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Un vent de simplicité à l’approche des fêtes

Rémi Léonard, 1er décembre 2013

Le 29 novembre dernier se tenait la Journée sans achat, une occasion de mettre un frein, le temps d’une journée, à un rythme de consommation parfois effréné. Cette pause est observée un peu partout dans le monde après l’Action de grâce des États-Unis et permet un temps de réflexion sur la manière de célébrer la période des fêtes à venir.

L’idée a été lancée en 1992 par le magazine canadien Adbusters, avant de se répandre un peu partout sur la planète. La Journée sans achat est rapidement devenue un « grand événement global » selon Kalle Lasn, rédacteur en chef et co-fondateur du magazine.

Rejoint à Vancouver, il reconnaît que si Adbusters a ouvert la voie, la Journée sans achat est aujourd’hui devenue un mouvement entièrement autonome grâce à tous ceux et celles qui, à l’échelle mondiale, prennent part au mouvement et le portent de plus en plus loin. Faisant un parallèle avec Occupy Wall Street, mouvement dont il est considéré comme l’un des instigateurs, Lasn soutient qu’il s’agit justement de la façon moderne de lancer un mouvement social.

Et chez nous ?

Au Québec, l’Union des consommateurs souligne cette journée depuis une dizaine d’années pour sensibiliser la population à certains enjeux de consommation, explique Philippe Viel, le responsable des communications. La Journée sans achat est selon lui une occasion de parler au public de thèmes comme la surconsommation, le gaspillage et la publicité. « C’est une journée pour rappeler les effets de la consommation sur l’environnement, sur le partage des richesses et sur le budget des familles », explique-t-il.

L’achat n’est en effet que la dernière étape d’un processus de production qui échappe en grande partie au consommateur. Or, c’est aussi à travers l’extraction des ressources nécessaires à la fabrication d’un produit – souvent par une main-d’œuvre bon marché – et le transport de celui-ci que l’on peut vraiment mesurer l’impact d’un geste de consommation. À titre d’exemple, un simple téléphone portable est fabriqué à partir de minéraux non-renouvelables comme le zinc, l’or et le nickel, ainsi que de plastique fait à partir de pétrole.

Idées cadeaux pour la Terre

Philippe Viel croit aussi qu’une telle journée permet de tendre vers « une simplification de nos besoins ». La nécessité d’un tel questionnement quant à notre consommation est également mise de l’avant par le Réseau québécois pour la simplicité volontaire (RQSV), qui organise depuis cinq ans une campagne pour le temps des fêtes, intitulée cette année « Un cadeau pour la Terre ». Lancée le 29 novembre à l’occasion de la Journée sans achat, cette campagne vise à inviter le public à donner des idées et des suggestions directement sur le site web du RQSV afin de fêter Noël différemment, explique Jean-François Boisvert, le responsable du site. « L’objectif est d’amener les gens à partager leurs expériences pour donner des idées aux autres », explique-t-il.

« L’idée n’est pas de dire aux gens : ‘’n’achetez rien pour Noël, ne faites rien à Noël’’ », ajoute-t-il, précisant qu’il s’agit plutôt d’encourager les cadeaux non-matériels, ou encore des cadeaux plus durables. Que ce soit par un échange de service ou par l’utilisation d’objets recyclés comme cadeau, les alternatives ne manquent pas pour s’offrir un Noël exempt de surconsommation, remarque Jean-François Boisvert. « Pourquoi ne pas offrir une rencontre familiale ou un plat concocté avec amour pour Noël ? », suggère quant à lui Philippe Viel.

Un temps de réflexion

Cette abstinence temporaire d’achat permet aussi aux consommateurs de réfléchir sur « la façon dont sont construits les produits et les conditions de travail dans lesquelles ils sont fabriqués », avance Philippe Viel. Il s’agit « d’amener les gens à être un peu plus conscients de leurs gestes de consommation », seconde Jean-François Boisvert. On n’a qu’à penser aux ateliers de tissage du Bangladesh, où sont produits de nombreux vêtements vendus dans les grandes surfaces, et qui étaient largement inconnus du grand public avant que l’un de ces immeubles ne s’effondre en avril dernier, faisant plus de 1000 victimes.

Tout en étant d’abord un mouvement collectif, la Journée sans achat est également « une expérience profondément personnelle » pour ceux qui la vivent, soutient Kalle Lasn. Il compare l’exercice à un sevrage où la dépendance est la consommation. Tout en étant parfois difficile, l’expérience permet à certains de s’affranchir de « l’illusion de liberté » offerte par le capitalisme, qui « peut aussi être un piège », analyse-t-il.

Vendredi noir versus Journée sans achat

Ironiquement, le 29 novembre est aussi la journée du Black Friday, qui est à l’Action de grâce ce que le Boxing Day est à Noël. Ce coup de marketing, devenu véritable tradition aux États-Unis, commence à traverser de ce côté-ci de la frontière. « La Journée sans achat avait été lancée au départ pour faire contrepoids à la folie du Black Friday », explique Jean-François Boisvert. En même temps, le RQSV tente de faire perdurer cet engagement au-delà d’une seule journée par année.

C’est pourquoi Un cadeau pour la Terre se poursuivra jusqu’au 24 décembre. « À Noël on fait des cadeaux pour remercier les gens qu’on aime, alors pourquoi ne pas faire un cadeau à la Terre parce que c’est elle qui nous fournit ce qu’on mange, ce qu’on boit et qui nous héberge », propose Jean-François Boisvert.

Selon lui, l’idée qu’on peut célébrer Noël sans le superflu associé à la surconsommation commence à faire son chemin dans la population. « De plus en plus de personnes apprennent à vivre plus simplement et à réduire leur consommation » appuie Kalle Lasn, qui attribue cette évolution vers une consommation plus responsable à l’émergence au sein de la population d’une nouvelle conscience des impacts de la surconsommation.

D’après le Conseil Québécois du Commerce de Détail, qui produit chaque année un sondage sur le comportement d’achat des Québécois à l’approche de Noël, les ménages dépenseront en moyenne 633$ pour leurs achats des fêtes, soit une baisse de 6% par rapport à l’année dernière. Depuis 2007, la tendance est toutefois plutôt stable avec une moyenne de 659$ par ménage.