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Rob Ford et Edward Snowden

Claude Vaillancourt, 13 janvier 2014

L’année dernière, les hasards de l’actualité nous ont ramené deux figures particulièrement contrastées : Rob Ford et Edward Snowden. En principe rien ne devrait les rapprocher. Mais leur omniprésence médiatique et la fascination qu’ils ont suscitée nous permettent de risquer certains rapprochements.

Rob Ford a tout du parfait repoussoir : arrogant, grossier, au physique ingrat, il a fait voler en éclats la respectabilité qui convient au poste de maire d’une grande ville. Snowden, au contraire, a des airs d’enfant sage, de premier de classe. Il a des comportements réfléchis et un tact qui soulève l’admiration, ce qui lui a permis d’entraîner les plus fracassantes révélations.

Les deux ont commis l’irréparable. Le premier en prenant de mémorables cuites, en fumant du crack mais surtout, en alimentant un véritable feuilleton par ses frasques à répétition. Le second en trahissant le secret auquel le liait son travail.

Leur apport à la société est forcément très différent. Rob Ford, très proche des conservateurs et ami de Jim Flaherty, a appliqué dans sa ville des politiques conservatrices : rogner dans les dépenses, privatiser, faire des pressions à la baisse sur les salaires et les conditions de travail. De tendance libertarienne, il a toutefois été empêché d’aller plus loin dans son programme en devenant son propre ennemi et en attirant toute l’attention sur sa propre personne.

Edward Snowden a quant à lui permis de comprendre jusqu’où pouvait aller la folie de l’espionnage des autorités des États-Unis. Il a révélé une toile invraisemblable, un piège qui attrapait machiavéliquement même les plus précieux alliés. Avec un sens du devoir inespéré, en faisant le sacrifice d’une carrière profitable et sans ennuis, il a préféré sonner l’alarme, avec tous les risques que cela impliquait.

Tous deux n’ont pas fait ce qu’on attendait deux. Mais leur châtiment est sans commune mesure.

Rob Ford est désormais un maire sans pouvoir, mais il reste bel et bien maire, profite à plein de la tribune que cela lui donne, continue à toucher son gros salaire, et se présentera à nouveau aux élections. Être sous le feu des projecteurs semble lui donner un plaisir sans fin, même si c’est pour se couvrir de ridicule.

Edward Snowden est considéré par son propre gouvernement comme un traître et un ennemi public. Inversant une tendance historique, forçant ses compatriotes à fouler leur orgueil, il a trouvé refuge… en Russie ! Aucune clémence à son égard n’est envisagée, même s’il a soulevé des vagues de sympathies à travers le monde.

Les deux personnages ont d’ailleurs un nombre élevé de supporteurs.
Rob Ford dans la « Ford Nation », ces conservateurs acharnés et dogmatiques pour lesquels rester un pur conservateur, authentique et humain, rend acceptables tous les défauts.

Edward Snowden auprès de tous les défenseurs des droits de la personne, du respect de la liberté et de la vie privée, auprès de ceux et celles qui s’inquiètent du pouvoir tentaculaire et paranoïaque de la grande puissance américaine.

Le premier vit confortablement, près des siens, visiblement satisfait de lui.
Le second est exilé et ne sait pas quand le ciel lui tombera sur la tête.

La morale de cette histoire ? Dans ce monde tordu qui est le nôtre, mieux vaut être fanfaron, alcoolique, toxicomane, menteur, mal embouché, mais bien campé à droite, que justicier et préoccupé du sort de l’humanité.

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