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Devant nous le chaos

Immanuel WALLERSTEIN, 7 août 2003

L’administration Bush a le vent dans les voiles avec la conquête de l’Irak. Elle pense avoir le champ livre et agira probablement en conséquence. Il est normal que les faucons du Pentagone, qui disent depuis longtemps que la solution est dans un militarisme accru, se sentent confortés dans leur thèse. Il est également normal que les adversaires de l’impérialisme américain se sentent démoralisés devant les succès apparents des USA. J’estime toutefois que ces deux réactions sont erronées et ne parviennent pas à saisir ce qui se produit sur la scène géopolitique.

Je veux démontrer cela par une analyse sur trois périodes : l’apogée de l’hégémonie américaine après la guerre de 1945 à 1967-73 ; le déclin de 1967-73 à 2001 ; et l’étape qui se profile devant nous. Dans chaque période, je distinguerai trois axes : les luttes internes et la compétition entre les principaux lieux d’accumulation de l’économie-monde capitaliste ; le conflit Nord - Sud ; et la bataille pour déterminer le système-monde de l’avenir, entre deux groupes que je qualifierai métaphoriquement du camp de Davos et du camp de Porto Alegre.

Durant la période entre 1945 et 1967-73, les USA ont constitué sans équivoque la puissance hégémonique dans le système-monde, grâce à une combinaison d’avantages économiques, militaires, politiques et culturels surpassant ceux de tous les autres États. A la fin de la deuxième guerre mondiale, les USA étaient la seule puissance industrielle ayant échappé à la destruction de la guerre et ils avaient augmenté de manière significative leurs capacités productives, bien au-delà des niveaux d’avant-guerre. Les firmes américaines pouvaient produire des marchandises plus efficacement que leurs compétiteurs et donc pénétrer tous les marchés. La situation était à ce point inégale que les USA ont du entreprendre la reconstruction économique de l’Europe occidentale et du Japon pour se construire une base mondiale adéquate de consommateurs.

Cette supériorité économique était combinée avec la puissance militaire. Après 1945, l’opinion publique américaine était en faveur d’une réduction des forces armées, du retour des soldats américains aux USA. Mais les États-Unis possédaient les armes atomiques et étaient capables de les lancer partout dans le monde. Il y avait bien sûr une autre puissance disposant d’armes importantes, y compris atomiques, soit l’URSS. Aussi les USA favorisèrent un pactole. A travers les accords de Yalta et d’autres ententes, le pactole en question contenait trois clauses principales : (1) maintien du statu quo en Europe et des frontières établies par les forces américaines et soviétiques en 1945 ; (2) le cloisonnement économique des deux zones ; (3) la liberté de se dénoncer mutuellement.

Ces clauses furent à peu près respectés jusque dans les années 1980 et même dans une certaine mesure jusqu’à l’effondrement de l’Union soviétique. Certes le statu quo fut fragilisé lors du blocus de Berlin en 1949, mais il fut en fait réaffirmé à la sortie de cette crise. Subséquemment, les USA se sont abstenus d’appuyer les révoltes dans la zone soviétique, autrement que d’une manière rhétorique. L’URSS pour sa part ne positionna aucune troupe en Yougoslavie ou en Albanie, deux pays qui firent rupture avec elle et ces deux États acquirent un statut de neutralité respecté par les deux superpuissances. Au sujet de la Corée où les accords de Yalta n’étaient pas tout à fait clairs, le résultat de la guerre, néanmoins, remit les choses exactement où elles étaient au point de départ, avec deux Corés divisées et alignées sur leur allié respectif. Le cloisonnement économique d’autre part, demeura en vigueur jusqu’en 1973. Seule la rhétorique de la guerre froide donnait l’impression qu’une lutte sérieuse était en cours entre les deux géants. A distance, cela semble en fait une sorte de chorégraphie destinée à maintenir le système en place.

Politiquement, les accords de Yalta ont permis aux deux côtés de se structurer une coterie d’alliés. On qualifiait ces États du côté soviétique de « satellites ». Les clients des USA, l’Europe, les pays membres de l’OTAN et en Asie, le Japon, la Corée du Sud et Taiwan, n’étaient pas moins à la merci de Washington. New York devint le centre international de l’art et d’une culture de masse de plus en plus américanisée. En matière de domination idéologique, le concept de « monde libre » avait le même effet que celui du « camp socialiste ».

Au Nord, les USA pouvaient imposer leurs volontés tant sur leurs compétiteurs capitalistes que sur le rival soviétique avec plus ou moins un taux de succès de 95%. C’est ce qu’on appelle l’hégémonie. Le seul grain de sable dans la machine était une certaine résistance au Sud. En théorie, les USA préconisaient le « développement » et la libération du joug colonial ; l’URSS chantait la même chanson, en termes plus agressifs. Mais en pratique, aucune des deux superpuissances n’était empressée d’atteindre ces objectifs et les peuples du Sud furent laissés à eux-mêmes pour avancer leurs propres causes avec divers degrés d’énergie et de militantisme. Il y eut donc des luttes dures et célèbres, en Chine, au Vietnam, à Cuba et en Algérie, à l’extérieur du cadre établi par Yalta. Les USA firent ce qui était possible pour réprimer ces mouvements et cela leur valut d’importants succès, contre le gouvernement Arbenz au Guatémala, contre celui de Mossadegh en Iran, entre autres. Mais le Nord dut enregistrer d’importantes défaites, l’URSS en Chine, la France en Algérie, les USA à Cuba , la France d’abord et les USA ensuite au Vietnam. L’Occident comme l’URSS furent forcés de s’adapter à ces réalités, d’absorber ces évènements dans leur « grille » et de tenter de coopter les nouveaux régimes, de façon à limiter leur impact sur la scène géopolitique et l’économie mondiale. Le résultat de cette lutte de classe à l’échelle mondiale fut en quelque sorte une partie nulle. D’une part, le sentiment anti-systémique connut une croissance à travers le monde, surtout au Sud, ce qui eut un effet triomphaliste. D’autre part, cette éruption allait se consommer elle-même, devant le Nord qui su faire assez de concessions aux principales revendications pour affaiblir le mouvement.

Le long déclin

Durant la période 1967-1973, les trente glorieuses arrivèrent à terme et l’économie-monde entra dans une phase de longue durée comme l’avait prévu Kondratieff (la phase B). La cause probablement la plus importante fut la croissance économique de l’Europe occidentale et du Japon, ce qui produisit une surproduction dans les principale industries des puissances développées. Politiquement et culturellement, l’insurrection de 1968, en fait de 1966 à 1970, représenta un défi global à la période précédente. Celle-ci fut catalysée par la résistance à l’hégémonie américaine, ainsi qu’une rupture avec l’ancien mouvement anti-systémique. Sur le terrain militaire, l’offensive vietnamienne du Têt en février 1968 sonna le début de la fin de l’intervention américaine dans ce pays. Il y eut bien sûr cinq terribles années de plus avant que les USA ne se retirent du Vietnam, mais au bout de la ligne, les faits étaient clairs : les USA avaient perdu la guerre contre une petite nation du tiers-monde. Ces trois facteurs, le début de la crise de l’économie-monde, l’insurrection de 1968 et la défaite américaine au Vietnam eurent pour effet de transformer la scène géopolitique et marquèrent le début du déclin de l’hégémonie américaine. Les USA n’étaient plus en mesure d’atteindre leurs objectifs avec un taux de succès de 95%, même au Nord. Certes, on parle ici d’un déclin prolongé, pas d’une implosion soudaine.

Les aspects économiques de cette situation sont compréhensibles en examinant les caractéristiques de la phase B de Kondratieff :

- Le déclin de la profitabilité des entreprises productives, surtout celles qui avaient été les plus profitables, et un réalignement conséquent des capitalistes vers le secteur de la finance spéculative s’éloignant de la sphère de la production
- La fuite des entreprises dont les profits sont en chute, puisque les avantages monopolistiques dont elles disposent disparaissent, des zones centrales vers les pays « en développement » semi-périphériques, où les salaires sont bas même si les coûts d’opération sont élevés.
- Une augmentation significative du chômage et donc un effort important des principaux lieux d’accumulation pour « s’exporter » le chômage de l’un à l’autre, de façon à minimiser les coûts politiques.

Tout cela est survenu. Les évènements spectaculaires qu’on a connu depuis n’étaient pas les causes, mais les conséquences comme la crise liée à l’augmentation des prix du pétrole en 1973 et en 1979, la crise de la dette, notamment dans le tiers monde et le bloc socialiste, puis plus tard du gouvernement américain, des corporations transnationales (début des années 1990) et des consommateurs américains (fin des années 1990), les dévaluations des monnaies en Asie de l’Est, le surendettement accéléré par l’administration Bush actuelle. Pour ce qui en est de la situation comparative des principaux lieux d’accumulation, l’Europe a bien fait dans les années 1970, le Japon dans les années 1980 et les USA dans les années 1990. Par contre, tous ont connu une évolution négative depuis l’an 2000. Dans le reste du monde, la promesse du « développement » promue activement et optimistement depuis plusieurs décennies s’est révélée un mirage, au moins pour la grande majorité des États.

Politiquement, l’ordre mis en place par les USA a commencé à se désintégrer. L’Europe occidentale et le Japon ont décidé d’arrêter des satellites, en proposant de devenir des partenaires. Les USA ont tenté de les apaiser avec de nouvelle structures, la Commission trilatérale ou le G-7. Ils ont insisté pour maintenir la cohésion du « monde libre » contre la « menace » soviétique, et contre le Sud émergent. Et ils ont réussi partiellement à convaincre ces puissances. Entre-temps, la zone soviétique a commencé de se fragmenter avec l’essor spectaculaire de Solidarnosc en Pologne et les réformes de Gorbatchev. La désintégration a été accélérée par l’effondrement du développementisme, en parallèle avec les échecs dans le tiers-monde, se faisant, révélant que les États du bloc de l’Est étaient toujours demeurés périphériques ou semipéripériques dans le cadre de l’économie-monde capitaliste. Dans le Sud, la position affaiblie des USA et de l’URSS a semblé pour un temps créer un espace pour résoudre certains conflits en Amérique centrale, en Afrique australe et en Asie de l’Est, mais tous ces processus représentaient des compromis politiques.

Le mouvement révolutionnaire de 1968 et l’effondrement du développementisme durant la phase B de Kondratieff ont sérieusement entamé la légitimité morale de l’ancienne gauche, des mouvements anti-systémiques classiques, qui n’avaient maintenant plus à offrir qu’un vague électoralisme défensif. Leurs successeurs, les divers maoïsmes et ladite nouvelle gauche, les Verts, les féministes et d’autres mouvements à base identitaire ont eu des impacts importants mais brefs dans divers pays. Ils ont échoué à acquérir une centralisé dramatique, à l’échelle nationale ou internationale, du moins en comparaison avec ce que l’ancienne gauche avait réussi à atteindre durant la période d’après guerre.

En termes de lutte de classe à l’échelle mondiale, l’affaiblissement des mouvements anti-systémiques, anciens comme nouveaux, a permis aux forces de l’establishment de lancer une vaste contre-offensive. Cela a pris la forme au début des régimes néolibéralisme en Angleterre et aux USA ; l’essor du dit « consensus de Washington », qui a enterré l’utopie du développementisme pour la remplacer par la globalisation ; et l’expansion vigoureuse du rôle et des activités du FMI, et la Banque mondiale et plus tard, de l’Organisation mondiale du commerce, dont le mandat était de limiter la capacité des États périphériques à interférer dans le flux libre des marchandises et du capital. Cette offensive à l’échelle planétaire a eu trois principaux objectifs : (1) faire reculer le niveau des salaires ; restaurer l’extériorisation des coûts de production en limitant les inquiétudes concernant les impacts écologiques ; (3) réduire le niveau de taxation en démantelant le Welfare State. Au début, ce programme a semblé réussir. Le slogan de Thatcher, « there is no alternative » s’était imposé. À la fin des années 1990 toutefois, cette offensive a atteint ses limites politiques.

Les dévaluations de monnaies à la fin des années 1990 en Asie et au Brésil ont catalysé une nouvelle génération de leaders, Roh en Corée du Sud, Putin en Russie, Megawati en Indonésie, Lula au Brésil, dont la plate-forme électorale ou la performance en termes de gouvernance ont marqué une rupture, au moins partielle, avec les prescriptions de Washington. L’effondrement de la Yougoslavie et de l’URSS ont suscité une longue série de conflits nationaux, d’où les épurations ethniques, l’instabilité chronique et la perte de légitimité pour les USA ou l’Europe occidentale. La dette et les guerres civiles ont paralysé de nombreux États africains. La domination culturelle et idéologique du « camp Davos » a rencontré un mur à Seattle en 1999, lors d’une rencontre inattendue entre les syndicalistes américains réformistes avec une nouvelle gauche, lesquels ont mis l’OMC sur la défensive, et ce jusqu’à maintenant. Le momentum s’est poursuivi par après autour de diverses coalitions de mouvements, catalysées par les rencontres de Porto Alegre, et qui ont réussi à s’imposer comme un pôle alternatif face à Davos. Au moment de l’arrivée à la présidence de Georges W. Bush, la perspective ne semblait pas très bonne pour l’unique superpuissance. Bush tenta de se démarquer de la politique étrangère de Clinton (qui s’inscrivait dans la tradition établie par Nixon) et dont les caractéristiques principales étaient basés sur des efforts pour revamper l’hégémonie américaine en négociant avec de présumés alliés ainsi qu’avec la Russie et la chine, combinés avec l’utilisation sporadique et limitée de la force contre le tiers-monde. La politique étrangère américaine depuis les années 1970 a toujours eu deux objectifs : (1) empêcher l’émergence d’une entité politique européenne indépendance ; (2) maintenir la supériorité militaire américaine en empêchant le Sud de se doter des armes nucléaires. Au début de l’an 2000, il n’était plus évident que ces deux objectifs pouvaient être maintenus.

La guerre sans fin

L’administration Bush d’emblée s’est divisée entre ceux qui voulaient maintenir la politique extérieure des années 1973-2001 et ceux qui estimaient que celle-ci avait été un échec et même plus encore qu’elle avait été la cause, et non le résultat, du relatif déclin de l’hégémonie américaine. Cette faction dure est composée de trois sous-groupes : (1) les néoconservateurs (« neocons »), comme Wolfowitz et Perle ; (2) la droite chrétienne ; (3) et les militaristes classiques, comme le vice-président Cheney et le secrétaire à la défense Rumsfeld. Leurs motifs, priorités et forces sont différents, mais ils constituent un bloc politique relativement soudé. qui partage un certain nombre d’hypothèses :

- Le déclin américain est une réalité, causé par une timidité excessive des gouvernements précédents. Ce déclin peut être renversé par des actions militaires ouvertes, rapides et préventives dans les diverses zones de l’espace géopolitique.
- En dépit des hésitations et même de l’opposition de certaines parties de l’establishment américain, l’opinion publique américaine et les alliés ouest-européens et asiatiques vont se ranger devant la démonstration de force militaire des USA.
- Il faut faire face aux régimes récalcitrants du Sud, par l’intimidation ou si nécessaire, par la conquête.

Les faucons s’entendent aussi sur une autre chose. Ils n’ont jamais convaincu l’administration américaine d’aller aussi loin qu’ils le désiraient. Ils avaient subi maintes frustrations, ils n’étaient même pas sûrs de pouvoir rallier Bush, et ils craignaient que celui-ci suivrait les traces de son père ou de Reagan qui avait eu le malheur, selon eux, de pactiser avec Gorbatchev. C’est dans ce contexte que les évènements du 11 septembre ont été le miracle qui a tout fait basculer. Bush s’est rallié à leur camp, en partie parce qu’un président qui annonce une campagne sans fin contre le « terrorisme » garantit son avenir politique. La force militaire a été relégitimisée contre un ennemi ultra-faible, les Talibans, dans une opération qui a pu bénéficier d’un immense appui mondial. Par après, les faucons ont pensé qu’ils pouvaient continuer sur l’Irak. Ils savaient que ce serait plus difficile politiquement, mais il savaient aussi que la fenêtre d’opportunités ne resterait pas ouverte éternellement, non seulement pour la conquête de Bagdad, mais pour la mise en place de leur programme géopolitique dans son entièreté.

Les faucons ont tout de suite rencontré de grandes difficultés. Au début, ce sont des vétérans de l’administration Bush-père qui ont insisté pour une approche multilatérale. Mais les espoirs des faucons se sont matérialisés par la suite. La France a annoncé qu’elle imposerait son veto contre une deuxième résolution du Conseil de sécurité de l’ONU permettant l’utilisation de la force, et ceci fut appuyé par l’Allemagne et la Russie, d’où l’humiliation américaine de mars 2003 lorsque la majorité des pays membres du Conseil de sécurité, en dépit des immenses pressions, refusa la résolution américaine. Puis le 15 février 2003, le camp de Porto Alegre envahit les rues du monde entier dans une série de manifestations sans précédent dans l’histoire. Enfin, le fidèle allié turc se désista en dépit des pressions et des milliards que lui promettait Washington. Ainsi, l’invasion de l’Irak s’est concrétisée et le régime de Saddam Hussein, comme prévu, s’est effondré. Rumsfeld et Powell menacent maintenant d’autres pays du Moyen-Orient, de l’Asie et même d’Amérique latine. Ils pensent que leur jeu a fonctionné et que l’hégémonie américaine a été restaurée. Ils parlent ouvertement, sans gêne, du rôle impérial des USA. Mais ont-ils réussi à intimider les autres ?

Je ne le pense pas. Nous entrons donc dans une période de grande incertitude et dans les moments d’anarchie systémique comme maintenant, tout peut arriver. Les tendances lourdes me semblent les suivantes :

- L’actuel gouvernement US est engagé dans une politique extérieure unilatérale et agressive.
- L’intégration européenne va continuer, avec beaucoup de difficultés et l’Europe va se distancier des USA.
- La Chine, la Corée et le Japon vont se rapprocher, un projet encore plus compliqué que celui de l’Europe mais d’une importance géopolitique énorme.
- La prolifération nucléaire dans le sud va continuer de s’étendre.
- Le mandat impérial assumé par les USA va miner sa légitimité morale dans le système-monde.
- Le cap de Porto Alegre va se renforcer et devenir plus militant.
- Le camp de Davos se divisera de plus en plus entre ceux qui veule négocier avec le camp de Porto Alegre et ceux qui veulent le détruire.
- Les USA vont regretter la tempête qu’ils ont déclenchée en Irak.

Nous sommes entrés dans une ère de transition anarchique, d’un système-monde à un autre. Comme dans d’autres périodes de ce type, personne ne contrôle complètement la situation, surtout pas une puissance hégémonique déclinante comme les USA. Les défenseurs de l’empire américain pensent qu’ils ont le vent dans les voiles, les vents en fait soufflent dans toutes les directions à la fois et le vrai problème, pour tous les bateaux, est d’éviter le naufrage. La possibilité que cette transition aboutisse à un ordre plus égalitaire et démocratique est totalement incertaine. Chose certaine, le monde qui émerge de cette anarchie sera la conséquence de nos actions, collectives et concrètes, dans les décennies à venir.

(Traduction fasite à partir du texte publié en anglais dans New Left review, no..22 juillet 2003)


L’auteur est du Fernand Braudel Center, Bighampton University à New York.