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Militante pour la vie

France-Isabelle LANGLOIS, 12 mars 2012

Nous reproduisons aujourd’hui ce texte paru en le 12 juin 2003 et qui portait sur Mme Madeleine Parent décédée hier. Mme Parent fut parmi les premières à soutenir ouvertement et très souvent l’organisation Alternatives. Nos sympathies vont à la famille mais aussi à toute la mouvance progressiste au Québec.


Née au début du siècle dernier, Madeleine Parent n’a eu de cesse de mener sa vie au nom de la lutte et de la cause. Celle des ouvriers, celle des femmes. Aujourd’hui, elle n’a toujours pas baissé les bras. Elle demeure active. Militante, encore et toujours, envers et contre tout, toujours debout.

En mars 2001, le Programme d’études sur le Québec et le Centre de recherche et d’enseignement sur les femmes de l’Université McGill ont organisé le colloque Madeleine Parent, ses luttes et ses engagements. Les actes du colloque viennent de paraître aux Éditions du remue-ménage sous le titre Madeleine Parent militante. On y retrace ses années d’étudiante, d’organisatrice syndicale, de militante féministe.

En tant que jeune femme francophone inscrite à l’Université McGill à la fin des années 30, déjà, le parcours s’annonçait exceptionnel. Elle s’engage d’abord dans les mouvements étudiants et très vite elle exprime la volonté de devenir organisatrice syndicale. Un fait inusité. « Il est assez inouï que des études entreprises pendant les années 1930 mènent à la profession d’organisatrice syndicale », écrit Andrée Lévesque, spécialiste en histoire ouvrière et des femmes, qui a dirigé l’ouvrage. Celle-ci explique, en entrevue, que ce n’était certainement pas pour cela qu’on entreprenait des études à l’époque, que l’on soit homme ou femme. Les organisateurs syndicaux n’étaient pas des intellectuels, n’avaient pas fait d’études et faisaient partie de la classe ouvrière.

Elle sera aux premiers rangs des grandes grèves des années 40 et 50. Pendant cette période du Québec duplessiste, c’est Madeleine Parent qui, avec Kent Rowley, son compagnon de lutte et de vie, a dirigé les grèves des Ouvriers unis du textile d’Amérique à Valleyfield et Montréal. Les ouvriers de la Dominion Textile de Valleyfield se souviennent toujours de cette grande dame. Lors de la tenue du colloque, « pas mal d’hommes du mouvement syndical de Valleyfield étaient présents », souligne Andrée Lévesque.

Les luttes syndicales des ouvriers du textile mèneront la militante devant les tribunaux. Arrêtée trois fois, elle écopera d’une sentence de deux ans d’emprisonnement. Mais la cause est portée en appel, et ce n’est que quelques années plus tard que se tiendra le deuxième procès. Celui-ci ne durera qu’une demi-heure, faute de preuves.

Les pires rumeurs sont colportées sur elle par la partie patronale. On va « jusqu’à prétendre que Madeleine Parent était une Russe débarquée sur les côtes de la Gaspésie durant la guerre ! » relate l’historienne Denyse Bail-largeon.

Toujours debout

Ce sont là de dures années de lutte, dans un contexte très répressif. Mais Madeleine Parent n’a jamais baissé les bras. Les syndiqués ont fait d’importants acquis pendant cette période, même si certaines luttes ont été de douloureux échecs. À cela, l’organisatrice syndicale répond : « Chaque lutte syndicale enseigne au travailleur comment se battre. Rien n’est jamais complètement perdu. »

En 1953, Madeleine Parent et Kent Rowley partent pour l’Ontario avec la ferme intention de construire un véritable syndicalisme canadien. Le couple fera sa marque dans le mouvement syndical, animé par le nationalisme canadien et un syndicalisme revendicateur qui s’inscrit dans un large mouvement de gauche. Le tout culmine avec la fondation en 1967 de la Confédération des syndicats canadiens. L’empreinte des deux battants est jusqu’à ce jour indélébile.

Après la mort en 1978 de son mari, Mme Parent demeure encore quelques années en Ontario. La militante mène de front luttes ouvrières et luttes féministes. Revenue au Québec, au début des années 80, retirée de la vie active du monde syndical, elle demeure pleinement engagée dans les luttes féministes et pour les droits des femmes autochtones et immigrantes. Elle était présente lors de la Marche des femmes du pain et des roses de 1995 et lors de la Marche mondiale des femmes en 2000. Elle était également à Québec en 2001 lors du Sommet des peuples des Amériques, et elle a manifesté son désaccord à la guerre en Irak cet hiver.

Pour Andrée Lévesque, cette femme incarne « la polyvalence, la détermination ». Elle est « celle qui n’abandonne jamais, celle qui est capable d’affronter et qui affronte ». Et toujours selon l’historienne, si des quelques femmes qui ont été organisatrices syndicales à la même époque, on se souvient surtout de Madeleine Parent, c’est parce qu’elle a toujours été là et continue de l’être, sur plusieurs fronts à la fois.

Si l’on demandait à Mme Parent ce qu’elle voudrait que l’on retienne le plus d’elle, elle répondrait : « La cause, les luttes, ses contacts avec la base. De ne pas se laisser décourager, son intégrité », nous confie Andrée Lévesque qui ajoute que « le militantisme absorbe toute sa vie ».

France-Isabelle Langlois, rédactrice, journal Alternatives.


MADELEINE PARENT MILITANTE, sous la direction d’Andrée Lévesque, Montréal, Éditions du remue-ménage, 2003, 126 pages.