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Coopération internationale

« Faut se parler »

Journées québécoises de la solidarité internationale

Isabelle L’Héritier, 3 novembre 2013

« On est 8 millions, faut se parler. » En cette 17e édition des Journées québécoises de la solidarité internationale (JQSI), le cri d’alarme est lancé et il urge d’entreprendre le dialogue face à l’impasse actuelle. Au moment où le gouvernement fédéral prend un virage idéologique et coupe les vivres aux organismes œuvrant en coopération internationale partout au Canada, il est crucial de sensibiliser les populations locales et de donner un nouveau souffle aux initiatives de solidarité internationale. Cette année, les organisations membres de l’Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI) rassembleront leurs énergies en dix jours d’activités et d’échanges sur des enjeux qui touchent la population québécoise : l’économie locale, l’éducation, l’égalité entre les femmes et les hommes, l’environnement, la justice sociale et la santé.

Démystification de la solidarité internationale

« On veut montrer aux Québécois que les organismes de coopération internationale ont des priorités semblables aux leurs », explique Marie Brodeur Gélinas, chargée de programmes à l’AQOCI. Les différentes organisations tenteront de faire tomber les préjugés qui entourent l’aide internationale. « On veut démontrer que ce n’est pas juste des gens qui ont un doctorat en relations internationales dans leur bureau qui réfléchissent à l’avenir de l’humanité. C’est quiconque s’intéresse à ce qui se passe ici et ailleurs dans le monde », déclare Mme Gélinas.

Organismes au bord du gouffre

Depuis les coupes du gouvernement Harper, les réseaux de coopération internationale sont plus que jamais en crise, selon Marie Brodeur Gélinas. Que ce soit à Montréal ou en région, les organisations sont toutes sur la corde raide et vivent dans la peur constante de perdre leurs moyens d’action. Même son de cloche du côté de Marie Stéphanie Duclos, responsable de la mobilisation au Carrefour de solidarité internationale de Sherbrooke : « Avant les coupes du gouvernement canadien, nous coordonnions 11 stages par année, mais maintenant, notre financement a tellement diminué que nous pouvons seulement en organiser 2 à l’international », dénonce-t-elle.

Créée en 1968, l’Agence canadienne de développement international (ACDI) avait toujours été la principale source de financement des organisations de coopération internationale. Peu à peu, cette agence a perdu du galon en raison des coupes budgétaires fédérales. Dès 2007, un comité du Sénat songeait d’ailleurs à l’abolir.

L’ébranlement ultime fût orchestré par le premier ministre Stephen Harper en mars 2013, lorsque le gouvernement fédéral annonça la fusion de l’ACDI et du ministère des Affaires étrangères et du Commerce international, en vue de créer le tout nouveau ministère des Affaires étrangères, du Commerce et du Développement. Plusieurs s’inquiètent que par cette fusion, Stephen Harper tente de couper l’herbe sous le pied des organisations en contrôlant leurs projets et leur financement.

Des activités de sensibilisation pour tous

Du 6 au 16 novembre prochain, les 67 membres de l’Association québécoise des organismes de coopération internationale qui participent aux JQSI organiseront des activités destinées à différents publics cibles. Par exemple, des activités interactives seront mises sur pied dans les écoles afin de sensibiliser les jeunes aux valeurs liées à la coopération internationale. Une école de Sherbrooke accueillera notamment une simulation de l’assemblée générale de l’ONU. Des conférences et des projections de films , tel que le festival du film AlimenTERRE à Québec ou du film La loi de l’eau à Alma, seront aussi organisées pour joindre un public plus large. Des plaidoyers politiques, tel que l’envoi de lettres aux députés régionaux pour une exploitation minière responsable en collaboration avec CSN Estrie, tenteront d’attirer les réseaux plus militants et sensibilisés. Ces activités se tiendront non seulement à Montréal, mais dans 11 régions du Québec.

Des militants du Guatemala, de l’Équateur, du Honduras, du Burkina Faso et du Sénégal participeront aux 10 jours d’activités organisées par le JQSI. Ceux-ci seront tous présents au lancement à Montréal le 7 novembre prochain pour discuter des enjeux qui affectent actuellement leurs pays respectifs.

En s’inspirant de la thématique Faut se parler, l’organisation Développement et paix lancera sa campagne « Une voix pour la justice : faut se parler des compagnies minières canadiennes qui travaillent dans le Sud » et organisera des diners-conférence au cours des JQSI afin de discuter avec des militants guatémaltèques sur la situation minière sur le terrain. Un thème incontournable qui va à l’encontre de la politique économique actuelle du gouvernement Harper.

Vers une Agence québécoise de solidarité internationale

Afin de remédier à la situation au niveau local, le Ministère des Relations internationales et de la francophonie songe à créer une Agence québécoise de solidarité internationale. Reste à voir si cette initiative verra bel et bien le jour et si elle répondra aux besoins actuels des organismes québécois de coopération internationale.

Voir les vidéos des JQSI et de Développement et paix