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Quelques propositions pour les villes

Claude Vaillancourt, 8 octobre 2013

On nous avait annoncé des élections municipales différentes. Avec les tempêtes soulevées par la commission Charbonneau et les révélations scabreuses à la chaîne, on croyait que les Québécois s’intéresseraient plus que jamais à leurs élus municipaux. En espérant pouvoir donner un bon coup de balai.

Pourtant, en observant ce qui se passe un peu partout, les campagnes électorales dans les municipalités nous semblent désespérément ordinaires. Les belles promesses se succèdent, les candidats et candidates se disent plus blancs que neige et rapidement, on passa à autre chose.

On entend toujours l’orage de la commission Charbonneau qui gronde. Mais les cibles de ses audiences sont mouvantes. Et les odeurs nauséabondes de la corruption nous emmènent tantôt vers le Parti libéral, tantôt vers la CAQ, tantôt vers la FTQ, sans qu’on puisse deviner d’où viendront les prochains effluves.

Il faut dire qu’un vrai ménage est difficile à entreprendre. Et pendant qu’on devrait chercher les façons efficaces d’administrer une ville, de la mettre à l’abri des cupides, des mafieux et des escrocs, il y a des nids de poules à réparer et des ordures à ramasser.

On a tout de même fait quelques bons pas dans la lutte contre la corruption, en limitant et en contrôlant plus efficacement les dons faits aux partis politiques. Il est loin le temps où Jean Charest demandait à chacun de ses ministres de recueillir la jolie somme de 100 000$.

L’histoire nous a cependant appris que les lois sont souvent efficaces, mais que la corruption invente aussi de nouveaux moyens pour les contourner. Il faut donc trouver autre chose qui la découragerait à la source. Ce qui est certes beaucoup demander dans une campagne électorale qui a comme premier objectif, pour chaque candidat, d’engranger le plus grand nombre de vote possible…

Rêvons tout de même à quelques propositions. La corruption coûte cher, et il vaudrait la peine d’investir dans des experts, des ingénieurs et des inspecteurs qui permettraient d’évaluer la qualité des appels d’offre et de suivre pas à pas l’évolution des chantiers. Les bénéfices pourraient être considérables.

Mieux que cela : on pourrait réduire les appels d’offre de façon significative. Les travaux seraient surtout accomplis par la ville, replissant une mission de service public, ce qui nous débarrasserait des nombreuses entreprises vautour dont le but principal est d’encaisser de haut profits, payés à même les taxes et les impôts des citoyens — et de les cacher dans les paradis fiscaux lorsqu’ils sont trop élevés.

Pour avoir un véritable contrôle des marchés publics, les villes s’excluraient des accords commerciaux, comme celui avec l’Union européenne, qui les obligent à s’ouvrir à la concurrence étrangère et à engager la firme qui offre le plus bas coût, sans tenir compte d’autres considérations. Elles auraient ainsi moins de pression pour lancer toujours plus d’appels d’offre.

En refusant ces accords, elles empêcheraient la venue de richissimes entreprises étrangères, championnes pour remporter des appels d’offres, aussi tentées que nos mafieux locaux d’aller chercher de toutes les manières la plus grosse part du morceau. Sans ces compagnies, nos villes pourraient offrir un support dynamique à notre économie locale. Elles favoriseraient les bons emplois et protégeraient de façon impeccable l’environnement.

En faisant elles-mêmes les plus grand nombre de travaux, en engageant pour les faire des travailleurs compétents et bien payés, elles couperaient l’herbe sous le pied des magouilleurs. Les économies alimenteraient les salaires, qui permettraient de donner plus généreusement à l’impôt, qui lui-même pourrait diminuer en fin de course, à cause des coûts réduits de travaux sans obligation de profits, d’une contribution plus généralisée et d’une évasion fiscale limitée.

Ainsi, la fonction des élus municipaux serait changée. Ils cesseraient d’être de simples distributeurs de contrats bien juteux qui déclenchent de viles passions. Ils se consacreraient à de beaux projets pour leur ville et leurs électeurs.

Tout cela est trop beau pour être vrai ? Mais ça demeure réalisable, à condition de le vouloir. Vous allez me dire qu’on parle très peu de ces solutions dans les actuelles campagnes électorales dans les villes et qu’à la rigueur, celles-ci ne regardent pas le niveau municipal. Mais observez attentivement ceux qui se présentent. Se pourrait-il que beaucoup d’entre eux, qui se sont épanouis dans le vieux système, n’aient ni l’intérêt, ni le courage, ni même la compréhension des choses, pour souhaiter les changements nécessaires ?

Bon vote tout de même…


À méditer : « L’Histoire enseigne que seul ce type d’État [l’État-providence], et non l’État-gendarme de la période « libérale », est parvenu à des résultats tangibles contre le crime organisé », Jacques de Saint Victor, Un pouvoir invisible, les mafias et la société démocratique XIXe XXIe siècle, Gallimard, 2012.

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