Journal des Alternatives Alternatives - Alternatives est une organisation de solidarité qui œuvre pour la justice et l’équité au Québec, au Canada et ailleurs dans le monde Page d'accueil du Journal des Alternatives

<p>Partenaires</p>

Nouvelle politique du Parti québécois sur l'itinérance, un projet sûr ?

Simon Mauvieux, Simon Paré, 1er février 2014


Le Parti québécois (PQ) a annoncé vouloir se doter en 2014 d’une politique visant à créer plus de logements sociaux, à recueillir des données actualisées sur le phénomène de l’itinérance au Québec, ainsi qu’à tenir en compte de la chronicité des maladies physiques et mentales affectant cette population. Une telle politique paraît primordiale, alors que le nombre d’itinérants ne cesse d’augmenter : s’ils étaient 12 000 à Montréal il y a vingt ans, ils sont aujourd’hui 30 000. Or, le PQ ne révélera pas sa nouvelle politique sur l’itinérance fin janvier, tel que prévu.

Dans le Café Mission, de l’organisme communautaire La Mission Old Brewery (OBM) situé sur le Boulevard Saint-Laurent à Montréal, des gens entrent, sortent, discutent. L’organisme qui le chapeaute est l’un des trois principaux refuges pour personnes en situation d’itinérance de l’Île de Montréal. Le café accueille les itinérants pendant la semaine, leur sert des repas, leur propose des lits ainsi que l’accès à des ordinateurs. Ambiance bon enfant, certains discutent, rigolent, tandis que d’autres lisent, dans leurs bulles.

L’endroit permet de saisir la complexité et la diversité des individus touchés par l’itinérance. Il y a des jeunes, des vieux, beaucoup ont plus de 50 ans. La nuit tombée, certains ont la chance de se trouver un lit ; d’autres, devant la surcharge du dortoir, n’ont d’autre choix que de dormir par terre. Il existe huit refuges comme celui-ci à Montréal, mais tous sont saturés du soir au matin durant la période hivernale.

Sylvain Gosselin est dans la rue depuis 20 ans et fréquente souvent le Café Mission. Lorsqu’on évoque la nouvelle politique du PQ, il acquiesce, sans grande conviction. « Tous les ans on entend parler d’une nouvelle politique contre l’itinérance, et tous les ans, rien ne change », dit-il.

Encore faut-il savoir où investir. Le maire Denis Coderre a entamé plus tôt cette année des discussions avec Québec afin de débloquer 10 millions de dollars pour lutter contre l’itinérance à Montréal. Toutefois, pour Sylvain, la priorité devrait être l’accessibilité au logement pour les personnes en situation d’itinérance. L’homme se dit dégoûté face à la multiplication des condos en ville, notamment dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, tandis qu’on peine à construire de nouveaux logements sociaux. « Sans logement, on n’a rien, on ne peut pas se réinsérer, explique-t-il. Il y a pleins d’endroits où on pourrait habiter pendant juste un an, le temps de se ré-acclimater à la société, trouver un job, puis pouvoir se loger à nos propres frais et redevenir autonomes ».

Plus que des refuges, Sylvain aimerait voir mettre sur pied des logements supervisés avec des séjours à moyen terme, comme c’est le cas d’Alternative Centregens, un organisme communautaire de Longueuil. En ce sens, OBM a la même position quele Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), qui se bat et manifeste depuis des années contre les coupures budgétaires dans le logement social et contre la gentrification des zones urbaines montréalaises. D’ailleurs, loger les personnes en situation d’itinérance aurait pour conséquence « de diminuer de 40% le coût qu’ils font encourir à la société », explique Matthew Pearse, directeur général de l’OBM.


La politique reportée

Le PQ se proposerait de reporter sa nouvelle politique sur l’itinérance, soutient Pearse en entrevue au Journal des Alternatives, sans toutefois pouvoir donner d’indications sur ce qu’elle contiendra. L’OBM, comme la Mission Bon Accueil et la Maison du Père, a été consulté par Véronique Hivon, ministre déléguée aux Services sociaux et à la Protection de la jeunesse, quant à la mise en place et à l’orchestration d’un projet de loi sur l’itinérance.

Pour le directeur, ce n’est pas tout que d’obtenir de l’argent supplémentaire, il faut savoir comment bien gérer les montants octroyés. Pour ce faire, il faut savoir ce qu’est devenu le phénomène de l’itinérance. Les individus en situation d’itinérance vont se promener d’une maison de chambres à une autre, vont squatter pour de brefs moments chez des amis ou de la famille, et ce, jusqu’à l’épuisement du réseau social.

En résumé, on ne sait plus où l’on doit investir les fonds parce qu’on ne sait plus qui entre dans la catégorie d’« itinérant ». Par exemple, le phénomène de l’itinérance entraînerait de plus en plus de femmes, moins visibles que les hommes, entre autres parce que la rue représente souvent pour elles trop de menaces. D’autres populations sortent également du stéréotype classique de l’itinérance, comme certains autochtones comme on a pu le voir dans Le Peuple invisible de Richard Desjardins. Selon Matthew Pearse, c’est par l’identification réelle de cette population qu’il faut commencer.

Finalement, il faut continuer d’encourager la réinsertion à l’emploi. À ce propos, le Réseau d’aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM) fait pression sur Ottawa pour continuer de bonifier le programme de Stratégie des partenariats de lutte contre l’itinérance (SPLI). Matthew Pearse croit qu’il serait important qu’il y ait un « plan d’action concerté entre le fédéral et le provincial dans le but de mettre fin à l’itinérance. » Selon le directeur, qui ne cesse de voir entrer et sortir des gens en situation d’itinérance, c’est non seulement souhaitable, mais possible.


Crédit photo : Heart Industry