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Les Jeux olympiques de Sotchi battent déjà le record du dégât écologique

Andrea Barolini, 3 février 2014

D’ici quelques jours, le coup d’envoi des Jeux Olympiques d’hiver sera donné en Russie. Mais la ville de Sotchi, au climat méditerranéen, n’est pas propice à de tels jeux. Dont la tenue n’est possible qu’à un prix environnemental et humain très élevé.

Il suffit de taper le nom de la ville qui va héberger les prochains JO pour s’apercevoir qu’elle est située à l’extrémité sud de la Russie, entre la mer Caspienne et la mer Noire. Et pour obtenir des belles images de plages, palmiers, baigneurs en plein soleil.

Eh bien oui, vous avez bien compris : c’est la mer. Et il ne s’agit pas de la mer glaciale de Barents, celle de l’océan Arctique, délimitée par la mer de Norvège, les îles Svalbard et la Russie occidentale, mais de la mer de Noire, au climat méditerranéen.

Sotchi, ville d’environ 370.000 habitants, est une station balnéaire très renommée. Le premier à avoir compris les potentialités maritimes et touristiques de cette ville fut Joseph Staline qui, à partir des années 1930, avait lancé son développement vigoureux. Aujourd’hui la ville est considérée comme la « Riviera du Caucase ».

Il est donc difficile d’imaginer qu’elle puisse vraiment héberger une compétition de sport d’hiver : c’est comme si la France avait proposé d’organiser les Jeux d’hiver de 2020 en Corse. Certes, on peut le faire. Mais à quel prix économique et environnemental ?

Quelques chiffres : environ six mille athlètes et accompagnateurs de plus de quatre-vingt-dix pays sont attendus en Russie. Ils animeront ski, luge, patinage, bob, hockey, biathlon et curling (le Comité International Olympique, CIO, a décidé d’inclure six nouvelles disciplines au programme).

Et, en effet, Sotchi a déjà atteint son premier record : avec 36 milliards d’euros dépensés, la facture est la plus lourde de l’histoire des Jeux olympiques d’hiver. Lors que l’édition 2010 de Vancouver, en Canada, n’avait pas dépassé les 1,4 milliards d’euros.

Ne pas lésiner sur les coûts résulte de la volonté du président russe Vladimir Poutine de faire des J.O. un événement à la fois sportif et politique. Pour le Kremlin, Sotchi est une opération de prestige pour son pays et sa présidence. Le sport est un dérivatif efficace aux soucis du régime : Moscou a déjà organisé les championnats du monde d’athlétisme, en août. Et la Russie attend d’héberger la Coupe du Monde de football de 2018.

Sotchi a été presenté comme l’événement le plus important depuis la chute de l’Union soviétique. Comme il n’existait quasiment aucun équipement sportif hivernal, la plupart des infrastructures ont été édifiées de zéro. Et aux stades et tremplins ont été ajoutés de nombreux hôtels, resorts et restaurants.

Le « parc olympique » se partagera entre la ville maritime et le lieu choisi comme domaine de ski, Krasnaïa Poliana, situé à soixante kilomètres, avec une capacité totale de 75.000 spectateurs.

A Sotchi, le nouveau stade Fisht, de 40.000 places, ne sera utilisé que pour les cérémonies d’ouverture, de clôture et de remises de médailles. Le gouvernement a assuré que la structure sera ensuite utilisée pour les matchs de l’équipe nationale de football à l’occasion de la Coupe du monde du 2018.

A quoi s’ajouteront deux arènes pour le hockey sur glace (la « Bolchoï » et la « Shaïba »), un centre pour le curling (dénommé « Ice Club »), un stade pour le patinage de vitesse (« Adler Arena ») et un palais pour le patinage artistique (« Iceberg »).

Cela a impliqué des travaux gigantesques, qui ont été menés par des milliers de travailleurs, surtout étrangers : selon Amnesty international, les cas de sous-paiement, d’absence de contrat de travail, de non-respect des normes de sécurité ont été très nombreux, les passeports de certains ouvriers auraient été même confisqués.

Malgré le torrent d’argent déversé et l’exploitation des travailleurs, les travaux ont été menés très rapidement, ce qui ne garantirait pas un niveau suffisant de sécurité. La stabilité du tremplin de saut à ski serait, par exemple, sous la menace permanente d’un glissement de terrain : « Ce n’est pas bien de bâtir de telles infrastructures dans un délai si court. La qualité sera forcément mauvaise et on en paiera les conséquences », a expliqué au Figaro un écologiste local, Vladimir Kimaev.

En outre des associations environnementalistes ont dénoncé une véritable métamorphose des lieux qui seront le théâtre des J.O. L’association WWF fustige la mauvaise qualité des études d’impact sur l’environnement. Quant aux espèces rares et menacées qui risquent de ne pas survivre à cause des changements de l’écosystème local, la société publique Olympstroy, qui gère l’ensemble des travaux des sites olympiques, a déclaré que « plus de 55 000 plants d’espèces rares et menacées ont été replantés en 2012 dans le parc national de Sotchi. La compensation s’élève à trois pour un ».

Mais pour Mikhail Kreindlin, expert en zones protégées de Greenpeace, « cela n’est que du greenwashing. Il est impossible de reproduire le même écosystème. Les conditions naturelles originelles et complexes ont été transformées ».

Les préoccupations des environnementalistes se sont concentrées en montagne. Pour garantir l’enneigement pendent les Jeux, les Russes ont créé une nouvelle station de ski, mais le climat n’est pas favorable à la neige : à Sotchi les températures ont du mal à descendre en dessous de zéro, tandis qu’en été elles atteignent les 26-28 dégrées en moyenne.

Pour « combattre » le climat les organisateurs ont dû recouvrir la montagne avec 500.000 mètres cubes de poudre blanche, de façon à limiter à 40% la fonte naturelle de la neige. Malgré cette intervention massive, la neige pourrait n’être pas assez abondante. Aussi, à Krasnaïa Poliana, ont été aussi stockés 2,5 millions de mètres cubes de glace, alimentés par deux lacs artificiels et prêts à être utilisés par une « armée » de canons trois fois plus puissants par rapport à ceux qui sont déployés sur les Alpes.

Dévastation de l’environnement, droits des travailleurs bafoués, gaspillage de l’argent public : a-t-on vraiment besoin des Jeux olympiques ?

Le changement climatique condamne les Jeux olympiques d’hiver

Ces Jeux d’hiver de la démesure seront probablement de plus en plus inévitables dans le futur à cause du réchauffement climatique. Selon une étude de l’université canadienne de Waterloo et du Management Center de Innsbruck, en Autriche, seuls onze des dix-neuf précédents sites olympiques pourraient accueillir les Jeux dans les prochaines décennies.

Sotchi, mais aussi Garmisch-Partenkirchen (Allemagne), Grenoble et Chamonix (France), sont en fait menacées par le changement du climat. Les chercheurs ont imaginé plusieurs scénarios, en 2050 et en 2080, avec des différents niveaux d’émissions de gaz à effet de serre : même selon l’hypothèse la plus optimiste, les quatre villes ne pourront pas imaginer de présenter une nouvelle candidature. Tandis que la Squaw Valley (États-Unis), Vancouver (Canada), Sarajevo (Bosnie-Herzégovine) et Oslo (Norvège) sont considérées à haut risque.

L’étude explique en fait que les températures diurnes moyennes en février ont augmenté, dans les villes concernées, de 0,4 °C à l’occasion des jeux des années 1920 à 1950, et jusqu’à 3,1 °C lors des jeux des années 1960 à 1990. Pour atteindre 7,8 °C au XXIème siècle.

Avec cette augmentation, « un nombre toujours plus petit de régions traditionnellement connues pour les sports d’hiver pourront présenter leur candidatures pour les Jeux Olympiques d’hiver », a expliqué à l’Huffington Post Daniel Scott, l’un des auteurs de l’étude.

Le résultat sera que, en 2080, les seules villes qui pourront résister au changement climatique et être encore en mesure d’héberger (à des coûts raisonnables) les JO d’hiver seront Albertville (France), Calgary (Canada), Cortina d’Ampezzo (Italie), St. Moritz (Suisse), Salt Lake City (Etats-Unis) et Sapporo (Japon).


Voir en ligne : Source : Reporterre


Photos :
. Une : Le Figaro
. plage : Sochi.ru
. Infrastructures : Sotchi 2014
. travaux en montagne : Novosti
. canons à neige : Alya express
. climat et Jeux Olympiques : Cwf-fcf