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Les centres de femmes : des organismes qui pallient les carences des services publics

Maëlle Besnard, 2 juin 2014

Dans une vidéo du 28 avril, la directrice du Réseau d’action québécois pour la santé des femmes (RQASF), Lydia Assayag, dénonce le manque d’intérêt du gouvernement pour question de la santé des femmes. Malgré le rôle qu’ils ont joué, et jouent encore, dans la promotion et la protection des femmes, les centres de femmes sont menacés par des politiques budgétaires draconiennes, alors que les besoins de la population féminine en matière de santé ne tarissent pas.

La mission des centres est de plus en plus difficile à remplir aujourd’hui, selon les travailleuses sociales. « Nous avons fait une recherche sur la santé mentale et nous avons découvert que les centres de femmes sont à la croisée des chemins » explique Isabelle Mimeault, responsable de recherche pour le RQASF. Selon elle, « de plus en plus de femmes ont des problèmes de santé qui sont liés à leurs conditions de vie, et cela joue sur la mission des travailleuses des centres de femmes ». Elle admet qu’il appartient aux centres de s’adapter aux nouvelles réalités, mais encore faut-il leur en donner les moyens financiers.

Travail reconnu, mais peu soutenu

Les organismes communautaires du secteur de la santé et des services sociaux sont actuellement financés par le Programme de Soutien aux Organismes Communautaires (PSOC), qui fait l’objet de critiques. L’une d’elles est de ne pas avoir été augmenté depuis sa création en 1973, tel que souhaité par le regroupement d’organismes jesoutienslecommunautaire,

Alors que l’ancienne première ministre du Québec, Pauline Marois, s’était engagée à honorer cette revendication, les récentes élections provinciales sont venues bouleverser la donne. Actuellement, rien ne garantit que le nouveau premier ministre Philippe Couillard respectera l’engagement de sa prédécesseure. Selon Valérie Létourneau, porte-parole du L’R des centres de femmes du Québec, un organisme membre du mouvement de contestation, cet appel est toujours sans réponse. « Il y eu des allégations évasives, mais aucun engagement ferme ni aucune rencontre officielle » explique-t-elle.

Nés dans les années 70, les centres de femmes encouragent celles-ci à trouver des solutions par elles-mêmes afin d’améliorer leurs conditions de vie et promeuvent une éducation populaire féministe. Une mission qui a trouvé son public au Québec : L’R des centres de femmes du Québec rassemble 94 centres. « On estime qu’on touche environ 300 000 femmes » précise Valérie Létourneau. Le groupe se sent soutenu par la population civile mais pas assez par le gouvernement. « Nous avons une reconnaissance du gouvernement via le PSOC, mais les moyens alloués ne sont pas suffisants » estime la porte-parole.

La santé des femmes : un enjeu toujours d’actualité

Depuis la crise financière de 2008, le spectre du déficit public effraie les gouvernements du Canada et du Québec. Les budgets des services de santé et des services sociaux ont subi de nombreuses transformations. La fin de l’accord fédéral-provincial sur la santé en est un exemple. « Les défis en matière de santé devront être relevés en grande partie par les provinces et les territoires. Le rôle du gouvernement fédéral dans l’évolution du système de santé est moins défini qu’il ne l’était il y a 10 ans » constatait le défunt Conseil canadien de la santé dans un rapport de septembre 2013.

Les centres de femmes ressentent les effets de ces coupures budgétaires par l’augmentation de la fréquentation. « Les travailleuses reçoivent des femmes qui auraient par exemple besoin de soins psychosociaux, or ce n’est pas le rôle d’un centre femmes. » précise Isabelle Mimeault. 


Le rôle des centres de femmes est d’autant plus important que l’accès aux soins et à l’information en matière de santé se complique. La récente fermeture de la clinique d’avortement de Fredericton en est un exemple.Valérie Letourneaux dénonce également l’abolition du programme d’étude développement personnel et social au secondaire, ce qui contribue au manque d’informations des jeunes femmes. Un avis partagé par le RQASF. « Le Canada avait une réputation de leader en matière de droits humains, d’avancée pour les femmes, d’accès à l’information. Et aujourd’hui on se rend compte que ce n’est plus le cas, qu’on se fout de l’égalité homme-femme et que le fait d’avoir accès à une information aussi vitale sur sa santé et celle de ses proches n’est plus important » scande-Lydia Assayag dans sa vidéo.

Aborder le problème autrement

Selon le RQASF, c’est toute notre vision de la médecine qui est à revoir. « Notre médecine donne de très bons résultats en cas d’urgence, mais en matière de prévention c’est inefficace. » souligne Isabelle Mimeault. L’organisme dénonce notamment le phénomène d’hypermédicamentation, alimenté, entre autres, par le pouvoir des lobbys pharmaceutiques. « Les entreprises pharmaceutiques sont présentes dans les facultés de médecine, de psychologie, dans les organismes…elles ont des tentacules partout et ont beaucoup de moyens » dénonce la responsable de recherche.

L’organisme regrette que les choix politiques se fassent plus en faveur des traitements que de la prévention. Pour lutter contre ce phénomène, il souhaite mieux se faire connaître de la population civile. La travailleuse précise recevoir de plus en plus d’appel de personnes qui souhaitent avoir des renseignements sur les façons d’entretenir leur santé. « Nous ne posons pas de diagnostics mais nous pouvons donner des conseils de base » explique-t-elle. De la documentation est produite à cet effet par le centre.

Pour Valérie Létourneau, les engagements de Philippe Couillard relatifs à la place des femmes dans l’économie ne changeront pas réellement les inégalités. La porte-parole estime que les promesses du nouveau premier ministre constituent une réponse libérale aux problèmes des femmes. « Ce n’est pas juste une question d’ouvrir la porte aux femmes de ce monde d’hommes, il faut changer les inégalités de base » explique-t-elle.