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Suivre le fil de l’argent

Projet Accompagnement Québec Guatemala (PAQG), 11 avril 2014

« L’argent des contribuables québécois et canadiens engendre la mort et la dépossession des peuples autochtones au Guatemala » - Lolita Chavez.

Les consommateurs sont de plus en plus soucieux de l’origine et de l’authenticité des produits qu’ils achètent. Le commerce équitable, les produits dits du « terroir » ou les produits bios font partie des nouvelles préoccupations des consommateurs. Nous sommes donc de plus en plus au courant de la provenance et des caractéristiques des achats faits avec notre argent, et la notion de consommateur responsable a beaucoup évolué au cours des dernières années.
Et qu’en est-il du contribuable ? Ce genre d’éducation peut s’orienter vers une nouvelle problématique : Savez- vous où va votre argent ?

Au Guatemala, la voix du peuple ne fait pas le poids face aux mégaprojets miniers et aux lobbies qui rôdent autour d’un État où règne l’impunité. Pourtant, plus d’un million de Guatémaltèques se sont prononcés contre les projets extractifs de l’industrie minière canadienne qui bouleversent leurs vies et leur environnement. Les techniques d’extractions des minerais sont sources de graves dommages environnementaux. L’eau est la première victime de l’industrie ; quand elle n’est pas utilisée jusqu’à épuisement, elle est dangereusement polluée, ce qui entraîne maladies, malformations et cancers pour les habitants autour des mines. C’est sans compter les nombreuses expropriations et destructions qu’engendre l’activité minière. Plus aberrant encore : la contestation pacifique est sans cesse criminalisée et réprimée de façon violente.

Et si vous demandiez à votre banquier où va votre argent ?

Comptes courants, épargnes personnelles et collectives, fonds de pensions publics, nous sommes amenés à consommer un nombre croissant de produits financiers proposés par des institutions publiques et privées. Il serait faux de croire que votre argent « dort » dans ces institutions. Celles-ci le font « travailler », l’investissent sur le marché boursier pour le faire fructifier et ainsi dégager des bénéfices. Ces fonds se retrouvent entre autres endroits à la bourse de Toronto, le Toronto Stock Exchange (TSE), là oùl’industrie minière est la reine du profit.

Ainsi l’argent que cotisent 4 millions de contribuables québécois à la Régie des Rentes du Québec est investit par la Caisse de Dépôt et de Placement du Québec et s’avère soutenir les activités de la compagnie Goldcorp. En effet, en date du 30 septembre 2013, la Caisse investissait nos avoirs dans cette entreprise à hauteur de plus de 246 millions de dollars.

Le Fonds de Pension du Canada et son Office d’Investissement quant à eux, investissaient nos avoirs dans Goldcorp, à hauteur de plus de 217 millions de dollars, et dans Tahoe Resources, à hauteur de près de 54 millions de dollars.

Alain Deneault décrit souvent le Canada comme le « paradis des minières »...et pour cause : l’industrie minière est l’un des secteurs les plus productifs et elle bénéficie de facteurs très favorables d’un point de vue légal, économique, politique ou diplomatique.
Difficile cependant d’ignorer les scandales liés aux agissements des industries canadiennes à travers le monde. Le modèle extractif se répète, impunément, et laisse sur son passage des écosystèmes détruits et pollués, des populations exposées à des dangers sanitaires désastreux et une répression aux visages multiples : assassinats, viols et criminalisation sont le lot des défenseurs des droits humains et de l’environnement qui s’opposent aux méga-projets miniers.

Au Guatemala, Goldcorp et Tahoe Resources détiennent 4 projets d’extraction de métaux précieux, principalement de l’or et de l’argent. Les compagnies voient dans les gisements miniers un potentiel de richesse économique pure, faisant abstraction des impacts humains et environnementaux et des coûts économiques de la destruction et des dommages engendrés à long terme. Unrapport de OXFAM paru récemment révèle que si les coûts humains et environnementaux étaient intégrés au calcul coûts /bénéfices des compagnies, les mégaprojets miniers comme Marlin ou Escobal paraîtraient aberrants. Ces mines d’or et d’argent font parties des projets miniers les plus contestés en Amérique Latine.

Répondre à la question « Où va notre argent ? », c’est suivre le fil de notre argent pour mieux comprendre le lien financier qui nous lie aux Guatémaltèques. C’est cesser d’ignorer que nous sommes les complices passifs, bien malgré nous, d’un grand nombre de violations de droits humains ayant cours au Guatemala. C’est aussi reconnaitre que ce lien financier nous donne le moyen d’agir. Nous ne sommes pas des spectateurs impuissants, nous pouvons dénoncer ces situations qui sont soutenues par nos épargnes !


Voir en ligne : Campagne Le fil de l’argent


Rédigé par le Projet Accompagnement Québec Guatemala (PAQG) pour le Journal des Alternatives.

La campagne Le fil de l’argent a but pour de rendre public un atelier d’éducation et du matériel pédagogique, afin que les québécois-e-s et les canadien-e-s, comprennent les enjeux liés aux exactions de l’industrie minière canadienne. C’est aussi l’occasion pour la société civile de s’approprier les outils pour pousser les investisseurs au désinvestissement. Visitez le site web de la campagne pour retrouver des pétitions en ligne et d’autres outils de désinvestissement.

Crédit photo : Projet Accompagnement Québec Guatemala (PAQG)