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Quand des citoyens-nes s’activent

Karina Sanchez , 1er juin 2014

Le devoir d’un citoyen ne se limite pas au contexte électoral. Alors que le mouvement abstentionniste électoral prône la mobilisation citoyenne comme réel vecteur de changement, des citoyens se rassemblent parce qu’ils savent qu’ils peuvent faire bouger des choses. Un groupe de personnes mobilisé autour d’un évènement baptisé 100en1jour prendra place dans les rues de Montréal dimanche prochain, le 7 juin. Cet évènement vise à encourager tous les citoyens, des plus militants aux moins habitués, à poser un geste positif lors de cette journée.

L’événement 100en1jour en est à sa 2e édition montréalaise de ce projet qui vise à orchestrer un minimum de 100 activités citoyennes à travers la ville. C’est une initiative née à Bogota, en Colombie, qui a entrainé dans son sillage de nombreuses grandes villes dans le monde. Faire une différence dans sa ville en fonction de ce qui te fait vibrer est le mot d’ordre donné aux participants. « Et si la créativité des habitants était mise au service du bien être collectif ? questionne Juan C. Londono, un des instigateurs de l’évènement à Montréal. Pour nous, la ville est une œuvre collective. Tel est le pari de cette démarche : prototyper une ville co-créée par ses habitants, à l’image de ces derniers et de leurs aspirations profondes ».

Un réseau social de citoyens proactifs subsiste dans la ville montréalaise. Même si ce réseau ne regroupe pas la majorité des Montréalais, le potentiel de changement qu’il génère est inestimable pour les membres de réseau. Ce n’est pas la quantité, mais bien la qualité des intentions des personnes mobilisées qui font la différence.

Les échos d’un rêve

Les actions envisagées peuvent prendre des allures loufoques ou artistiques. L’année dernière, une des activités qui a mobilisé le plus de personnes, soit au moins 150 individus, avait pour thème le disco silencieux. Les personnes se sont retrouvées sur le boulevard St-Laurent pour danser au rythme de musiques variées émanant de leurs écouteurs respectifs. Les participants ont été encouragés au lâcher-prise et à s’approprier leur espace public. Des sourires aux lèvres et des rires mélodieux étaient au rendez-vous. D’autres actions sont plus sérieuses ou rigoureuses telle une corvée de nettoyage dans une ruelle ou la création d’un petit jardin aux abords d’un trottoir, par exemple.

Cédric Jamet, un des organisateurs de l’évènement, constate que les répercussions de cette journée se jouent sur deux tableaux. « Elles peuvent être d’ordre physique : Des citoyens décident de prendre des choses en mains et de transformer physiquement l’espace de la ville. Par exemple, en mettant un passage piéton là où il n’y en n’a pas, explique-t-il. Mais l’essentiel de la transformation est avant tout symbolique. À savoir ce qui se passe lorsqu’on ose faire quelque chose pour sa ville (…) quand on redécouvre son pouvoir d’agir, et quel impact que cela peut avoir à long terme (…) ».

Depuis les dernières semaines, des ateliers nommés créatoires sont organisés pour aider les participants de 100en1jour à concrétiser leurs souhaits. Les citoyens peuvent se rencontrer et partager leurs aspirations. « Lors de ces créatoires, tous sont invités à identifier avec d’autres un rêve pour leur ville. Tout part du rêve : grâce au rêve, on se donne les moyens d’enlever les limites de ce qu’il est possible de faire », avance Cédric Jamet.

Le projet vise aussi à encourager les personnes qui ont moins l’habitude de faire partie de l’élan mobilisateur à passer à l’action. « De façon générale, les personnes qui participent aux créatoires ne font pas partie des "réguliers", c’est-à-dire, ce ne sont pas des personnes qui s’impliquent déjà (…) », explique Juan C. London. Cette année, les organisateurs ont cherché à rejoindre des nouveaux arrivants, des étudiants étrangers, des personnes habitants des quartiers moins nantis et des personnes en situation d’itinérance.

Pour le plaisir de faire des liens

Les avantages qui découlent des rencontres fortuites de cette initiative citoyenne sont multiples. Juan C. Londono saisit le capital social qui en découle. « Certains restent en contact ou partent des projets professionnels ou personnels ensemble » note-il.

Des séances de brainstorming et des échanges fluides permettent de faire bouillonner les idées et de les peaufiner par la créativité et l’imagination collective. Cela se produit, entre autre, grâce à un sens de réciprocité qui circule entre les participants « Ils se sentent connectés à d’autres personnes comme eux, brisant ainsi le sentiment d’isolement qu’ils peuvent parfois ressentir auprès de leurs amis ou de leurs collègues », ajoute Juan Londono.

Des liens se forment aisément entre ceux qui ne se connaissent pas. Un sentiment de solidarité s’installe grâce aux actions de partage et d’intérêt que les uns portent aux autres, selon Cédric Jamet. Et la créativité qui règne lors des discussions inspire l’ensemble, affirme-t-il.

Ces rencontres sont d’autant plus appréciées que le citoyen entretient souvent une relation impersonnelle avec la ville. Accablée par la froideur bureaucratique, une ville a pour mission de répondre avant tout aux besoins humains par un raisonnement logique et économique. « Il y a quelque chose qui manque au niveau du lien social, dit Cédric Jamet pour qualifier le rapport citoyen-municipalité. Mais une collaboration devient possible entre les institutions et la société civile lorsque des solutions peuvent aussi être apportées par les citoyens. »

Les projets citoyens sont aussi un antidote au cynisme ambiant. « Une ville qui compte sur des citoyens mobilisés, investis émotionnellement et impliqués activement est une ville qui se donne les moyens d’être plus résiliente », explique Cédric Jamet.

La citoyenneté version numérique

L’activité citoyenne active a aussi fait écho dans le monde numérique ce printemps.
Le groupe Code Love Mtl organisait à la fin mai, une activité citoyenne entre étudiants, designers, codeurs, entrepreneurs sociaux et citoyens. Durant 48 heures, ces personnes ont été mises au défi de jongler avec les notions de codage et de design de pair avec les valeurs citoyennes. « C’est une manière novatrice de répondre à des besoins pressants et de transformer Montréal. Nous allons créer des réponses concrètes aux défis sociaux en moins de 48 heures », pouvait-on lire sur le site Hackathon Code Love.

Les initiatives citoyennes poussent la réflexion au-delà des besoins strictement individuels. Ils emportent les participants dans une aventure qui est plus large que leur discours singulier du monde. D’autre part, certains ne veulent plus raisonner sous la maxime : « Ça, c’est à la ville de s’en occuper ! ». La municipalité peut se montrer imparfaite à divers égards et notre dépendance à un pouvoir imparfait nous condamne à la déception. Quand des besoins d’une ville sont pris en charge par des citoyens, des merveilles peuvent survenir. L’anthropologue Margaret Mead l’avait souligné jadis. « Ne doutez jamais qu’un petit groupe de personnes peuvent changer le monde. En fait, c’est toujours ainsi que le monde a changé. », insistait-elle.


Voir en ligne : Cliquez ici pour visiter le site 100en1jour


Crédit photo : Logo de 100en1jour Mtl

Pour voir l’évènement Facebook :
https://www.facebook.com/100en1jourMtl