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Sous-représentation des candidates à l’élection provinciale 2014

Sandrine Corbeil, 1er avril 2014

C’est peu dire que les femmes au Québec ont accompli beaucoup dans le dernier siècle quant à l’égalité hommes-femmes en politique. En effet, depuis la première femme élue à l’Assemblée nationale en 1961, plus de 117 femmes sont devenues députées et ce, sans compter les réélections.

Or, malgré ce net progrès, cette année encore, trop peu de femmes se portent candidates. En effet, celles-ci ne s’élèvent à pas plus de 30 % cette année. La moyenne est toutefois gonflée par Québec solidaire (QS), seul parti ayant atteint la parité avec 50% de candidates. Au deuxième rang, le Parti québécois rassemble 37 % de femmes dans ses rangs, suivi par les libéraux avec 28 % et par la Coalition avenir Québec avec 23 %.

Pourtant, selon une analyse réalisée par l’agence 37e Avenue pour Le Devoir, les femmes qui s’engagent en politique ont d’aussi bons résultats que leurs confrères. Comment expliquer alors cette sous-représentation des femmes dans les institutions démocratiques québécoises ?

Une socialisation qui ne donne pas confiance

Selon Esther Lapointe, directrice générale du Groupe Femmes, Politique et Démocratie (GFPD), un des obstacles marquants est le manque de confiance des femmes. En effet, l’expérience de terrain de cet organisme ayant pour but de promouvoir une plus grande participation des femmes à la vie politique révèle que ces dernières ont tendance à se sous-estimer et à douter de leurs compétences lorsqu’il est question de prendre des postes de direction et de responsabilité.

Ce manque de confiance tirerait sa source dans la socialisation différenciée des garçons et des filles. En effet, dès leur plus jeune âge, on attend de ces dernières « qu’elles soient parfaites, gentilles et serviables », soulève Mme Lapointe. Par ailleurs, « les filles sont éduquées à œuvrer dans la sphère privée à prendre soin des autres, comme s’occuper des malades et des enfants », dit-elle.

Ainsi, selon le Secrétariat à la condition féminine, la nature même du pouvoir serait moins attirante pour les femmes, s’agissant davantage d’une culture de débat plutôt qu’une recherche d’harmonie. Toutefois, selon Mme Lapointe, « débattre et bien argumenter, ça s’apprend ! », c’est pourquoi le Groupe Femmes, Politique et Démocratie offre des écoles de ce genre aux femmes.

Finalement, ces dernières sentent souvent le besoin de consulter leur entourage avant de faire le saut en politique pour s’assurer que leur décision ne nuira pas à leurs enfants ou à leur conjoint, nous explique Mme Lapointe. Ce temps de réflexion supplémentaire peut parfois leur faire rater l’opportunité.

La parité comme solution

Un autre obstacle majeur serait le fait que « les réseaux des femmes sont rarement politiques ou financiers », dit Mme Lapointe. Par conséquent, on ne pense pas automatiquement à elles, ce qui explique la persistance de véritables « boys clubs » et ce, même encore aujourd’hui. Aussi, la structure des partis politiques est souvent très masculine, déplore Mme Lapointe.

Ainsi, selon Mme Alexa Conradi, présidente de la Fédération des femmes du Québec, il est urgent de mettre en place des mesures incitatives. « Nous devons viser une zone de parité, c’est-à-dire, autour d’une représentation variant entre 40 et 60 %. Il nous faut des mesures obligatoires », a-t-elle dit en entrevue à La Presse.

Même son de cloche du côté d’Esther Lapointe du GFPD : « c’est une question de choix. » rappelant que « seuls Québec solidaire et le NPD ont une politique de parité et pas les autres », d’où l’importance « d’en parler et d’exiger la parité ». En effet, selon elle, « c’est par un changement de culture, de mentalités que ça va bouger. Il ne faut pas laisser aller les choses en pensant que ça va se faire naturellement ».

De même, selon Molly Alexander, candidate de Québec solidaire dans Saint-Henri-Sainte-Anne et responsable de la commission nationale des femmes de QS, c’est par la reconnaissance des problèmes structuraux et l’instauration d’une culture favorable aux femmes à l’intérieur du parti que cela ira en s’améliorant, a-t-elle dit en entrevue à Pas de midi sans info sur les ondes de Radio-Canada.


Crédit photo : Québec solidaire (tous droits réservés)