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CHSLD : LA FIQ PROPOSE UN MODÈLE ALTERNATIF

Maude Messier, 25 janvier 2014

Les auditions publiques de la commission parlementaire abordant les conditions de vie des adultes hébergés en centre d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) ont débuté mardi dernier.

Au total, une quarantaine d’organisations viendront présenter leur mémoire. Déjà, on a été à même d’avoir un portrait peu reluisant des conditions de vie et de soins dans certains établissements.

Joint par l’aut’journal, le vice-président de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), Jean Lacharité, dit craindre que le développement des soins à domicile se fasse au détriment des CHSLD en s’accaparant le financement pour les soins de longue durée.

« L’assurance-autonomie ne doit pas s’inscrire comme un substitut. Le maintien à domicile est louable, mais il ne faut pas oublier que les CHSLD sont un maillon du continuum de soins. Certaines personnes en ont besoin. Il faut s’assurer que ces gens qui ont contribué à la société toute leur vie aient le retour d’ascenseur. C’est une question d’accès à des soins de qualité, de dignité et de respect. »

La centrale est préoccupée par la liste d’attente qui s’allonge alors que le gouvernement diminuait le nombre de lit de 4% entre 2006 et 2011, une situation qui favorise l’émergence de CHSLD privés et d’établissements en partenariats public-privé.

Elle dénonce aussi le fait que le gouvernement confie aux établissements privés des places en hébergement, alors que certaines de ces résidences ne sont pas adaptées pour ce type de soins. Pour la CSN, l’accès universel et gratuit à des CHSLD publics et de qualité est un élément non négociable.

Elle demande au gouvernement de cesser « d’improviser au fil des compressions budgétaires qui se succèdent et de plutôt prévoir un continuum de soins pour les aînés ».

Pour ce faire, l’ensemble des orientations encadrant l’hébergement des personnes aînées doivent être revues. La CSN propose un groupe paritaire pour établir des ratios de personnel adéquats pour « une humanisation des soins offerts » aux résidents des CHSLD ainsi qu’une révision des formations pour répondre aux problèmes liés à l’alourdissement de la clientèle.

De son côté, la FIQ partage un certain nombre de ces constats, mais propose aussi de développer un nouveau modèle d’hébergement, un réseau de « maisons pour aînés dans le secteur privé à but non lucratif, c’est-à-dire des lieux à échelle humaine dans lesquelles les personnes hébergées seront au cœur des décisions qui les concernent et où les professionnelles en soins pourront jouir d’une plus grande autonomie et utiliser leurs capacités à leur plein potentiel. »

En entrevue à l’aut’journal, la présidente de la FIQ, Régine Laurent, explique qu’il s’agirait d’un modèle alternatif d’hébergement pour des personnes requérant un peu plus que des soins à domicile.

« En fait, ce à quoi on réfléchit en ce moment chez-nous, c’est à un modèle qui ressemblerait à une grande maison familiale. C’est l’image qu’on a en tête. »

Un établissement accueillerait moins de 20 personnes, parfois même seulement quelques-unes. Les résidents auraient une grande autonomie quant aux services qu’ils souhaiteraient avoir et aux soins. Mme Laurent évoque même l’idée qu’il y ait un conseil d’administration sur lequel siégeraient bien entendu les résidents.

Les professionnelles en soins auraient une plus grande autonomie dans leur travail. « Il pourrait y avoir des ordonnances collectives. Elles pourraient maximiser leurs compétences, aller au maximum de ce qu’il leur est permis de faire. Elles feraient les suivis, feraient des accompagnements en milieu hospitaliers lorsque nécessaire et s’assureraient du retour le plus rapidement possible dans l’établissement quand c’est possible. »

L’établissement serait en lien avec le milieu communautaire, pour des services ou des activités par exemple.

« Nous réfléchissons à tout ça. Pour le moment, ce qui nous apparaît essentiel, c’est de sortir du carcan des ratios des heures-soins. Il faut penser un modèle de soins qui s’adapte aux patients et non pas l’inverse, comme c’est le cas en ce moment. Par exemple, si quelqu’un décidait de vouloir y mourir, ce serait alors possible et les soins offerts s’y adapteraient en conséquence. Nous souhaitons un modèle d’hébergement où l’on accueillerait des couples aussi. Ça n’a aucun sens de séparer des gens qui vivent ensemble depuis 50 ans ! On veut limiter les séparations, les déménagements. »

La FIQ a d’ailleurs déjà présenté ses idées lors des consultations sur le programme d’assurance-autonomie, sans toutefois recevoir toute l’attention souhaitée. Cette fois, Mme Laurent se réjouit de l’intérêt suscité. « On espère pouvoir aller plus loin avec le ministère. »

Régine Laurent indique que ces réflexions cheminent dans la Fédération sous la coupe d’un comité intersectoriel. Elle précise que ces innovations reçoivent un accueil très favorable auprès des professionnelles en soins que la FIQ représente.

« Elles nous disent bravo. Ce n’est pas le gouvernement qui va proposer ces changements, c’est à nous, comme organisation syndicale représentant ces professionnelles qui côtoient ces patients, de présenter ces pistes de réflexion. »

Régine Laurent, à l’instar de la CSN, s’inquiète de voir une part accrue des places en hébergement glisser vers le privé, payés à même les fonds publics. Elle estime que le modèle auquel la FIQ réfléchit répondrait aux besoins de ces clientèles en plus d’améliorer l’hébergement pour l’ensemble de la population.

Le modèle que propose la FIQ serait entièrement public relativement aux soins et services. Seule la bâtisse pourrait faire l’objet d’un partenariat, avec les municipalités ou des organisations à but non lucratif, par exemple, « mais pas avec le privé lucratif, si je puis dire. On ne veut rien savoir des PPP, l’expérience démontre que ce n’est pas une bonne chose. »


Voir en ligne : L’Aut’Journal


Crédit photo : Cathy Gagnon