à repérer leurs talents et les rôles appropriés qu’ils-elles peuvent jouer dans un système. La permaculture pallie aux défauts de la société, dit Bernard Alonso : « La société actuelle met en valeur ses besoins et dirige les gens pour qu’ils-elles y contribuent, avance-t-il.
Elle ne les aide pas à découvrir leur propre boîte à outils (forces, talents) pour trouver le rôle qui leur convient
. »

Une approche éthique et naturelle

L’approche permaculturelle a une structure ordonnée selon trois normes éthiques. «  Dans toute conception de système, ces principes éthiques doivent s’y trouver », précise Bernard Alonso. D’abord, le-la permaculteur-trice a la responsabilité de prendre soin de la terre et par là, on inclut les éléments les moins visibles (telle la pluie ou le vent). Ensuite, il faut prendre soins des gens, veiller sur soi et les autres. Enfin, la permaculture prône la distribution équitable des richesses et s’oppose à toute exploitation de la nature ainsi que des hommes et des femmes.

Il y a également douze principes rattachés à cette pratique. Ils se reconnaissent sous l’acronyme OBREDIM. Ceux-ci permettent de développer le sens de l’observation, la reconnaissance des limites (ou bordures) d’un projet, l’identification des ressources, l’évaluation, le design (ou la conception) d’un système viable ainsi que l’implantation et la maintenance de ce dernier.

Le design ou l’esthétisme d’un système permaculturel se produit uniquement après une série de réflexions individuelles et collectives. « En société, nous avons tendance à vouloir intervenir directement par le design, en cherchant rapidement des solutions aux problèmes », avance Bernard Alonso. À son avis, cette façon de faire ne permet pas de repérer des solutions qui serviront à long terme.

La permaculture d’ici et d’ailleurs

Le collectif les Incroyables comestibles, qui a comme mission de rendre accessible des aliments biologiques cueillis gratuitement le long de certains trottoirs de la ville, s’est inspiré de la permaculture pour l’un de ses derniers projets. Le jardin Le mange-trottoir, au coin des rues De Castelnau et Drolet en est un exemple concret. Composé de 40 espèces différentes de plantes et de légumes comestibles, les végétaux qui s’y retrouvent ont été choisis de manière à répondre aux besoins du petit écosystème du jardin. «  La diversité de l’ensemble permet au système de mieux se porter  », explique Richard Archambault, l’un des instigateurs du jardin. Cette diversité se reflète par les fruits et légumes qui côtoient des champignons, des copeaux d’écorces et des plantes pour les pollinisateurs et les autres insectes.

Plus au sud, à Cuba, la permaculture a été reconnue comme un remède à la crise pétrolière qui a eu cours durant les années 90. Le documentaire “The Power of the Community : How Cuba survived Peak Oil”, relate comment la permaculture a épargné le pays d’une crise alimentaire.

Selon Bernard Alonso, les inquiétudes de la population liées aux changements climatiques, à l’épuisement des sources de pétrole et à l’instabilité constante de l’économie conduit à chercher des alternatives fiables. « Notre zone de confort est bousculée et la permaculture apporte des solutions dans tout les domaines, par la compréhension que nous devons remodeler nos modèles de fonctionnement désuets. »


Voir en ligne : Guide du permaculteur débutant


Pour ceux et celles qui aimeraient s’initier a la Permaculture, vous trouverez ci-haut un guide pour permaculteur et permacultrice débutant(e).

Crédit photo : Flickr
https://www.flickr.com/photos/harry/268082687/