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Changement climatique : les victimes témoignent

Olivier Mary, 31 mars 2014

Le GIEC va adopter samedi à Yokohama, au Japon, le deuxième volet de son grand rapport. Il sera centré sur les conséquences prévisibles du changement climatique. Celui-ci est déjà sensible dans plusieurs pays du monde. Reporterre a interrogé des témoins de ces changements au Tchad, au Pérou et au Bangladesh.

Samedi, le Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (Giec) adoptera la synthèse du second volet de son cinquième rapport d’évaluation. Il traite des conséquences des changements climatiques et de l’adaptation et de la vulnérabilité de nos sociétés aux phénomènes météorologiques. Depuis octobre, une version préparatoire, très proche de la version finale, nous disent des membres du Giec, circule sur Internet.

Conclusion des experts : sécheresses, tempêtes ou inondations vont durablement toucher les sociétés… avec des risques d’instabilité accrus. Le rapport confirme et précise des connaissances antérieures, son principal apport étant de commencer à établir des prévisions par grandes régions du globe, en raison de l’affinage des modèles climatologiques.

Mais ces changements commencent déjà à être ressentis dans plusieurs pays. Des agriculteurs de pays du Sud sont venus témoigner à Paris lors de la conférence : « Changements climatiques : la parole aux témoins ». Reporterre était là et les a interrogés.

La fonte des glaciers andins menace les paysans

Agricultrice dans les Andes péruviennes, América Castillo Cunyas est inquiète. Dans son village de la Province de Huancayo, niché au cœur du massif andin, plus d’un tiers de la population dépend de l’agriculture. América, qui cultive pommes de terre et quinoa et élève cochons d’inde et vaches, doit déjà s’adapter au changement climatique.

Pics de chaleurs, vagues de froids et manque d’eau l’obligent à changer le calendrier de ses cultures : « A présent nous sommes forcés de décaler nos récoltes pendant la saison des pluies et elles baissent en qualité et rendement », explique América. « Du coup, nous avons choisi de semer à nouveau des espèces de pommes de terre typiques de notre région, qui consomment moins d’eau et résistent mieux aux intempéries, » explique-t-elle.

Pour faire face à ces bouleversements, ces communautés doivent diversifier leurs revenus, notamment en envoyant temporairement travailler les hommes en ville et en vendant les surplus de pommes de terre sur des marchés. Mais le futur s’annonce bien plus sombre : « Le village de La Chamiseria est très menacé par la sécheresse car il dépend du glacier Huayatapallana pour son approvisionnement en eau. Or, il fond de plus en plus vite et il y a moins de neige pour l’alimenter », constate la paysanne. Selon certaines études scientifiques, l’étendue gelée, qui fournit 40 % des réserves d’eau du sous-bassin de Rio Shullcas, pourrait disparaitre d’ici 2030.

Ces problèmes pourraient se renforcer en Amérique du Sud, selon les experts du Giec. Il y a un risque élevé sur « la disponibilité en eau dans les régions semi-arides ou dépendantes de l’eau des glaciers », vers le milieu du siècle. Cela devrait entrainer une « baisse de la production et de la qualité des aliments ». En Afrique, des causes différentes pourraient entrainer des conséquences analogues.

L’impact des sécheresses sur les éleveurs nomades

« Nous subissons des vagues de chaleurs de plus en plus fortes qui rallongent les périodes de sécheresse. Mais nous sommes aussi victimes de très fortes pluies qui, au lieu de lui bénéficier, emportent la végétation nécessaire pour nourrir notre bétail, » explique Hindou Oumarou Ibrahim, coordinatrice de l’Association des femmes peules autochtones du Tchad.

Son peuple d’éleveurs nomades doit se déplacer plus souvent et plus loin pour subvenir à ses besoins en eau. Ces migrations à plus grande échelle ne vont pas sans poser de nombreux problèmes. Les animaux les plus forts suivent mais perdent en productivité - ils donnent moins de lait -, tandis que les plus faibles peuvent mourir.

Mais cela crée aussi des problèmes politiques : « Pour faire pâturer nos animaux, nous sommes forcés de nous déplacer toujours plus vers le sud, ce qui crée des conflits croissants avec les éleveurs sédentaires, » regrette-t-elle.

Et comme « dans les régions sèches, la fréquence des périodes de sécheresse va probablement augmenter d’ici 2100 », ces tensions pourraient se multiplier : « Le changement climatique va accroitre indirectement les risques de conflit violent de type guerre civile, violence interethnique et violentes manifestations en exacerbant les facteurs déjà établis comme la pauvreté et les crises économiques, » estime le Giec. Mais toutes les régions ne vont pas manquer de précipitations, certaines vont les voir se multiplier avec toutes les conséquences que cela implique.

L’Asie à la merci de la montée des eaux

« Dans notre région, il y a toujours plus de pluies et de tempêtes, » s’alarme Khatun Khukumoni Shahanara, qui vit à Satkhira, au Bangladesh, l’un des pays les plus pauvres et les plus exposés au changement climatique. Elle vit sur une côte qui est de plus en plus touchée par l’érosion. Mais il y a plus grave.

« Les infiltrations d’eau salée sur les terres cultivables et dans les nappes phréatiques se multiplient à la suite des typhons », poursuit la Bangladeshie. Paradoxalement, cette communauté manque d’eau potable en pleine saison des pluies. « Les femmes doivent donc marcher plus loin et plus longtemps pour trouver de l’eau. »

Selon le Giec, « d’ici 2100, à cause du changement climatique […], des centaines de millions de personnes seront affectées par des submersions côtières et déplacées à cause de pertes de terres. La majorité des gens touchés se trouvent en Asie de l’Est, du Sud et de l’Est. »

Une chose est certaine, ce sont les pays les plus pauvres qui seront les plus atteints. A la fois à cause de leur situation géographique et de leur manque de moyen pour s’adapter. Selon, les chercheurs, les « risques d’insécurité alimentaire à cause du réchauffement, de la sécheresse, de la variabilité des précipitations, en particulier pour les populations les plus pauvres, » devraient s’accroitre. Ces pays devront donc être soutenus pour faire face.

En 2009, à Copenhague, les pays industrialisés avaient promis de verser dix milliards de dollars par an, pour 2010, 2011 et 2012, au Fonds vert pour le climat. D’ici 2020, l’accord devaient atteindre les 100 milliards de dollars d’aide annuelle aux pays en développement. Mais cet argent n’a pas été versé.


Voir en ligne : Article original sur ReporTerre


Photo par Harriv, Wikimedia Commons