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Bilan d’une campagne électorale bancale

Robert Bibeau, 11 avril 2014

L’autonomie des sous-fifres politiques

Les analystes et les journalistes plumitifs sont très excités d’observer le changement de la garde gouvernementale survenu au Québec le sept avril [voir ici]. Habituellement, la grande bourgeoisie et le grand capital ne sont pas préoccupés de savoir quel parti politique à leur solde dirigera les destinées de leur État policier. Ainsi, quand le Parti Libéral du Canada se discrédita dans le scandale des « Commandites » la grande bourgeoisie canadienne vit d’un bon œil sa réclusion dans l’opposition, et l’installation à la gouvernance de l’État policier d’une Alliance réactionnaire formée de « Rednecks » de l’Ouest et de Conservateurs de l’Est du Canada, sous la direction d’un saltimbanque autoritaire, maître Stephen Harper.

Ainsi, quand les Libéraux provinciaux de Jean Charest furent discrédités – échouant à briser la grève de quelques dizaines de milliers d’écoliers (2012) – le grand capital québécois – section provinciale de la grande bourgeoisie canadienne – vit d’un bon œil son remplacement par le Parti Québécois, d’autant plus commodément que ce parti bourgeois était dirigé par une multimillionnaire, madame Pauline Marois, et un petit homme d’affaires fédéralo-souverainiste, accrédité à Québec et à Ottawa [voir ici].

De toute façon, les politiciens sont des pions sans pouvoir de décisions – sur les grands leviers de l’économie (la dette, la balance des paiements, l’emploi, les banques, les marchés, la production). Les politiciens sont des larbins assujettis aux diktats des lois inexorables de l’économie politique capitaliste. La crise systémique bat son plein et les politiciens n’y peuvent rien, sauf de transférer sur le dos des salariés le fardeau de la crise débridée [voir ici].

Un politicien, pour être candidat d’un parti bourgeois, doit prêter allégeance à la « démocratie » des riches, et jurer fidélité à l’État policier pour le bénéfice exclusif des riches. Attention, administrer l’État des riches peut impliquer d’accorder des concessions aux employés afin de les apaiser, ce sont les « acquis sociaux » de l’éphémère État providence, qui fondent comme neige au soleil en période de crise économique systémique, et ce, malgré les jérémiades de la petite bourgeoisie démunie qui appelle les assistés sociaux à voter pour un parti similaire, mais opposé.

La suppléante manque à ses devoirs

Et voici que la dame Marois, membre du sérail capitaliste canadien (section Québec), dont le parti politique était minoritaire à l’Assemblée nationale, s’avéra incapable de livrer les « cent livres de chairs populaires » réclamées par les usuriers – banquiers, financiers, spéculateurs, constructeurs, Bureaux d’ingénieurs, grandes corporations – tous affamés. La dame Marois cogita en compagnie du « Chartiste » Bernard « l’Hermite » une attaque xénophobe contre une fraction des salariés (les travailleuses voilées) pensant ainsi rameuter tout ce que le Québec profond compte de punaises de bénitiers, de réactionnaires, de xénophobes, de fanatiques religieux de la laïcité, de baby boomers « nationaleux » véreux, de racistes endeuillés et de fascistes esseulés [voir ici].

Malheureusement, pour les comploteurs « chartistes », toute cette racaille rassemblée ne faisait pas la pesée devant la montée de colère des salariés. Le PQ n’ayant pas passé le test de la gouvernance sans mouvance militante, le grand capital lui tendit un piège pour son incapacité à gérer leur État policier dans la tranquillité. Après quelques mois de sondages orientés, favorisant sa formation, la dame-lion se lança en campagne électorale pour sa réélection. Nous avons alors annoncé que le PQ se retrouverait dans l’opposition [voir ici].

Pour le savoir, il suffisait d’observer que les croupiers libéraux étaient avantagés par les médias soudoyés. La tactique électorale des riches étant : d’une main, de dépecer la Coalition Avenir Québec (CAQ) afin de diriger cet électorat aliéné vers les libéraux célébrés ; et de l’autre main, de gruger le PQ sur son aile séparatiste afin de déplacer quelques points de vote vers Québec SoliTaire, un parti social-démocrate provincial identique au Nouveau Parti Démocratique au fédéral. La grande bourgeoisie se garde toujours une carte « Solidaire » pour dévoyer la colère les jours de grogne populaire. Cependant, elle ne joue cette carte qu’au dernier instant, quand il n’y a plus moyen de faire autrement. Pendant ce temps, Québec SoliTaire apprend le gouvernement des riches et fait du temps à « l’Assemblée de la race crucifiée en bleue ».

Après quelques sondages biaisés, il parut évident que l’électorat d’Avenir Québec répugnait à rallier les libéraux du médecin Couillard, parti corrompu qu’ils avaient rejeté amers comme on leur avait enseigné quelques années auparavant. Il y eut donc inversion des sondages et rapatriement des caquistes chez leur berger narcissique (On se donne Legault). Il devenait évident que pour porter leur favori au pouvoir, il valait mieux diviser le vote de l’opposition bidon (25%=PQ et 23%=CAQ). Il faut se rappeler qu’une bouffonnerie électorale bourgeoise se gagne ou se perd en déplaçant dix à quinze (10-15) pour cent de l’électorat votant. Le reste de l’électorat demeure figé derrière une bannière ou une autre des différents partis politiques qui alternent au pouvoir [voir ici].

L’entrée en scène du milliardaire PKP, le faux séparatiste, propriétaire de 40% des médias du Québec, ne visait pas à mousser l’option souverainiste-mort-né-terminée comme l’ont laissé croire les nationalistes chauvins, mais à préparer la succession à la direction du Parti Québécois. De grandes manœuvres s’annoncent et la grande bourgeoisie envoie l’un de ses représentants directement dans l’arène politique afin d’en diriger les menées. Qui avalera l’autre, le PQ ou la CAQ ? Pour résoudre cette énigme il suffit d’examiner le tableau ci-haut.

Les sondages que la bourgeoisie publie au cours de telles mascarades électorales visent deux objectifs : le premier est d’indiquer aux électeurs pour quel parti politique ils doivent voter. Le deuxième objectif est de vérifier si les électeurs ont bien intégré les consignes propagées par les médias soudoyés.

Trente pour cent des électeurs refusent de voter

Pour les ouvriers, le seul chiffre significatif de cette élection bidon c’est le taux d’abstention. Il fut de 30%, un taux important dans une élection québécoise. Ce refus de voter de la part des salariés serait une négation de « l’idéal démocratique » se lamente la petite bourgeoisie pathétique. En société capitaliste bourgeoise il y a deux sortes de démocratie : la démocratie populaire galvaudée et la démocratie impopulaire élitiste et ce sont deux idéaux démocratiques contradictoires et opposés. Instaurée la démocratie ouvrière populaire dans une société en exclu la démocratie élitiste bourgeoise, ces deux démocraties sont incompatibles et s’excluent mutuellement.

Si comme l’indique les résultats de l’élection bidon, la forme électoraliste bourgeoise de la politique est de plus en plus rejetée par les salariés et par les ouvriers (ce que les analystes bourgeois appellent l’apathie de l’électorat), c’est que les salariés se rendent compte qu’aucun des partis politiques en liste ne défend leurs intérêts de classe et aucun de ces partis partisans ne propose de s’emparer du pouvoir d’État pour le mettre au service exclusif des ouvriers au détriment des capitalistes.

Dans ce contexte électoraliste pour les riches, ne pas voter signifie pour l’ouvrier de confirmer qu’il a perçu cette incongruité où la majorité n’est jamais représentée, et qu’elle ne pourra jamais s’emparer de tout le pouvoir de l’État policier, pour le chambouler. L’ouvrier refuse d’accréditer cette bouffonnerie électorale bancale. Ne pas voter est le geste le plus constructif, affirmatif et anti-apathique qui se puisse. Les ouvriers l’ont compris un peu partout dans le monde, qu’est-ce que le petit-bourgeois frustré attend pour s’élever au niveau de conscience de classe de l’ouvrier engagé ?

Article tiré des 7 du Québec