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Ailleurs que dans les écoles traditionnelles

Karina Sanchez , 1er juillet 2014


Si plusieurs se plaignent des irrégularités du système d’éducation québécois, des parents se tournent vers des écoles différentes. Trente et une écoles alternatives existent au Québec. Les parents y sont des co-éducateurs, les élèves, partie prenante des décisions, les examens, inexistants et le rythme, adaptée. Portrait de la vision des écoles alternatives au Québec.

Nadia Bergeron est mère d’un garçon de six ans qui a débuté à l’école alternative à Pointe St-Charles en septembre dernier. Elle est globalement satisfaite de son expérience même si elle avoue qu’elle n’a pas été sans défi. « Les parents ont tellement d’idées, tous participent et mettent la main à la pâte. Il est donc moins évident de trouver ce qui est toujours prioritaire  », témoigne-t-elle. Dans ce bouillonnement d’idées divergentes et de remise en question, il est important d’être patient-e et laisser le temps aux initiatives de faire leur chemin.

Dans les classes, la présence des parents est assidue. Ils-elles peuvent aussi intervenir dans le processus décisionnel de l’école. « Les parents sont des
co-éducateurs-trices. Ils sont en contact avec les enfants et les évaluent aussi
 », explique Pierre Chenier, responsable des communications internes du Regroupement des écoles publiques alternatives du Québec (RÉPAQ). Les avantages de l’implication parentale sont évidents, selon lui. «  L’implication des parents est un facteur de persévérance et de réussite chez les enfants, selon des études menées auprès des écoles alternatives », annonce-t-il fièrement.

Nadia Bergeron apprécie surtout le contact fréquent avec les enfants et les autres familles. « L’école devient un espace de prolongement familial, conçoit Nadia Bergeron. Ce n’est pas une simple bâtisse où je dépose mon enfant. » Selon elle, sa présence continue dans l’école déteint aussi sur l’attitude de son enfant. «  Ça montre à mon enfant que je m’intéresse à ce qu’il fait, explique la maman. Et ça lui donne un sentiment de satisfaction personnelle et d’appartenance par rapport à l’école ».

« Il n’y a pas une seule personne en haut de la pyramide », explique Pierre Chenier, tous et toutes peuvent proposer des idées et donner leur avis sur le fonctionnement de l’école. Dans un contexte de délibérations ouvertes, l’aspect démocratique des écoles alternatives prend alors tout son sens. À leur tour, les élèves ont aussi ont un espace pour s’exprimer. « Ils ont le pouvoir de la parole et ils sont écoutés. », dit Pierre Chenier. Des rencontres sont prévues quotidiennement entre les professeurs-es et les élèves qui sont encouragés-ées à partager ce qu’ils vivent et ce qu’ils ressentent.

« L’école régulière a une vision réductionniste de ce que les parents peuvent faire et apporter à l’école », affirme Mélanie Paré, professeure adjointe au
département de psychopédagogie et d’andragogie à l’Université de Montréal, qui a goûté à l’expérience des écoles alternatives lors de ses stages. Mélanie Paré a aussi enseigné dans ce système qui contribue, selon elle, au développement de l’enfant de manière plus globale. À l’école régulière, «  il n’y a presque pas de communication avec les parents. Sinon, elle passe surtout par les devoirs qu’ont à faire les enfants », signale la professeure. « On respecte ce que les enfants sont, avance-t-elle. Les enfants prennent toute la place et ont beaucoup plus de responsabilités ».


Rythme et âge

Une autre particularité des écoles alternatives est que les enfants peuvent apprendre à leur rythme. Ils et elles n’ont pas à se retrouver au même stade d’apprentissage. De plus, le sens de la compétitivité est moins fort. « On ne doit pas faire pression sur l’enfant au primaire. C’est une fausse conception,déclare Mélanie Paré.Cela peut affecter son estime et une fois qu’un enfant n’a plus le goût d’apprendre, on le sait, c’est plus difficile par la suite de susciter son intérêt pour l’école. »

Dans les classes alternatives, où se côtoient des enfants de 1ère, 2e et 3e année, la dynamique d’apprentissage est particulière. Les plus jeunes apprennent en imitant les plus vieux, en leur demandant des stratégies pour comprendre quelque chose. Les plus vieux, à leur tour, se sentent valorisés dans cette interaction, selon les parents et les professeurs. « Une classe multi-âge, c’est comme une famille et les profs ne sont pas la seule source de savoirs, déclare Pierre Chenier.

Des craintes, des avantages et des obstacles

L’apprentissage au rythme de l’enfant et l’absence d’examens dans les écoles alternatives sont des éléments inhabituels pour les parents québécois. « À l’école traditionnelle, la barre est souvent très haute et les demandes très volumineuses », signale Manon Ricard, ancienne présidente du Comité de parents de la Commission scolaire de Montréal (CSDM), pendant près de 25 ans. Le type d’évaluation prôné par l’école alternative peut inquiéter plusieurs parents. « Les familles peuvent penser que l’absence d’examens ne prépare peut-être pas les enfants pour notre société qui mise sur la productivité et la compétitivité  », ajoute Manon Ricard. Mais au Québec, peu importe l’école, le programme du Ministère de l’Éducation est obligatoire et les enfants, en principe, apprennent la même chose.

Malgré les nombreux attraits du secteur alternatif, ce n’est pas la meilleure solution pour tous les parents. Ceux et celles qui travaillent de jour, par exemple, ne peuvent pas s’absenter facilement du travail pour faire des activités en classe. Aussi, plusieurs parents ne voient pas d’inconvénient au système traditionnel. « Ce n’est pas que les parents ne veulent pas s’engager ou qu’ils manquent d’intérêt, mais plusieurs considèrent le programme pédagogique du régulier complet  », signale Mélanie Paré.
De plus, les écoles alternatives ne sont pas toujours adaptées pour les enfants avec des besoins particuliers. « Plusieurs enfants ne sont pas autonomes et ne peuvent apprendre seuls, avance Manon Ricard. Ils ont besoin d’être plus encadrés. Surtout des enfants, comme les miens, qui ont un problème neurologique ».

S’impliquer en société

L’enseignement à l’alternatif est plus qu’une simple transmission de connaissances entre le professeur vers ses élèves, pense Pierre Chenier. « L’école régulière partage le même paradigme de transmission de savoir que celui du système électoral, où l’on martèle des informations chez l’électeur », explique-t-il. Dans les écoles alternatives, on encourage les élèves à s’impliquer, notamment dans une vision communautaire. Dans le Sud-Ouest de Montréal, par exemple, l’école alternative à Pointe St-Charles met l’accent sur l’embellissement des espaces urbains et la multiplication des jardins. « On donne aussi l’occasion aux élèves de s’impliquer et de partir des projets dans les domaines qui les intéressent », ajoute Mélanie Paré.

Du côté de Saint-Mathieu-du-Parc, à l’école alternative Tortue-des-Bois, les élèves se sont déplacés jusqu’à la colline parlementaire pour faire approuver un projet qu’ils-elles tenaient à cœur. Leur demande d’avoir un nouveau gymnase dans leur école a été acceptée. Selon Mélanie Paré, une chose est certaine, les élèves issus du système alternatif «  seront des adultes qui vont certainement s’engager facilement dans leur milieu », pense-t-elle.

Ailleurs dans le monde

Dans les pays scandinaves, le système alternatif est bien implanté. En Finlande, le système d’éducation est similaire aux principes des écoles alternatives québécoises. Les écoles finlandaises ont le mérite d’avoir le taux de décrochage le moins élevé de la planète et d’avoir des étudiants qui aiment l’école. Dans ce pays, « 93 % des jeunes obtiennent un diplôme du niveau bac, contre seulement 80 % en moyenne dans les nations occidentales », peut-on lire dans le Monde diplomatique.


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