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L’aide sociale se fait couper, les tarifs se font hausser

Isabelle L’Héritier, 1er janvier 2014

Le mardi 3 décembre, plus de 200 manifestants ont exprimé haut et fort leur opposition à la hausse de 5,8% des tarifs d’électricité réclamés par la société d’État à compter du 1er avril 2014 devant le siège social d’Hydro-Québec. Le message lancé était clair. Les groupes sociaux n’accepteront pas les mesures d’austérité du gouvernement péquiste et continueront à lutter pour améliorer la situation des moins favorisés de la société.

Pour s’assurer que leur message soit entendu, une quinzaine de militants plus téméraires ont pris d’assaut les bureaux du service à la clientèle d’Hydro-Québec pendant près d’une demi-heure avant d’être expulsés par la sécurité. Dès leur sortie, l’un des militants a affirmé que ce n’était qu’un premier avertissement et que l’action pour contrer cette hausse allait s’intensifier. Les dates restent encore inconnues, mais d’autres manifestations et actions devraient avoir lieu au cours des prochaines semaines.

Tandis que la clientèle résidentielle devrait subir une hausse de 3,4%, la clientèle industrielle verra sa facture s’élever de 2,6 %. Au lieu d’alourdir le fardeau des plus pauvres, Hydro-Québec devrait facturer les mieux nantis, croit Dominique Daigneault, secrétaire générale du Conseil central du Montréal métropolitain-CSN. « Le problème c’est que tout le monde paye le même tarif peut importe leur revenu », affirme-t-elle.

Au cours de l’hiver 2012, 41 500 ménages avaient été débranchés pour non-paiement de leur compte d’électricité. François Saillant, coordonnateur du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), estime qu’avec cette hausse, le nombre de ménages à qui on coupera l’électricité sera d’autant plus important cette année. « Ce sera une fois de plus les pauvres et la classe moyenne qui vont être affectés », dénonce-t-il. Dès sa création, la mission d’Hydro-Québec avait été de fournir à la population québécoise de l’électricité à bas prix. « En ce moment, on est loin de ces beaux principes-là », dénonce Dominique Daigneault. Du même avis, M. Saillant dit être déçu du gouvernement péquiste. « Ce gouvernement nous avait fait des promesses et en plus de ne pas les respecter, ils vont chercher l’argent chez les moins fortunés », dénonce-t-il.

Hydro-Québec justifie cette hausse, la plus importante depuis 20 ans, par la nécessaire compensation des coûts qu’impliquent les nouveaux parcs éoliens, l’indexation du tarif patrimonial d’électricité ainsi que la croissance des réseaux de transport, estime Patrice Lavoie, porte-parole de la société d’État. Afin de démontrer qu’il est possible de percevoir de l’argent autrement que par cette hausse, la Coalition opposée à la tarification et à la privatisation des services publics a déposé un dossier qui présente 19 solutions fiscales alternatives à l’austérité budgétaire. Ces mesures progressistes de contrôle des dépenses permettraient à Québec de percevoir, chaque année, plus de 10 milliards de dollars.

Malgré le dépôt de projet d’Hydro-Québec, la décision finale reste entre les mains de la Régie de l’Énergie. Afin d’entendre les différents points de vue, des audiences publiques relatives à l’établissement des tarifs d’électricité pour l’année tarifaire 2014-2015 se dérouleront du 6 au 20 décembre. Ces audiences ne sont pas ouvertes au public, mais des représentants des consommateurs, de groupes environnementaux, d’Hydro-Québec, de clients industriels et des PME y seront présents. Ils y exprimeront les points de vue de leur milieu respectif. François Saillant du FRAPRU assure qu’il y participera pour défendre les intérêts des ménages moins fortunés, mais croit toutefois qu’il est important que la population continue à affirmer haut et fort son mécontentement vis-à-vis ce projet. La Régie de l’Énergie devrait rendre son verdict à ce sujet vers la fin février.


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