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Bangladesh : les travailleuses et les travailleurs du textile exigent la dignité

Catherine Lussier, 1er décembre 2013

Le 24 avril dernier, l’effondrement de la manufacture de textile de Rana Plaza médiatise à nouveau les conditions de travail dans les nombreux ateliers de misère, aussi appelés « sweatshops », au Bangladesh. Cette tragédie qui a causé plus d’un millier de décès et plus de 2 000 blessés est l’accident le plus meurtrier de l’histoire de l’industrie du textile. En réaction, les travailleurs-ses se mobilisent pour dénoncer l’inaction du gouvernement et d’exiger la reconnaissance de leurs droits.

Au Bangladesh, l’industrie du textile génère des revenus de 20 milliards de dollars par année et emploie environ 4 millions de personnes. L’État bengalais est le deuxième plus grand manufacturier de vêtements au monde, après la Chine. La recherche d’une production rapide à moindre coût engendre le non respect des lois et du droit du travail. L’incident du Rana Plaza en est une très bonne illustration.

Les manquements de l’application de la loi

La matin précédent l’effondrement, la manufacture avait été fermée et évacuée suite à la découverte de fissures sur les murs. La direction a obligé les travailleurs-ses à reprendre le travail sous peine de se voir renvoyé-es, sans tenir compte des risques pour leur sécurité.

Peu de temps après l’incident, Mohammad Sohel Rana, propriétaire de l’immeuble, et huit directeurs et ingénieurs ont été arrêtés pour négligence, construction illégale et pour avoir forcé le retour au travail. M. Rana avait transformé un ancien centre commercial de six étages en manufacture de neuf étages. La structure n’était pas faite pour supporter les vibrations créées par le générateur électrique installé à l’étage supérieur.

Malheureusement, la non-conformité des immeubles n’est pas un phénomène isolé au Bangladesh. Dans des propos rapportés dans un article du Dhaka Tribune, la première ministre Sheikh Hasina a mentionné qu’il y avait une tendance au non-respect du code du bâtiment. Il n’est pas étonnant que M. Rana n’ait pas eu de problèmes avec la justice auparavant, la surveillance étant largement déficiente dans les ateliers de misère.

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Grande mobilisation des travailleurs-ses du textile

Au mois de septembre dernier, des manifestations ont été organisées pour revendiquer de meilleures conditions de travail. Ces dernières ont eu lieu pendant six jours et ont forcé la fermeture de nombreuses usines. Plusieurs dizaines de milliers de salarié-es du textile sont descendu-es dans la rue. Les autorités policières ont ordonné la fermeture d’une centaine d’usines par crainte d’actes de vandalisme.

Leurs revendications principales sont une augmentation de salaire et l’obtention de conditions de travail plus sécuritaires, le salaire minimum étant l’équivalent de 38 dollars américains par mois, soit le plus bas au monde. Les employés demandent 100 dollars américain par mois.

Suite à de nouvelles manifestations au début du mois de novembre, le gouvernement a décidé d’augmenter le salaire minimum mensuel à 68 dollars américains. Un salaire qui est nettement insuffisant et qui répond très mal aux demandes des syndicats, dont Garments Workers Employees League, qui ont appelé à de nouvelles manifestations pour revendiquer le 100 dollars mensuel.

Les conditions de travail sont peu sécuritaires et les usines ne disposent pas toujours d’installations nécessaires pour assurer aux employés une sortie rapide en cas d’urgence. Il n’est pas rare de retrouver des piles de boîtes devant les sorties de secours. Depuis les années 1990, 31 accidents mortels ont eu lieu dans les usines du pays, telle que l’incendie de l’usine Tazreen Fashion en novembre 2012 ou de KTS Textile industrie en février 2006 où les employé-e-s n’ont pas réussi sortir et sont morts asphyxié-e-s. Malgré la ratification de plusieurs conventions sur les droits du travail, ceux-ci ne sont toujours pas respectés par l’État bengalais.

À qui la responsabilité ?

Après l’effondrement du Rana Plaza, un plan national sur la sécurité incendie et l’intégrité des bâtiments a été mis sur pied par le gouvernement bengalais avec la collaboration de l’Organisation Internationale du Travail (OIT). Si les mécanismes qui sont mis en place sont défaillants et trop facilement contournables, rien ne pourra assurer les droits de millions de travailleurs-ses.

Dans les modes de production actuels, la rapidité des commandes ajoutées à la volonté du moindre coût ne peuvent être durables. Les conditions des travailleurs sont diminuées pour répondre aux besoins d’accroissement constant du profit autant des multinationales que des producteurs. Ces derniers sont responsables du respect de droits de des conditions de travail des employé-e-s fabriquant leur marchandise.

Les choix que nous faisons ont impact et ils lancent un message aux compagnies. En s’informant de la provenance des vêtements et en consommant moins, nous disons aux compagnies qu’elles doivent accorder à l’ensemble des travailleurs-ses dans le monde. Il est nécessaire d’exiger des compagnies une meilleure transparence dans le processus de confection des vêtements. Encourager le commerce équitable est une façon de faire des choix conscients quant à nos habitudes de consommation.


Crédits images :
commons.wikimedia.org/wiki/File:2013_savar_building_collapse_-_missing_board.jpg
en.wikipedia.org/wiki/File:Dhaka_Savar_Building_Collapse.jpg