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Forum social des peuples : l’heure du bilan

Marie-Christine Aubin Côté, 29 août 2014

Près de 6000 personnes issues de la société civile et des mouvements sociaux se sont rassemblées pour le Forum social des peuples à Ottawa, le week-end dernier. L’objectif était de réseauter et d’échanger sur les solutions aux politiques conservatrices et à une stratégie collective pour redéfinir une vision de société commune notamment en vue des élections fédérales de 2015. Cette rencontre a permis d’aboutir à une déclaration et à un appel à l’action.

Gustave Massiah, conseiller international au Forum social mondial et cofondateur d’Attac France, estime que le Forum social des peuples est une réussite, grâce à la grande représentativité des mouvements sociaux et la présence des différents peuples canadiens, autochtones et migrants d’origines diverses.

Rapprochements et nouvelles alliances

Des rapprochements ont été réalisés, tant au niveau national qu’international, entre divers milieux. Plus précisément, trois principales alliances sont ressorties du lot : syndicales, environnementales et autochtones.

Au sein du milieu syndical, une collaboration entre les syndicats canadiens et québécois a été amorcée, dans l’optique de lutter contre l’austérité et le démantèlement de l’État social. « Nous avons pu construire des rapports avec le Conseil du travail du Canada, des ponts avec les autochtones et les mouvements sociaux, et établir une forme de réseautage et de coordination après le forum », explique le président de la Centrale des syndicats nationaux du Québec, Jacques Létourneau. Il est néanmoins difficile de définir la forme du partenariat, car les législations provinciales diffèrent. « La déclaration qui a été présentée sert de base d’analyse pour construire à long terme, mais les alliances canadiennes, c’est nouveau et il faut les étudier », explique monsieur Létourneau. « Ça va nous permettre de suivre avec un peu plus de constance les politiques fédérales », conclut-il.

Les environnementalistes ont quant à eux échangé des pratiques et partagé des outils en vue de rendre leur action plus coordonnée. Jean Léger, de la Coalition vigilance Oléoduc, affirme que le forum social des peuples « a permis de faire des contacts avec les groupes citoyens des autres provinces du Canada et de rencontrer des autochtones qui vivent directement l’impact des sables bitumineux en Alberta. »
Il faut que les mouvements sociaux travaillent d’égal à égal avec les Premières nations et qu’ils consultent les communautés avant de mettre de l’avant un projet.

Les Premières nations restent prudentes, bien qu’elles se réjouissent de la reconnaissance qui leur a été accordée. « Je pense qu’il faut revenir de cet événement avec le sentiment qu’un lien a été créé, ce qui permettra d’établir une relation de confiance à l’avenir », observe Mélissa Mollen-Dupuis, d’Idle No More. « Il faut que les mouvements sociaux travaillent d’égal à égal avec les Premières nations et qu’ils consultent les communautés avant de mettre de l’avant un projet. Il ne suffit pas d’avoir un « indien de service » dans un comité et de dire que les autochtones approuvent », modère cependant Widia Larivière, de Femmes autochtones.

Une volonté d’inscrire l’action à long terme

Michel Lambert, d’Alternatives, observe que « le plus intéressant est d’avoir pu dégager des perspectives à long terme : la particularité de ce forum social est qu’il était composé à moitié de conférences et à moitié d’assemblées de convergence. Le but était de passer à l’action ». François Saillant, coordonnateur du FRAPRU, se déclare satisfait du fait qu’il n’y ait pas eu simplement une déclaration finale, mais un appel à l’action concertée de tous les groupes : « nous apprécions le fait que l’horizon d’action dégagé ne soit pas uniquement pour la période électorale 2015. Plus largement, ce sont les politiques d’ensemble qui sont visées », explique-t-il.
Je pense que si les mouvements sociaux étaient un train, les premières nations devraient en être la locomotive. Ce sont eux qui ont les moyens légaux pour arrêter les projets d’oléoducs

L’assemblée de convergence finale a permis de dégager des priorités d’action. D’abord, la déclaration mentionne la lutte contre la logique capitaliste néolibérale qui s’attaque au bien commun. L’une des priorités est donc de redéfinir une vision collective pour une démocratie inclusive et un nouveau paradigme économique, comme une « économie de la vie », qui mettrait la communauté au centre de l’économie. Ensuite, la lutte contre les hydrocarbures et pour la justice climatique ont été identifiés comme des combats ralliant tous les mouvements. Le terrain commun de cette lutte serait les territoires et droits des Premières nations. Comme a conclu Michel Lambert, les autochtones ont un rôle de premier plan à jouer dans une convergence des luttes : « Je pense que si les mouvements sociaux étaient un train, les premières nations devraient en être la locomotive. Ce sont eux qui ont les moyens légaux pour arrêter les projets d’oléoducs ».

Mode d’action collectif

L’appel à l’action invitait également à la poursuite du travail collectif après le forum, à travers les caucus, commissions régionales et réseaux créés à l’occasion de l’événement. Comme le mentionne Jacques Létourneau, « le travail est assez décentralisé, donc on ne peut imaginer une seule forme de mobilisation ».

Plusieurs rendez-vous communs ont néanmoins été identifiés. Des assemblées de convergence sur les changements climatiques et les mouvements sociaux auront lieu à Montréal, à Québec et dans l’Ouest canadien cet automne, et viseront à poursuivre l’élaboration de structures communes. En 2015, la marche mondiale des femmes et les élections fédérales seront l’occasion de pousser des débats de société importants dans l’agenda électoral. Au niveau international, le sommet de l’ONU sur la crise climatique le 21 septembre donnera lieu à la plus grande marche mondiale de l’Histoire pour le climat, notamment à New York. Cette rencontre sera suivie de la conférence pour le climat à Paris (Cop21) en 2015. Plus loin encore, les participants souhaitent que la convergence permette de « rebâtir une démocratie en crise et penser cet autre système, qui ne sera pas basé sur l’oppression et l’exploitation, et ce, de façon créative et massive ».

Vers l’avenir

Le Forum social des peuples a permis des rapprochements interculturels entre différents peuples du Canada. Les mouvements sociaux et environnementaux ont pu s’entendre sur des luttes communes, en plus de reconnaître le rôle de premier plan que jouent les Premières nations dans la convergence des mouvements sociaux. La définition d’un mode d’action et d’une stratégie collective reste à poursuivre. Si le mode d’action précis n’a pas été identifié, il a néanmoins été mentionné qu’il doit être unifié et qu’il faut adopter des modes d’action décentralisés et renouvelés.


Voir en ligne : Publié sur Ricochet