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Campagne électorale

Ce dont on ne parle pas

Claude Vaillancourt, 23 mars 2014

On ne peut pas parler de tout dans une campagne électorale. Même si on le devrait, autant que possible. Les journalistes et les politiciens font pour nous un tri qui se limite à quelques questions spectaculaires, aptes à attirer de bonnes cotes d’écoute et à influencer le vote. Osons tout de même jeter un coup d’œil derrière le rideau et examiner quelques-uns de ces sujets que l’on tait.

Certes l’emploi occupe une grande place dans la campagne. Dans ce domaine, on attribue au gouvernement en place le pouvoir ou l’incapacité de l’économie à créer ou non de l’emploi. Comme s’il n’existait pas une conjoncture fluctuante difficilement contrôlable par les politiciens. On blâme et on loue trop souvent les gouvernements selon les effets hasardeux de cette conjoncture. Certes, les gouvernements peuvent créer des emplois par des subventions aux entreprises. Mais ceux-ci ne seront jamais nombreux.

Par contre, les politiques d’austérité ont des effets directs sur l’emploi. Les coupes budgétaires des gouvernements créent un effet de ralentissement généralisé peu propice à la création d’emploi, ce que certains nomment la « trappe de l’austérité ». Or nos derniers gouvernements, tant libéral que péquiste, ont adopté des budgets d’austérité, dont on parle somme toute très peu, et qui continuent à faire des ravages. Pourtant, les deux partis sont incapables de promettre autre chose, tout en se jetant mutuellement le blâme.

Les coupes budgétaires occupent une grande place dans les discours de nos candidats : chacun s’efforce de déterminer quels seront les sacrifices à venir et les postes à couper (alors que l’on vient d’insister sur l’importance de créer des emplois !) Pourtant, rarement présente-t-on des solutions pour aller chercher des revenus. Celles-ci sont pourtant nombreuses : rétablir de nouveaux paliers d’impositions pour les revenus élevés. Exiger une plus grande contribution des entreprises, à la hauteur de celle qu’on retrouve aux Etats-Unis, par exemple. Rétablir une partie de la taxe sur le capital. Combattre les fuites fiscales dans les paradis fiscaux.

Le référendum a soulevé beaucoup d’attention depuis le début de la campagne. Mais nous appartenons toujours bel et bien au Canada et devons subir régulièrement des camouflets du gouvernement Harper. Celui-ci n’est jamais mentionné dans la campagne. Qu’est-ce que nos partis proposent pour compenser les coupes brutales dans les domaines communautaire, culturel, dans l’aide internationale et aux groupes de femmes ? Comment répondre aux lois férocement anti-syndicales proposées par les conservateurs ? Le seul à avoir réagi en ce sens est François Legault de la CAQ… pour annoncer son intention d’imiter les conservateurs !

Le silence des partis équivaut en fait à une approbation des visées libre-échangistes du gouvernement Harper. Personne ne débat de l’accord de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne. Celui-ce transformera considérablement notre économie, en donnant aux multinationales européennes un accès élargi à nos marchés publics, en provoquant une hausse importante du coût des médicaments, en accordant le privilège aux grandes compagnies de poursuivre nos gouvernements par des tribunaux spéciaux, conçus à leur avantage. À l’heure où l’on parle sans cesse de référendum, ne serait-il pas important de discuter de cette perte majeure d’autonomie ?

L’éducation semble une des grandes oubliées de la campagne électorale. Où en sont les débats sur l’accessibilité qui ont bouleversé le Québec en 2012 ? Pourquoi ne parle-t-on pas de l’assurance-qualité, débat majeur en éducation, qui est en train de transformer l’éducation supérieure en un modèle formaté et ouvert à la marchandisation ? La question de l’éducation doit certes aller plus loin que de couper les postes de certains fonctionnaires, comme on l’a entendu pendant le débat des chefs.

Presque rien n’a été dit sur la culture, qui concerne 30 000 artistes répertoriés, 160 000 travailleurs de la culture, et qui contribue si bien à définir notre identité. Comment permettre à ce secteur de mieux respirer, de mieux vivre, de conserver son dynamisme ? Mystère. La déclaration la plus spectaculaire concernant la culture est venue de l’ineffable François Legault qui a eu la brillante idée de couper le financement de l’un de nos artistes les plus admirables et les plus respectés à l’étranger, Robert Lepage.

Il y a bien d’autres choses encore, l’épineux problème du lobbying, les retraites, la destruction de nos forêts et de notre environnement, la surproduction d’électricité, et j’en passe. Mais il faut bien s’arrêter quelque part.

Vous me direz, oui, bien sûr, il y a Québec solidaire, qui ose régulièrement aborder ces questions. Mais on aimerait bien que les deux grands partis qui aspirent à prendre le pouvoir, pétris de bonnes intentions, nous donnent de franches prises de position sur ces sujets.

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