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Survivre en cette ère d'austérité

Claude Vaillancourt, 19 novembre 2013

Les années d’austérité budgétaire que nous traversons sont dures pour la démocratie.

Nous savons très bien que la démocratie ne consiste pas uniquement à aller voter tous les quatre ans pour un gouvernement qui fera ce qu’il voudra une fois élu. Elle doit aussi s’équilibrer par des contre-pouvoirs qui ramènent les parlementaires à l’ordre quand il le faut.

Or ces contre-pouvoirs sont de plus en plus affaiblis. « Nous n’avons plus les moyens », disent nos élus. Alors on coupe. Dans les organisations féministes, écologistes. Dans celles qui protègent les droits. Dans la culture. Dans la recherche.

Et on sait très bien que ces compressions ont des avantages collatéraux pour le pouvoir politique : il devient plus facile de gouverner sans ceux et celles qui pensent autrement qu’en fonction de l’intérêt des plus riches.

Stephen Harper s’est fait le champion toutes catégories des compressions sauvages. Il ne se gêne d’ailleurs pas pour dire qu’il coupe les vivre à ceux qui ne partagent pas ses opinions. Sa stratégie du contrôle absolu de l’information est d’une grande limpidité : son gouvernement tire sa légitimité de sa majorité au Parlement (même s’il n’a été élu que par 39,6% des voix). Tous ceux qui osent parler contre lui sont des adversaires : journalistes, artistes, chercheurs, militants. Raisonnant comme un chef autoritariste, il trouve convenable de prendre les moyens pour les faire taire.

D’ici une éventuelle défaite électorale, ce gouvernement aura éliminé, affaibli, détruit sans le moindre remords tant d’organisations et de mécanismes nécessaires au bon fonctionnement de la démocratie, qu’il faudra de longues années avant de s’en remettre complètement — si on y parvient un jour...

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Mais ce gouvernement n’est pas le seul, loin de là, à s’attaquer aux contre-pouvoirs embarrassants. On se rappelle que lorsqu’il était ministre libéral du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs, Thomas Mulcair avait réduit dramatiquement le financement des groupes écologistes. Et cela, au moment où les Libéraux allaient se lancer dans l’exploitation sans contraintes — et polluante — des ressources naturelles.

Le financement des groupes communautaires, dont ceux qui se consacrent à la défense des droits, a longtemps stagné, alors que la demande croissait considérablement. Jusqu’à ce que la ministre Agnès Maltais, qui avait une grosse tare à se faire pardonner, annonce enfin un soutien de 162 millions de dollars de plus sur trois ans.

Si bien que de nombreuses organisations se demandent tout simplement comment survivre dans des temps si difficiles, alors que les revenus manquent et que certains s’en réjouissent. La lutte pour la survie entraîne les organisations dans une épuisante course à l’argent qui les détourne de leurs véritables objectifs. Alors que les ressources se font rares, celles qui en ont, et dont les valeurs sont à gauche, sont peu nombreuses et se trouvent à subir une sollicitation constante. Comme on ne peut pas donner à tous, il faut faire des choix douloureux.

Pendant ce temps, chez les néolibéraux, l’argent continue de couler à flot. Ce qui permet à des milliardaires de donner plus que généreusement à des groupes extrémistes, comme le Tea Party aux États-Unis, qui s’est doté d’un pouvoir immense et en est venu à faire dérailler le bon fonctionnement du gouvernement américain.

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Ces compressions systématiques, qui ont lieu dans de nombreux pays victimes de mesures d’austérité, arrivent à un bien mauvais moment. Elles atteignent directement les organisations qui osent critiquer le nouvel ordre des choses.
Pourtant, plus que jamais, nous avons besoin de leurs analyses, de leur savoir, de leurs propositions pour contrer des politiques qui n’ont su que nous mener vers la catastrophe et que nos gouvernements sont incapables de changer. C’est parce qu’elles sont nécessaires que ces organisations continuent malgré tout à exister, contre vents et marées.

Elles méritent de notre part tous nos encouragements.

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