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À la recherche d’une conscience écologique

Denise Proulx, 17 février 2014

À la fin de l’été 2013 un essai québécois, portant sur la nécessaire conscience de l’environnement, est passé sous les radars des médias de masse. L’écologie de la conscience, de son auteur, le philosophe québécois Jean Bédard, n’est pas en effet un ouvrage écrit pour attirer les foules, qui se lit dans un esprit de détente légère.

L’écologie de la conscienceest un livre qui pourtant fait beaucoup de bien à l’âme et à l’esprit. Il donne à espérer que la société écologique prenne son essor et qu’elle finira par rallier tous les humains de la planète à la planète.

Mais la transition vers ce monde meilleur ne sera pas un long fleuve tranquille.

L’humain en crise

L’être humain est actuellement en face d’une crise d’adaptation, écrit-il. Soit qu’il refuse de voir les conséquences sociales et environnementales de ses comportements, soit qu’il en voit les conséquences mais désespère du changement.

En refusant de voir les impacts majeurs de la destruction des écosystèmes de la planète, sommes-nous en train de perdre notre intelligence adaptative ? , se demande Jean Bédard.

Prisonnier d’une servitude volontaire aux lois du marché, les humains supposent que le pouvoir de changer est hors d’eux. Que leurs actions sont insuffisantes pour stopper le rouleau compresseur.

La désobéissance économique

Pour éviter la dépression et le chaos, le philosophe Jean Bérard suggère de « décrocher du train ».

« La désobéissance civile est insuffisante, il faut dorénavant une désobéissance économique, cesser de consommer ce qu’on veut nous faire consommer », confie-t-il en entrevue avec GaïaPresse.

L’auteur de l’essai, fondateur de la ferme écologique SageTerre, au Bic, dans le Bas Saint-Laurent, reconnaît que ce décrochage exige une force morale. Mais, à son avis, c’est par ce mouvement que la conscience se développe et que l’humain se rapproche de la lucidité qui elle, soutient le changement.

Jean Bédard comprend que la personne, si elle veut avancer vers un peu plus de vérité, doit apprendre à voir les choses telles qu’elles sont, sans préjugés optimistes ou pessimistes. Elle doit découvrir que la conscience qui l’habite vibre aussi dans les autres, dans tous les mouvements de changements adaptatifs.À ses yeux, chaque petit geste compte.

Une résistance du capital

Dans sa lecture de l’histoire, le philosophe retrouve que les changements ne sont jamais fait par de grands nombres. Souvent, ils sont l’œuvre d’une à deux personnes très fortement engagées, très fortement capable de se libérer de la servitude économique dans laquelle la société actuelle nous enlise.

Il prévient. Les sociétés ne changent pas. Il ne faut pas s’illusionner que le capital qui domine présentement les marchés économiques et politiques laissera émerger de nouvelles visions du monde.

« Leur pouvoir d’adaptation n’existe plus, car ils n’ont aucun intérêt à court terme à changer ce système devenu structure de production, de commerce et de consommation », dit Jean Bédard.

La Rome des Romains n’a pas changé, souligne-t-il. Pendant que l’Empire romain s’effondrait, le christianisme s’organisait par en dessus.

Mais comment se fera alors la transition de la pensée mécanique (et donc destructivement inadaptée à la vie) à la pensée écologique ?

Crise des médias

Par la communication alternative, souterraine actuellement.

« Ce ( nouveau ) monde développe ses communications en marge, ses relations, ses liens. Alors là-haut, dans les sphères de ceux qui occupent la radio, la télévision et les journaux, on n’a aucune idée de ce qui se passe », voit-il avec lucidité.

Quand ce système de communication va émerger, les gens vont être surpris de constater jusqu’à quel point le monde leur a échappé. Actuellement, nous sommes dans une période où il y a deux mondes qui se confrontent », dit l’auteur.

Un monde en émergence

Il observe que la société écologique est en construction. Jean Bédard est optimiste. Parce qu’un nombre croissant d’humains comprennent que l’univers ne fonctionne pas comme un mécanisme, mais comme un organisme intelligent et conscient, rempli d’écosystèmes d’écosystèmes, bien plus grand et bien plus sage que nous. Cette philosophie est une hérésie pour la culture mécaniste, souvent confondue avec la modernité.

« Cet optimiste me vient de ce que la conscience est constitutive de la vie, elle est sa force d’adaptation. Nos actions mécaniques ne peuvent être qu’un durcissement temporaire dans la fluidité du temps et de la vie », propose-t-il.


Source : Gaïa Presse