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Le débat sur le projet de charte des valeurs québécoises polarise l’opinion d’une manière qui nous semble malsaine. La question des signes religieux dits « ostentatoires » prend toute la place, alors que les enjeux fondamentaux sur l’inclusion, l’égalité et la laïcité semblent relégués. Pendant ce temps alors que le Québec est déjà entré dans une période pré-électorale, le gouvernement de même que l’opposition du PLQ et de la CAQ semblent contents de ne pas parler du développement pétrolier sans limites, du territoire donné en pâture aux minières et des coupures dans l’éducation, la santé, l’aide sociale. C’est un très mauvais « consensus » de ces acteurs politiques, alors que la véritable menace contre les communautés est le fétichisme de « l’économie d’abord », comme le disait le slogan électoral du gouvernement de Jean Charest.

Liberté, fraternité, égalité

D’autre part, le débat dans ses formes actuelles devient hargneux, alimenté par certains médias où on voit émerger un nouvel « ennemi », l’islam. Cette idéologie de tout-le-monde-contre-tout-le-monde est efficace en ces temps de précarité, d’incertitudes et de démantèlement des acquis sociaux. En réalité pour la société, la situation de tant d’immigrantEs est un scandale : un taux de chômage qui frappe deux fois plus fort, la non-reconnaissance des diplômes et de l’expérience de travail, l’accès au logement plus difficile, sans compter le mépris, le profilage, l’humiliation. Ce clivage entre « eux » et « nous » est moralement inacceptable et politiquement explosif. C’est comme cela en tout cas que la droite et l’extrême-droite font leurs profits.

Qu’est-ce qui « fait » la société ?

La société est un construit où s’affrontent divers projets. Pour les couches moyennes et populaires, l’impératif reste constant : liberté, fraternité, égalité. La liberté s’incarne dans une démocratie qui ne peut pas être une « demi » démocratie, avec des manipulations et des enveloppes brunes. La fraternité/sororité implique que la solidarité et la coopération sont plus importantes que la compétition. Quant à l’égalité, il faut qu’elle soit substantielle, et pas seulement formelle, qu’elle défonce les clivages de classe, de genre, de race. Ces principes basés sur des valeurs fondamentales impliquent le respect, la tolérance, la dignité, pas tellement parce qu’il faut d’abord et avant tout préserver les « droits individuels », mais pour bâtir le sens commun et une société inclusive. Dans cette construction, la société doit être prête à laisser tomber une partie de ses différences, y compris au niveau de la religion et de la spiritualité. C’est ce qu’on appelle le principe de laïcité qui implique la liberté de conscience, mais en même temps la séparation entre les religions et les outils du vivre-en-commun, dont l’État. Lorsque l’égalité, la liberté, la fraternité ne sont pas respectées, comme cela est le cas dans nos sociétés, on assiste à un « repli » identitaire, le chacun-pour-soi-et-sa-tribu. On en vient à croire que le Québec est « envahi » par les « autres ». De l’autre côté, une minorité d’immigrants en viennent à se rabattre sur des structures définies par l’origine ou la religion, ce qui aggrave la polarisation.

Revenir à l’essentiel

On ne pourra pas replacer le débat sur les vrais enjeux avec les dérives actuelles. Également, on ne pourra pas se limiter à des incantations moralistes appelant à plus de « tolérance », car la question, contrairement à ce qu’en pense une certaine droite « libérale », dépasse les « droits individuels ». C’est encore moins la question des codes vestimentaires dans un contexte où on reste chômeur, qu’on porte ou qu’on ne porte pas le hijab, parce qu’on s’appelle Mamadou ou Fatima. Si l’objectif de la laïcité est noble et nécessaire, il ne peut être atteint sans mener en même temps la bataille pour la citoyenneté et les droits sociaux et économiques. L’idée est donc d’aborder le débat par une approche plus globale, réellement inclusive.

Les signataires de ce texte organisent avec les Nouveaux Cahiers du socialisme un débat public jeudi le 24 octobre à 19h au Pavillon DeSève de l’UQAM (320 Sainte-Catherine est).


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