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Il est temps que le Canada honore ses obligations envers la Palestine

Jooneed Jeeroburkhan, 9 juillet 2014

Il y a 10 ans aujourd’hui, la Cour internationale de justice (CIJ) statuait que le Mur de séparation géant qui ceinture et charcute les Territoires palestiniens est illégal.
Saisi par l’Assemblée générale des Nations unies, le bras juridique de l’ONU émettait le 9 juillet 2004 un Avis consultatif déclarant que « la construction du Mur (par Israël, puissance occupante), et le régime qui lui est associé (imposé auX Palestinien(ne)s), sont contraires au droit international ».

L’Avis de la CIJ estimait qu’ « Israël ne saurait se prévaloir du droit de légitime défense ou de l’état de nécessité, pour se soustraire à l’illicéité de la construction du Mur ».
La CIJ réclamait que le Mur soit démantelé, que les résidant(e)s soient compensé(e)s pour dommages subis, et que les États membres de l’ONU, dont le Canada, prennent les mesures nécessaires pour qu’Israël se conforme à la 4e Convention de Genève (GCIV) – dont le Canada est signataire.

À l’abri du Mur, main basse sur terres et ressources
Le Mur d’Israël ne suit pas la Ligne verte qui le sépare de la Cisjordanie. Il s’enfonce en Territoire palestinien, protégeant les colonies de peuplement juives illégales, expropriant des terres arables et des réserves d’eau vitales pour les Palestinien(ne)s, et isolant plusieurs villes et villages de Cisjordanie.

Cet important anniversaire met en lumière deux positions contraires face au conflit Israël/Palestine. Le gouvernement Harper et Israël prônent l’annexion de toujours plus de Territoires palestiniens, tout en maintenant une occupation et un état de siège débilitants. À l’opposé, l’ONU, la société civile mondiale, et de plus en plus d’États. s’emploient à rechercher la fin de l’occupation et le rétablissement des droits humains des Palestinien(ne)s par des voies diplomatiques et pacifiques.
Il incombe à Israël, puissance occupante, de mettre fin aux conditions qui alimentent ce violent conflit – dont les plus récentes victimes ont été des adolescents israéliens et palestiniens brutalement assassinés.

La GCIV a trait à la protection des civil(e)s en temps de guerre. Elle impose aux puissances occupantes des obligations précises quant au transfert de populations, à l’éducation des enfants, à la destruction de propriétés, et aux services médicaux (Articles 47 à 78).

En d’autres mots, Israël viole la Convention de Genève en construisant des colonies juives à l’intérieur de la Cisjordanie palestinienne, et en utilisant ensuite le Mur de séparation pour annexer les terres des colonies et pour les intégrer à son propre territoire.

L’Avis de la CIJ et la Campagne BDS globale
À l’occasion du 1er anniversaire de l’Avis consultatif de la CIJ, le 9 juillet 2005, près de 200 organisations de la société civile palestinienne ont lancé une campagne globale de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) pour amener pacifiquement Israël à mettre un terme à l’occupation et à la colonisation sionistes, à démanteler son Mur de séparation, à reconnaître les droits des Arabes Palestinien(ne)s d’Israël à l’égalité citoyenne pleine et entière, et à respecter les droits des réfugié(e)s palestinien(ne)s de rentrer et de reprendre possession de leurs propriétés selon les termes de la résolution 194 de l’ONU.

Avec le soutien d’importantes personnalités comme Mgr Desmond Tutu, figure iconique de la résistance à l’Apartheid sud-africain, de rapporteurs spéciaux de l’ONU sur les droits humains et sur la Palestine, et d’intellectuelles publiques comme Naomi Klein et Alice Walker, la Campagne BDS continue de croître et affiche l’ampleur d’un dynamique mouvement global qui relie des étudiants, des syndicats, des Églises, des organisations de droits humains, et même des États, du monde entier.

De nombreux syndicats canadiens et québécois, comme le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP/ CUPW), la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ), la Confédération des syndicats nationaux (CSN), des organisations comme la Fédération des femmes du Québec (FFQ) et les Artistes pour la paix, et des partis comme Québec Solidaire (QS), et bien d’autres encore, soutiennent activement la Campagne BDS.

Engagement croissant des syndicats et des Églises
L’Église unie du Canada a approuvé en 2012 un boycott limité de produits israéliens en provenance des Territoires occupés. En mai dernier, la CSN, forte de 300.000 membres, a résolu d’œuvrer de concert avec des syndicats d’Europe, d’Amérique latine, du Moyen-Orient, pour exercer des pressions susceptibles d’amener Israël à respecter les centaines de résolutions de l’ONU qui sous-tendent le droit international en ce qui concerne la Palestine.

Le BDS cible les relations d’affaires, la coopération militaire et sécuritaire, et les échanges culturels et académiques avec Israël. La revue The Economist rapportait début 2014 que le BDS « est en train de devenir dominant comme fait de société » avec « le retrait d’investissements de certains fonds de pension européens », et « l’annulation de contrats par certaines grandes sociétés ».

Il y a quelques semaines, l’Église presbytérienne des Etats-Unis a voté pour retirer ses investissements de Hewlett-Packard, Motorola Solutions et Caterpillar – en se fondant sur leur passé de complicité dans l’oppression et le déni des droits humains des Palestinien(ne)s.

Réunie à Liverpool la semaine dernière, Unite, la plus grande centrale syndicale du Royaume-Uni (1,4 million de membres dans tous les secteurs d’activités), a décidé d’adhérer à la Campagne BDS. Le congrès a condamné « la persécution » et « le nettoyage ethnique » exercés par Israël à l’encontre du peuple palestinien, « la torture des enfants » et « les lois racistes » dirigées contre les Palestinien(ne)s citoyen(ne)s d’Israël.

Les USA et l’UE s’impatientent – Et le Canada ?
Comme il continue de construire des colonies juives en Terre occupée, Israël fait l’objet de critiques de plus en plus ouvertes de la part des USA et de l’UE. Suivant la directive de la CIJ, l’Union européenne accroît la pression : l’Espagne et l’Italie viennent de se joindre à la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne pour conseiller à leurs citoyen(ne)s de ne pas investir dans les colonies israéliennes.

Avec l’ONU, l’UE considère illégales les colonies israéliennes sur les Territoires occupés. L’Espagne a déclaré que les colonies « constituent un obstacle à la paix » et entravent les efforts pour résoudre le conflit Israélo-palestinien via une solution de deux États.
Le Canada et le Québec ont été à l’avant-garde du mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions contre l’Apartheid sud-africain. Il est aujourd’hui temps pour le gouvernement du Canada de se joindre à la Campagne BDS et de mettre tous ses moyens et toute son influence au service de l’appel vieux de 10 ans de la CIJ pour que soit démantelé le Mur israélien et que soient restaurés les droits humains des Palestinien(ne)s. Le Canada se doit enfin d’œuvrer de plain-pied à la recherche d’un règlement diplomatique à ce conflit israélo-palestinien qui ne cesse de pourrir depuis 66 ans.


Voir en ligne : Article paru dans Le Mauricien


(Ce Texte d’opinion, rédigé par ooneed Jeeroburkhan mais édité et amendé collectivement, est soumis ce 9 juillet, dans les deux langues officielles du Canada, aux médias canadiens pour marquer les 10 ans de l’Avis consultatif de la Cour internationale de justice (CIJ) déclarant illégaux le Mur israélien de séparation, les colonies sionistes et le régime d’occupation imposé aux Palestinien(ne)s. L’Avis de la CIJ demandait aux États membres de l’ONU d’amener Israël à se conformer au droit international. Le 9 juillet 2005, au 1er anniversaire de l’Avis, la Campagne Boycott, Désinvestissement, Sanctions (BDS) était lancée ; elle continue de gagner des adhérents dans le monde entier