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Lesbiennes contre l’austérité

Sébastien Lavoie, 1er septembre 2014

La troisième Marche montréalaise des lesbiennes a eu lieu le 9 août dernier dans le cadre du festival Pervers/Cité . Plusieurs centaines de lesbiennes, dykes, gouines, butches, fems, studs, bis, genderqueers et trans ont pris la rue. Elles étaient rassemblées pour dénoncer l’austérité, la lesbophobie et s’afficher publiquement. Comme l’année dernière, le Journal des Alternatives était présent sur les lieux de la manifestation.

En ces temps où le mot « austérité » est sur toutes les lèvres, les lesbiennes se sentent particulièrement interpellées. « Comme communauté lesbienne, on est définitivement parmi les premiers groupes qui vivent les contrecoups et les conséquences désastreuses des coupures dans les programmes sociaux », a déclaré Barbara Legault, organisatrice principale de la marche, notant au passage que la parade de la fierté du Portugal avait aussi eu lieu sous ce même thème.

Selon elle, il y a un ensemble de facteurs qui font que les lesbiennes vont vivre beaucoup plus les contrecoups des mesures d’austérités que d’autres groupes sociaux.
« D’abord, c’est parce qu’on est des femmes, ensuite, parce qu’on est lesbiennes. Et donc on vit les mêmes discriminations et inégalités que les autres femmes : on gagne le deux tiers du salaire des hommes en moyenne, on est les championnes du travail à temps partiel, on est les championnes du travail précaire, on est beaucoup nombreuses à l’aide sociale et il y a encore énormément de discrimination à l’embauche. Et en plus, comme lesbiennes, comme minorité de la diversité sexuelle, on vit beaucoup de lesbophobie de différentes manières : que ce soit du harcèlement en milieu de travail, des congés pris parce que l’on vit de la lesbophobie dans nos familles, etc. »

La présidente de la Fédération des femmes du Québec, Alexa Conradi, renchérit : « On sait que l’austérité touche toutes sortes de monde et augmente les inégalités. J’ai regardé ce qui se passe en Europe pour savoir quel impact avait l’austérité sur les lesbiennes et je pense qu’on a raison de vouloir se battre contre cela. Avec les années, on a réussi à sortir tranquillement de l’invisibilité et l’austérité nous y renvoie. Des services publics qu’on a réussi à adapter un tant soit peu aux lesbiennes, dans toute notre diversité, commencent à être érodés. »

Les privatisations de services publics font peur à certainEs, en particulier aux homosexuelLEs, tel que l’explique Alexa Conradi : «  Quand un État décide de privatiser ses services publics, qui s’en occupe ? C’est la famille hétéropatriarcale, c’est aussi les institutions religieuses conservatrices qui tendent à les remplacer. Ça n’a jamais été bon pour les lesbiennes de savoir que les conservateurs religieux s’occupent des services sociaux. »

Selon elle, ce mouvement conservateur va aussi à l’encontre de la politique de la main tendue envers les plus fragiles de cette planète, dont les femmes lesbiennes ressortissantes de certains coins du monde : « Les pays qui entrent dans une logique d’austérité ferment leurs frontières aux réfugiées lesbiennes qui ont besoin d’un milieu sécuritaire. C’est le cas du Canada où les réfugiées mexicaines lesbiennes n’ont plus le même accès qu’auparavant. » Pourtant, là-bas, elles en ont bien besoin : si une des très nombreuses mexicaine violé à la pointe d’un couteau retourne l’arme blanche contre son agresseur, c’est celle-ci qui aura le plus d’embêtement avec la justice.

Se faire voir

Les lesbiennes ont senti le besoin de se réapproprier la rue cette année suite à une agression dont six d’entre elles, dont l’organisatrice ainsi que la bloggeuse Sissi de la Côte, ont été victimes au mois de novembre dernier. « Et ce n’est pas un hasard que dans ce groupe, a déclaré cette dernière alors que la marche s’est arrêté sur les lieux de l’agression, ce soit deux lesbiennes butch ou plus masculines qui aient été frappées... Parce qu’elles dérangent. Parce qu’elles rejettent par leur expression de genre les cadres de la féminité hétéronormative. Parce qu’elles sont de par leur existence un pied de nez au patriarcat. Parce que les hommes ne peuvent se les approprier.  »

Sur les lieux de l’agression, à l’intersection des rues Maisonneuve et St-Denis, la marche a donc ménagé une pause pour y tenir un discours et faire un kiss-in et un hug-in. Cette démonstration collective était aussi une manière de manifester de la solidarité envers les personnes LBGTQ qui, de par le monde, essuient des violences, tel que l’annonçait le programme des activités :

« Nous marcherons également en solidarité avec toutes les lesbiennes qui luttent quotidiennement contre la lesbophobie partout à travers le monde. Nos pas martèlerons NON À LA LESBOPHOBIE, avec en pensée les lesbiennes d’Afrique du Sud qui luttent contre les viols et les meurtres lesbophobes, les lesbiennes russes qui se battent contre la nouvelle loi anti-« propagande » gaie, avec les lesbiennes françaises qui se sont battues toute l’année contre les fascismes et la droite et pour le droit au mariage et à l’adoption pour tou.te.s et avec toutes celles en lutte dans les Amériques, en Asie, en Afrique, en Europe et au Moyen-Orient. »


Crédit photo : Sébastien Lavoie