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Réponse au Ministre Blanchet et au gouvernement Marois :

Marie-Eve Doré, 1er janvier 2014


« Renoncer au pétrole créerait un choc économique inacceptable »

Le Devoir, Alexandre Shields, 27-11-13

Selon un article du Devoir (27-11-2013) signé Alexandre Shields et titré « Renoncer au pétrole créerait un choc économique inacceptable », des ministres du gouvernement Marois, le ministre de l’Environnement en tête, insistent sur les bons aspects du projet de la société Enbridge, ajoutant que le développement du transport d’hydrocarbures lourds est cohérent « avec la réduction de notre dépendance aux énergies fossiles. »

Qu’y a-t-il de cohérent dans une telle contradiction ? La seule manière honnête et efficace de se libérer des énergies sales est de développer résolument les énergies propres ! Et l’urgence de le faire n’est plus à démontrer. De plus, il y a actuellement une véritable explosion d’inventions efficaces et rentables mises à notre disposition sur le Web. Tout ce qui manque, c’est la volonté politique !
La ministre déléguée à la politique industrielle, Élaine Zakaïb, a pour sa part déclaré :
« Ensemble, nous devons miser sur une démarche équilibrée pour permettre la croissance de cette industrie tout en assurant de protéger l’environnement et d’en faire bénéficier la population. » Mme Zakaïb ajoute que le but de la commission est, notamment, de faire en sorte que le projet d’Enbridge s’inscrive dans la foulée des principes que le gouvernement a énoncés pour la gestion de la filière pétrolière.
Doit-on comprendre qu’il s’agit d’une opération de relations publiques visant à présenter le cadeau empoisonné, bien emballé dans « l’acceptation sociale » ?
Les ministres, des Ressources naturelles et de l’Environnement, ont tous deux fait miroiter une relance des raffineries québécoises. À croire le dirigeant de Valero, Ross Bayus : « Si le projet d’Enbridge démarre, ce sera du pétrole léger que traitera la raffinerie de Lévis, un produit « de qualité supérieure » (La Presse-27-11-13). M. Bayus ajoute qu’il faudrait investir un milliard de dollars dans les installations pour raffiner du pétrole lourd. « Ce n’est pas dans les cartes », a tranché le président de l’entreprise.

Sachant que la ligne B9 transporterait fort probablement du pétrole lourd (Alberta) en alternance avec du pétrole léger (Dakota, Saskatchewan, Manitoba), qu’inévitablement, les qualités de pétroles se mélangeraient pour former une sorte de soupe d’hydrocarbures, les infrastructures actuelles seraient donc inadéquates pour le traiter. Quels seraient alors les rejets de ces mêmes raffineries ? N’y a-t-il pas un risque d’augmenter la pollution ? En outre, 85% du pétrole transporté proviendrait du schiste de Bakken, extrait par fracturation, dont on voit les torchères depuis l’espace.
Réduire notre dépendance ? Vraiment ?

Par une pirouette intellectuelle, le gouvernement balaie tout soupçon d’incohérence, affirmant par ailleurs, pouvoir diminuer notre dépendance pétrolière de 30% d’ici 2020 et de 60% en 2030. Les moyens pour y arriver n’étant que vaguement précisés, il semble que nous soyons loin de la coupe aux lèvres. Surtout si on se fie aux déclarations du Ministre Blanchet :
« La planète n’est pas en mesure, à très court terme, ni même à court terme, d’être indépendante des produits pétroliers. S’il y a eu des accidents, nous sommes contraints d’apprendre à faire mieux les choses, mais on ne peut pas, demain, s’imposer le choc économique de renoncer au pétrole. »
Traitant les opposants de dogmatiques et d’idéologues, le ministre affirme qu’il ne « permettra pas une « sortie » du pétrole dans les années à venir. »
Est-ce à dire que M. Blanchet cumulerait les tâches de ministre de l’Environnement et celles de lobbyiste pour les pétrolières ? N’y a-t-il pas « conflit d’intérêts » ? Les dés seraient-ils « pipés » comme l’affirme le Dr Khadir, député de Québec Solidaire ? Cela s’est déjà vu, et récemment encore ! Le Dr Khadir exhorte d’ailleurs les députés « écologistes » du gouvernement à être cohérents avec leurs convictions.

Après Kalamazoo : Michigan, 2010 

Les catastrophes environnementales attribuées à Enbridge (plus de 804 déversements, -ex : 3,2 millions de litres dans la rivière Kalamazoo- entre 1999 et 2010 : Institut Polaris) ne sont aucunement contrebalancées par les affirmations de la compagnie, assurant être devenue une « meilleure entreprise ». Il y a de quoi être sceptique ! Surtout après que Enbridge ait refusé de s’engager à partager les résultats des travaux d’excavation déjà réalisés pour le projet de la ligne 9B. Que la décision finale soit entre les mains de l’Office national de l’énergie, et, en bout de ligne, du gouvernement Harper, et ce, aussi tôt que début 2014, ne laissant aucune place pour une « contre-expertise indépendante », n’est pas de nature à rassurer, au contraire.


Voir en ligne : L’article original sur le Devoir


Marie-Eve Doré, A.P.Ri.T.
Association pour la Protection des Riverains et du Territoire